S'il semble avéré que les Belges portent la plus grande
responsabilité dans la mort de Lumumba, ce dernier ne laissait pas
indifférentes les autres puissances coloniales du continent africain,
notamment la France et la Grande-Bretagne, qui le considéraient
également comme un homme à abattre. Dès les premières semaines de
l'indépendance de l'ex-Congo belge, la France du général De Gaulle avait
en effet joué la carte de la sécession du Katanga et appuyé sans réserve
son chef, Moïse Tschombé.
Dans sa reconstitution de l'implication de
la France dans la tragédie congolaise, Claude Wauthier rappelle dans son
livre Quatre présidents et l'Afrique (1) que Paris avait "fourni les
premiers mercenaires qui permirent au gouvernement katangais de mettre
sur pied sa "gendarmerie" de triste mémoire, puis de faire obstacle à
l'action des forces de l'Onu contre la sécession".
Dès le début de la
crise, la France s'aligne aux côtés des forces anti-lumumbistes,
notamment par l'intermédiaire de l'abbé Fulbert Youlou, président du
Congo-Brazzaville voisin. Mais c'est surtout le Katanga qu'elle
convoite. "Jacques Foccart, écrit l'Allemand Peter Scholl-Latour cité
par Wauthier, avait reçu comme instruction du général De Gaulle de
combler le vide laissé par le départ des Belges du Katanga et de faire
valoir les intérêts français dans la partie francophone de la "ceinture
de cuivre" (copperbelt), à cheval entre la Rhodésie du Nord et la
province sécessionniste". Cet engagement direct s'est poursuivi tout au
long du conflit congolais, jusqu'à l'installation au pouvoir du général
Mobutu, en 1965, et bien sûr, bien au-delà.