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BAKCHICH 03.10.06 Le
Cameroun investit dans le Monde
[...] Les républiques bananières, donc, ont la
presse qu'elles méritent. Et il en va de la France comme du
Cameroun. Car au royaume chiraco-sarkozien aussi, il existe des
journaux qui aiment les riches, les puissants. et leurs amis
africains. C'est le cas, notamment, du journal Le
Monde qui vient d'offrir gracieusement à ses lecteurs, la
semaine dernière, une quadruple page tout entière consacrée au
« Cameroun ». Un pays enchanté, à en croire l'agence de
communication AlterMedia, réalisatrice de ce supplément
promotionnel, où la joie de vivre rime avec l'esprit d'entreprise.
Un paradis, en somme, où les entrepreneurs français sont plus
qu'invités à venir se repaître des cadavres d'une économie
camerounaise en cours de privatisation et où, par chance, le retour
sur investissement est providentiellement garanti. par
l'exceptionnelle longévité du chef de l'Etat. Agrémentée de jolis
illustrations à mi-chemin entre l'imagerie coloniale et la
propagande soviétique, cette onctueuse logorrhée, qui ne dépayserait
pas les inconditionnels de Cameroun Tribune, ne pourra que
convaincre les lecteurs du Monde ignorants du
bonheur qui submerge le pays de Paul Biya. Un bonheur tel, s'extasie
AlterMedia, que « le Cameroun est le premier
pays consommateur de champagne en Afrique ! ». Les
millions de Camerounais qui triment au fond de leur taudis en ont
encore la gueule de bois.
Dans la presse française, on le voit, on
s'enivre des richesses (publicitaires) des pays pauvres. Et, en ce
qui concerne Le Monde et le Cameroun, on commence
à être habitué. Déjà en juillet dernier, le quotidien du soir avait
salué la petite visite parisienne du grand vizir de Yaoundé par une
campagne de publicité « en faveur » du Cameroun (et de sa
privatisation). « Cameroun, toute l'Afrique dans
un pays », lisait-on dans l'édition du 25 juillet, à
l'appui d'un cliché paradisiaque censé aguicher le touriste en mal
d'aventure. Puis vinrent des images moins exotiques, mais assez
similaires aux tristes placards-prétextes qu'offrent les généreux
dignitaires aux journaux camerounais pour les faire ronronner :
« La création du Douala Stock Exchange, une
opportunité nouvelle pour investir au Cameroun » (26
juillet), « Les privatisations au cour de la
dynamique camerounaise. Le Cameroun avance. avancez avec le
Cameroun » (28 juillet). Achetez le Cameroun, chers
lecteurs du Monde, c'est pas cher ..![...] Lire la
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Voici donc un excellent exemple de ces cas de publi-reportage
qui bien que correctement encarté ne vont pas sans poser de problèmes
éthiques dès lors qu'ils font l'apologie d'une démocrature où la
corruption mène grand train. Le Monde est malheureusement coutumier
des faits comme l'a très bien montré le livre partial (car au service
de la mitterandie ou de ce qu'il en reste) de Péan et Cohen intitulé "la
face cachée du Monde". Ainsi à l'instar de son confrère JAI, le Monde a
publié des suppléments dithyrambiques sur la Malaisie, la Mauritanie,
l'Algérie, le Maroc, la Tunisie, l'Arabie Saoudite, l'Ethiopie, le
Mali... De suppléments confectionnés par l'agence Inter
France Média ou Alter Média qui rapportent gros. Selon Péan et Cohen
(La face cachée du Monde, p.334), un pays qui souhaite faire "sa
promotion dans le journal de référence, il lui en coutera entre 20 et 50
000 euros pour huit pages. Mais le dirigeant ou le ministre font en sorte
que l'agence engrange, grâce à ses appuis, quelques 400 000 euros de
publicité supplémentaire versés par les grandes entreprises du pays. Cet
ingénieux système permet au Monde de pecrcevoir une dîme tout en gardant
les mains propres...". Même si le chiffre avancé par les auteurs
apparaît peut-être excessif; il n'en demeure pas moins vrai que ce genre
de pratique ne va pas sans poser problèmes lorsqu'il s'agit de pays
pauvres obligés de puiser dans la caisse des finances
publiques pour faire la promotion de leur régime. C'est ce que
signalait un lecteur au sujet d'un supplément sur le Mali : "Ce cahier
publicitaire a, bien entendu, coûté une fortune à un pays qui n'a pas
besoin de cela pour être d'une immense pauvreté. Il me paraît immoral que
Le Monde participe à cette escroquerie et en tire profit"(ibid,p.330). Et
le médiateur de lui répondre : "Faut-il se résigner à cete forme de
communication, distincte de l'information et qui ne trompe personne ? La
question est de savoir si elle ne porte pas atteinte à l'image d'un
journal attentif au tiers-monde et soucieux de vérité" (ibid, p.330). Sans
parler des questions de duplicité qui ne manquent pas de se poser au sein
de la rédaction. Prenons l'exemple du régime corrompu de Paul Biya
au Cameroun où la gabégie néocoloniale organisée a fait sombrer
l'économie du pays. On pourra donc lire dans le même journal un article
dénonçant l'effondrement économique, la corruption au Cameroun
et quelques jours plus tard dans un supplément encarté un
publi-reportage vantant les mérites de l'économie camerounaise, de son
niveau de consommation de champagne, et incitant les entrepreneurs
français à aller investir au Cameroun... Cela fait un peu désordre et
pose parfois des problèmes d'éthique. En juillet 2002, Le Monde
sortait un dossier spécial sur les souffrances subies par le peuple
algérien depuis la colonisation jusqu'à nos jours en dénonçant une Algérie
qui a "sombré économiquement et politiquement...", un "pays
de la hogra, de l'injustice. Une nation dit Nadia, 23 ans,où ne sommes
toujours pas des cityens et où les militaires tiennent le pays".
Dix jours plus tard, Le Monde diffusait un publi-reportage où il
était question "d'ouverture, de transformations positives" et de
"dynamisme" économique afin d'inciter les investisseurs à miser sur ce
pays, car "la plupart des secteurs économiques s'ouvrent à
l'initiative des privés et ... la situation poltique se normalise
progressivement depuis l'élection de Boouteflika..." (ibid, p.
328). Voilà un bel exemple de la pluralité des points de vue au sein
du quotidien. Il n'est pas si sûr que le lecteur s'y
retrouve.
La suite au prochain épisode
A lire :
PRESSAFRIQUE 13.09.06 Qu'est ce qu'un publi-reportage
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