Retour page d'accueil

 PRESSAFRIQUE 23.03.07
Polémique entre la commision des sondages et l'institut CSA

 La façon dont sont traités dans les médias les enquêtes d'opinon ou les sondages relèvent de manière magistrale d'une pensée pré-logique. C'est à dire irrationnelle et non scientifique et il semble bien que les instituts de sondage ne leur facilitent pas la tâche. La preuve en est la commission des sondages a demandé pour la première fois de ne pas tenir compte des résultats de deux sondages effectués par l'institut CSA. Sondage publié le 08.03 et le 15.03.07 par le Parisien. Le premier sondage crédite Bayrou de 24% des intentions de vote, Royal de 25%, Sarkozy de 26 % et le deuxième  la semaine suivante Bayrou de 21%, Royal de 26% et Sarkozy à 27%.

Le Parisien a même été obligé de se fendre d'un communiqué à la demande de la commission des sondages : « Lors de ses séances des 16 et 19 mars 2007, la commission des sondages a examiné deux sondages relatifs à l'élection présidentielle, réalisés par l'institut CSA, et publiés dans les éditions du Parisien-Aujourd'hui en France des 8 et 15 mars derniers. Eu égard à certaines modalités de redressement appliquées aux résultats bruts de ces enquêtes, la commission, sans pour autant mettre en cause l'intégrité professionnelle de l'institut, exprime des réserves sur le caractère significatif des intentions de vote publiées dans ces deux sondages.». Pour autant la commission des sondages s'est montrée relativement opaque sur la nature des "erreurs manifestes".

Ce à quoi l'institut du CSA a répondu que ses sondages étaient tout à fait adéquats et que leurs méthodes de redressement étaient justifiées. Notre indicateur FN nous amène la plupart du temps à sortir par le haut des fourchettes classiques", répond M. Rozès, ajoutant que le score brut de Jean-Marie Le Pen est alors revu à la hausse. "Il arrive que sur certaines vagues, cet indicateur nous amène à sortir, par le bas, des fourchettes classiques d'évaluation des autres candidats, poursuit M. Rozès. Ce n'est qu'à certains moments que notre indicateur FN nous amène ainsi à sortir des fourchettes pour d'autres candidats." Et Stéphane Rozès se demande pourquoi la commission des sondages a-t-elle choisi ces deux sondages pour sortir de son silence. La direction de CSA a précisé qu'elle
"maintenait l'intégralité de ses évaluations.

Si les méthodes de redressement peuvent être discutées, il ne nous semble pas que ce soit l'origine de l'intervention de la commission des sondages. Leurs réserves nous semblent en grande partie liée à l'absence de significativité des résultats données dans le sondage de l'institut du CSA le 08.03.07. En d'autre terme, les instituts de sondage vendent aux journalistes les résultats de leurs enquêtes d'opinion qui semblent montrer une avance d'un candidat sur un autre alors que scientifiquement ils ne sont pas en mesure de l'affirmer. Prenons l'exemple du sondage de l'institut CSA du 08.03 qui donne Bayrou 24%, Royal 25% et Sarkozy 26%. Si l'on effectue des tests statistiques, on ne peut pas dire qu'il y a une différence significative sur les % constatées. En effet la probabilité observée de Nicolas Sarkozy à 26% permet de calculer un intervalle de confiance
du pourcentage théorique dans la population générale situé entre 22 et 28% (avec un risque d'erreur de 5% pour un effectif de 1000 personnes*). Ce qui veut dire qu'à partir des % observés dans l'échantillon de l'institut du CSA, on ne peut pas extrapoler à la population générale qu'il y ait une différence significative entre ces 3 candidats (au risque d'erreur 5%). Si l'on reprend le sondage du 15.03 qui donne 21% à Bayrou et 26% à Royal et 27% à Sarkozy, on ne peut pas dire qu'il y ait une différence significative entre Royal et Sarkozy. Si l'institut CSA (ou un autre d'ailleurs car c'est un problème de tous les sondages qui ne livrent pas le caractère significatif ou non de leurs résultats) avait voulu publier ce sondage dans une revue scientifique leurs résultats n'auraient pas été acceptés car non significatifs alors que le fait de donner les % (sans commentaires) laissent sous-entendre qu'il y a une différence entre les deux candidats. Du moins c'est comme cela que le plus souvent les médias ont tendance à interpréter des chiffres en parlant de points en plus pour tel ou tel candidat alors que ces chiffres là ne disent rien si ce n'est que les intentions de vote sont similaires entre ces candidats. Plus récemment (23.03.07) le même institut de sondage a retrouvé Sarko et Ségolène au coude à coude. Cela signifie qu'en l'espace de deux semaines, les trois sondages de l'institut CSA trouvent des scores similaires concernant les intentions de vote lors du premier tour envers Sarkozy et Royal et que l'on ne peut absolument pas, en l'étatc actuel des choses, en inférer une quelconque différence entre les votes recueillis par ces deux candidats dans la population générale (lors du premier tour). Encore faudrait-il que les échantillons testés dans ces sondages soient représentatifs de la population générale, ce qui est loin d'être évident.

 Là où les sondages peuvent être utiles à estimer une différence dans les intentions de vote c'est lorsqu'ils retrouvent de manière répétée à l'aide de plusieurs sondages effectués à différentes périodes des résultats allant dans le même sens. Mais encore une fois les instituts ne donnent pas les résultats des tests statistiques de leurs mesures répétées sur des échantillons parfois différents. De toute évidence ces sondages répétées dans le temps semblent montrer une avance de Nicolas Sarkozy avec pour certains des différences significatives. Mais la question de fond comme cela a déja été signalé est de savoir dans quelle mesure les échantillons des instituts de sondage sont représentatifs de la population générale. Des récentes enquêtes de ces mêmes instituts semblent montrer que 30% de la population ne serait pas sondable car non joignable (pas de téléphone fixe) mais la proportion pourrait être beaucoup plus élevée si l'on tenait compte de ceux qui refusent d'être sondés. Or cette population présente des caractéristiques socio-professionnelles que les instituts de sondage ne peuvent pas actuellement cerner mettant à mal toute méthode de redressement fiable. Il est probable que parmi les 30% non joignables, n'ayant pas de téléphone fixe, il pourrait y avoir une surreprésentation des classes sociales dites défavorisées. Une réserve de voix non négligeable pour les candidats des extrêmes et peut-être pour le centre gauche mais qui n'ira probablement pas aux candidats de droite. Sarkozy a-t-il fait le plein de voix ? Royal a-t-elle une marge de progression importante ? Quel sera le score des candidats des extrêmes ? Réponse dans un mois.

Dernières modifications en rouge le 24.03.07
---------------------------------------
A lire chez Pressafrique :
22.03.07
Pour la première fois la commission des sondages dénonce des "erreurs manifestes" dans deux sondages CSA et demande de ne pas les utiliser

19.03.07
Du mésusage des sondages et de leur mauvaise interprétation 
 
*
Tables de Mainland, Herrera et Sutcliffe, New York University College.