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La façon dont sont traités dans les
médias les enquêtes d'opinon ou les sondages relèvent de manière
magistrale d'une pensée pré-logique. C'est à dire irrationnelle et non
scientifique et il semble bien que les instituts de sondage ne leur
facilitent pas la tâche. La preuve en est la commission des sondages a
demandé pour la première fois de ne pas tenir compte des résultats de deux
sondages effectués par l'institut CSA. Sondage publié le 08.03 et le
15.03.07 par le Parisien. Le premier sondage crédite Bayrou
de 24% des intentions de vote, Royal de 25%,
Sarkozy de 26
% et le
deuxième la semaine suivante Bayrou de 21%, Royal de 26% et
Sarkozy à 27%.
Le Parisien a même été obligé de se fendre
d'un communiqué à la demande de la commission des
sondages : « Lors de ses séances des 16 et 19
mars 2007, la commission des sondages a examiné deux sondages relatifs à
l'élection présidentielle, réalisés par l'institut CSA, et publiés dans
les éditions du Parisien-Aujourd'hui en France des 8 et
15 mars derniers. Eu égard à certaines modalités de redressement
appliquées aux résultats bruts de ces enquêtes, la commission, sans pour
autant mettre en cause l'intégrité professionnelle de l'institut, exprime
des réserves sur le caractère significatif des intentions de vote
publiées dans ces deux sondages.». Pour autant la commission
des sondages s'est montrée relativement opaque sur la nature des
"erreurs manifestes".
Ce à quoi l'institut du CSA a répondu que ses
sondages étaient tout à fait adéquats et que leurs méthodes de
redressement étaient justifiées. Notre indicateur FN nous amène la
plupart du temps à sortir par le haut des fourchettes classiques",
répond M. Rozès, ajoutant que le score brut de Jean-Marie Le Pen est alors
revu à la hausse. "Il arrive que sur certaines vagues, cet indicateur
nous amène à sortir, par le bas, des fourchettes classiques d'évaluation
des autres candidats, poursuit M. Rozès. Ce n'est qu'à certains
moments que notre indicateur FN nous amène ainsi à sortir des fourchettes
pour d'autres candidats." Et Stéphane Rozès se demande pourquoi
la commission des sondages a-t-elle choisi ces deux sondages pour sortir
de son silence. La direction de CSA a précisé qu'elle "maintenait l'intégralité de ses évaluations.
Si les méthodes de
redressement peuvent être discutées, il ne nous semble pas que ce soit
l'origine de l'intervention de la commission des sondages. Leurs réserves
nous semblent en grande partie liée à l'absence de significativité des
résultats données dans le sondage de l'institut du CSA le 08.03.07. En
d'autre terme, les instituts de sondage vendent aux journalistes les
résultats de leurs enquêtes d'opinion qui semblent montrer une avance d'un
candidat sur un autre alors que scientifiquement ils ne sont pas en mesure
de l'affirmer. Prenons l'exemple du sondage de l'institut CSA du 08.03 qui
donne Bayrou 24%, Royal 25% et Sarkozy 26%. Si l'on effectue des
tests statistiques, on ne peut pas dire qu'il y a une différence
significative sur les % constatées. En effet la probabilité observée de
Nicolas Sarkozy à 26% permet de calculer un intervalle de
confiance
du pourcentage théorique dans la
population générale situé entre 22 et 28% (avec un risque d'erreur de 5%
pour un effectif de 1000 personnes*). Ce qui veut dire qu'à partir des %
observés dans l'échantillon de l'institut du CSA, on ne peut pas
extrapoler à la population générale qu'il y ait une différence
significative entre ces 3 candidats (au risque d'erreur 5%). Si l'on
reprend le sondage du 15.03 qui donne 21% à Bayrou et 26% à Royal et 27% à
Sarkozy, on ne peut pas dire qu'il y ait une différence significative
entre Royal et Sarkozy. Si l'institut CSA (ou un autre d'ailleurs car
c'est un problème de tous les sondages qui ne livrent pas le caractère
significatif ou non de leurs résultats) avait voulu publier ce
sondage dans une revue scientifique leurs résultats n'auraient pas été
acceptés car non significatifs alors que le fait de donner les % (sans
commentaires) laissent sous-entendre qu'il y a une différence entre les
deux candidats. Du moins c'est comme cela que le plus souvent les médias
ont tendance à interpréter des chiffres en parlant de points en plus pour
tel ou tel candidat alors que ces chiffres là ne disent rien si ce n'est
que les intentions de vote sont similaires entre ces candidats. Plus
récemment (23.03.07) le même institut de sondage a retrouvé Sarko et
Ségolène au coude à coude. Cela signifie qu'en l'espace de deux semaines,
les trois sondages de l'institut CSA trouvent des scores similaires
concernant les intentions de vote lors du premier tour envers Sarkozy
et Royal et que l'on ne peut absolument pas, en l'étatc actuel des choses, en inférer une quelconque
différence entre les votes recueillis par ces deux candidats dans la population générale (lors
du premier tour). Encore faudrait-il que les échantillons testés dans ces sondages
soient représentatifs de la population générale, ce qui est loin
d'être évident.
Là où les sondages peuvent être utiles à estimer une différence dans les intentions
de vote c'est lorsqu'ils retrouvent de manière
répétée à l'aide de plusieurs sondages effectués à différentes périodes des
résultats allant dans le
même sens. Mais encore une fois les instituts ne donnent pas les
résultats des tests statistiques de leurs mesures répétées sur
des échantillons parfois différents. De toute évidence
ces sondages répétées dans le temps semblent montrer une avance
de Nicolas Sarkozy avec pour certains des différences significatives. Mais
la question de fond comme cela a déja été signalé
est de savoir dans quelle mesure les échantillons des instituts de sondage
sont représentatifs de la population générale. Des récentes enquêtes de
ces mêmes instituts semblent montrer que 30% de la population ne serait pas
sondable car non joignable (pas de téléphone fixe) mais la proportion pourrait
être beaucoup plus élevée si l'on tenait compte
de ceux qui refusent d'être sondés. Or cette population présente des
caractéristiques socio-professionnelles que les instituts de sondage
ne peuvent pas actuellement cerner mettant à mal toute méthode
de redressement fiable. Il est probable que parmi les 30%
non joignables, n'ayant pas de téléphone fixe, il pourrait y avoir une
surreprésentation des classes sociales dites défavorisées. Une réserve
de voix non négligeable pour les candidats des extrêmes
et peut-être pour le centre gauche mais qui n'ira
probablement pas aux candidats de droite. Sarkozy a-t-il fait le plein de
voix ? Royal a-t-elle une marge de progression importante ? Quel sera le
score des candidats des extrêmes ? Réponse dans un mois.
Dernières modifications en
rouge le 24.03.07 --------------------------------------- A lire chez Pressafrique
: 22.03.07 Pour la première
fois la commission des sondages dénonce des "erreurs manifestes" dans deux
sondages CSA et demande de ne pas les utiliser
19.03.07 Du mésusage des sondages et de
leur mauvaise interprétation *Tables de Mainland, Herrera et Sutcliffe, New York University
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