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Les fantômes dans le
placard n'ont pas manqué de ressortir à l'occasion de la sortie de
l'enquête à charge du rapport
Bruguière. Une
enquête dont de plus en plus d'éléments semblent montrer qu'il
s'agit d'un rapport bricolé qui n'a
suivi que la piste qui l'intéressait au nom
de la raison d'Etat en occultant soigneusement la piste des responsabilités
française s avec un
parquet décidément bien sélectif dans
le traitement des affaires françafricaines. Une enquête aux airs de
propagande relayée par tout un parterre de médias marchant au pas du
crépuscule de l'empire qui s'est autodétruit dans une violence inouïe
(Rwanda, Congo, RDC, Togo, Tchad, Centrafrique,
Côte d'Ivoire...). L'enquête du juge Bruguière fut jugée
outrageante par les autorités de Kigali car elle
mettait en cause directement leur chef et des personnes très proches du
président les poussant à rompre les relations diplomatiques avec la
France.
Or
donc, le Canard, plutôt que de se fendre d'une investigation fouillée sur le rapport Bruguière a sorti une
carricature riche d'enseignements. Un dessin en dit parfois
beaucoup plus long que de grand discours. Ce dessin stigmatise les
Rwandais et notamment les autorités de Kigali de manière immonde
rappelant certaines caricatures parues dans Le Monde en plein génocide. Une continuité
et une ressemblance idéologique ? Ce dessin aurait très bien pu
paraître dans Le Canard Enchaîné, Minute ou Le
Monde
cela n'aurait pas dérangé grand monde.
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CANARD ENCHAINE N° 4492
29.11.06, p.8

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Le
dessin représente un Rwandais avec une machette en travers du crâne et les
mains coupés (rappelant une une tradition coloniale d'un roi
belge au Congo ou ailleurs
? Ach oui nous oublions, cela a été forclos de la mémoire collective. L'homme qui n'a pas accès à son
passé est un aliéné). Il est intitulé "KIGALI COUPE TOUT LIEN AVEC
PARIS" et comme si cela ne suffisait pas il y est ajouté ce commentaire
"décidément, couper c'est une habitude ". Ce dessin
est-il informatif sur les représentations d'une partie de la rédaction
du Canard Enchaîné au sujet des autorités de Kigali ou des Rwandais ou plus généralement des Africains ? C'est une question. En
effet ce n'est pas la première fois que de tels raccourcis sont
effectués au Canard sur l'affaire
Franco-rwandaise (que les gouvernements actuels de la France et
du Rwanda souhaitent étouffer au plus vite). Dans le Canard , il y
a des antécédents et des
précédents, des articles où l'on assimilait bien vite massacres et génocide
.
En tous les cas, en ce qui concerne cette
caricature elle est révélatrice à bien des égards d'une mentalité méprisante
à l'égard des autorités de Kigali et des Rwandais toute
communauté confondue :
1°) A l'instar des négrophobes experts
en négrologie elle stigmatise l'ensemble des Rwandais comme des massacreurs
potentiels rappelant les amalgames douteux sur la violence intrinsèque des Africains.
En somme c'est un peu dans leur culture comme disait l'autre.
2°) Elle permet d'évacuer toute responsabilité de
la politique africaine
de François Mitterrand au
Rwanda dans cette apocalypse qui s'est prolongée en RDC lorsque les troupes françaises ont protégé les génocidaires et les
ont exfiltré en RDC tandis que les troupes de Kagame massacraient les
civils dans leur avancée vers Kinshasa (sujet abordé dans l'enquête
Bruguière dont c'est l'un des seuls mérites mais dont ce n'était pas la
finalité).
3°)
Par
un discours révisionniste elle
tend à rendre responsable du carnage qui a eu lieu
au Rwanda les autorités rwandaises actuelles ; des autorités qui auraient donc
l'habitude "de couper". Enième amalgame entre ceux qui ont
arrêté le génocide (contrairement à l'opération Turquoise
qui n'a pas arrêté le génocide et dont l'un des objectifs était "
d'être prêt ultérieurement à contrôler progressivement l'étendue du pays
hutu... " selon la mission d'information parlementaire
française ) et les génocidaires
soutenus par la politique
africaine de François Mitterrand. Un dessin qui par certains aspects reflète somme toute
assez fidèlement le discours ou/et l'idéologie défendue par Bruguière, Péan, Mitterrand et
consorts... Pour faire bref et pour résumer cette falsificatrion
de la réalité : en ayant déclenché l'attentat, les autorités
actuelles de Kigali sont responsables du génocide et coupent
comme à leur habitude (sous-entendue l'époque du génocide)
de manière violente les liens avec les autorités françaises pour cette
fois-ci. En somme, une violence consubstantiellement liée à leur
nature.
Voilà un
dessin très déculpabilisant et plus particulièrement à l'égard des
mitterandôlatres, des souverainistes, des nationalistes ou des militaires nostalgiques de
la coloniale en mal de réconfort. Il est assez surprenant
de voir comment Le Canard Enchaîné a une pertinence très
sélective dans ses investigations. Car lorsque le Canard veut bien se donner la peine cela vaut
son pesant d'or médiatique. Lorsqu'il s'agit de révéler des affaires
touchant à la droite sur la politique africaine de la France il est
toujours le premier à sonner le tocsin : affaire Bokassa (une
nébuleuse anti-giscard pour ne pas dire
pro-mitterandienne était aux manettes) lors de la campagne
électorale de 1981, affaire du pétrole
congolais ou de la guerre civile au Congo où le
dictateur Sassou II fut soutenu par l'Elysée du temps de Jacques
Chirac , affaire de l'implication française dans la déstabilisation de la
Côte d'Ivoire en
2002 encore du temps de Jacques Chirac, affaire de la répression ultra-sanglante des manifestations
antifrançaises à Abidjan encore du temps de Jacques Chirac, affaire du
soutien logistique, politique et diplomatique apporté par la
Françafique à
la dictature togolaise encore du temps de Jacques Chirac et de
ses "amis personnels" en digne petit héritier de la politique
criminelle gaullienne en Afrique au Togo
au Biafra ou au Cameroun (C'est vrai que comme nous
le rabache l'extrême droite française et ses aficionados du magistère ceci
n'est qu'un détail, comme disent leurs amis du national-socialisme :
"vous
savez dans ces pays là, un génocide c'est pas trop important "). Par contre
lorsqu'il s'agit de dénoncer la politique africaine au Rwanda de
François Mitterrand et consorts, il n'y a plus
grand monde au Canard semle-t-il pour effectuer un véritable de travail de
réflexion critique. De manière stupéfiante en date du 29.11.06 on ne
retrouve rien ou presque dans Le Canard sur l'enquête
Bruguière hormis cette caricature douteuse et stigmatisante. Comme
si la caricature avait tenu lieu d'article dans un journal pourtant prompt à
commenter les évènements françafricains les plus saillants. Derrière le
format de la caricature, on voit ressortir une rhétorique qui n'a
rien à envier ni à l'extrême droite ni aux négrophobes ni aux représentations racistes de la coloniale
. Voilà on va pouvoir dormir tranquille. L'amnésie si elle
n'existait pas il faudrait l'inventer. Mais quelle "bande de sauvage" ces
Africains et dire qu'ils n'acceptent même pas la main qu'on leur tend, il
serait bien capable de "la couper". Ah le Beau temps des colonies et ses bienfaits ! Les pauvres
bougres, regardez ils ont tout détruit comme le suggérait un cinéaste
iconoclaste de la coloniale au Congo parfaitement
au fait de l'escroquerie néocoloniale Mobutu et
occultant sciemment l'impact sociétal et psychologique de l'holocauste
belge sur les Congolais du temps de la coloniale léopoldienne! Les
imposteurs négrophobes sont légions et ont l'immense avantage de
formater l'imaginaire du citoyen lambda et de le surcharger en
représentations disqualifiantes des Africains et déculpabilisantes au
regard de la politique menée durant et après la coloniale dans ces
pays. Et comme à l'accoutumé on a tendance à nous gaver, à
l'instar du dessin du Canard, de stigmatisation douteuse à l'égard
des Africains (ici en l'occurence les Rwandais),
un peu comme des "sauvages" dont les enfants sont des
"sauvageons" et qui ne connaissent que
la violence et ne savent que couper !
Une sorte d'atavisme à l'arrière goût de rhétorique Frêchienne
? Voilà un
dessin qui ne déplairait pas à Minute. Pourtant le
Canard qui ces temps ci semble chercher son souffle mérite amplement mieux que cela. C'est
un journal unique en son genre en France, il ne faudrait pas qu'il
se complaise dans la connivence idéologique et politique sur des affaires aussi
graves laissant entrevoir les limites de son éthique et une instrumentalisation
de l'information. Il y a des limites à l'allégeance politique que le devoir de
journalistes devrait dépasser (en principe). On a beau dire qu'il ne
s'agit que d'un dessin à la Charlie Hebdo. Il n'empêche que
c'est un dessin qui fait mal de par
son caractère méprisant et stigmatisant. Gageons que le Canard se
resaisira, un hebdomadaire qui reste l'une des seules
sources grand public pour savoir entre autres ce
qui se trame
dans les coulisses de la Françafrique (malheureusement au
compte gouttes) et qui a largement démontré qu'il pouvait faire un travail
de dénicheurs d'infos de premier ordre et de
grande qualité malgré son caractère très condensé et très synthétique eu
égard à son format. Une feuille de chou qui parfois nous laisse
entrevoir ce que pourrait être une presse libre ayant un rôle de contre-pouvoir
en France dans la digne tradition des grandes démocraties. On ne jettera pas
le bébé avec l'eau du bain et on continuera de rêver.
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