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 PRESSAFRIQUE 27.11.06
Les faucons rwandais veulent-ils déstabiliser RDC ?

 
On est en droit légitime de se poser la question au moment où le deuxième tour est terminé et les résultats donnent Kabila gagnant contre Bemba. Dès la fin du second tour le président rwandais Kagame avait menacé d'envahir à nouveau la RDC au prétexte d'une menace émanant de milices rebelles alors que la situation en RDC est particulièrement fragile.  

AFP 08.11.06
Le Rwanda menace d'envoyer des troupes en RDC si les rebelles restent actifs
Le président rwandais Paul Kagame a menacé mercredi d'envoyer de nouveau des troupes en République démocratique du Congo (RDC) si les autorités congolaises ne parviennent pas à limiter les mouvements des groupes rebelles rwandais à la frontière entre les deux pays.

Le président rwandais a toutefois précisé qu'il attendait les résultats de l'élection présidentielle congolaise et qu'il y avait "d'autres moyens de régler le problème".

"Si nous sommes attaqués par des milices rebelles ou par quiconque, nous aurons le droit" et "la capacité de régler le problème", a déclaré M. Kagame à la presse à l'université des Nations unies à Tokyo.

"Nous ferons ce que tout pays ferait si nous sommes attaqués. C'est aussi simple que ça", a-t-il ajouté.

"Il est possible de trouver d'autres moyens pour régler le problème", même en cas d'attaques rebelles, "notamment en travaillant avec le gouvernement de RDC", a toutefois ajouté M. Kagame, en visite au Japon après avoir assisté au sommet Chine-Afrique qui s'est tenu à Pékin jusqu'à dimanchentre les deux pays.

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On ose espérer que la tentation de règlement politique l'emportera sur les méthodes à la hussarde. Deux semaines plus tard, dans un contexte d'exactions qui se multiplient à Kinshasa de la part du camp Bemba qui conteste les résultats, les hommes du criminel de guerre Nkunda armés par les faucons rwandais n'ont rien trouvé de mieux que de prendre la ville de Sake entraînant une dizaine de morts et des dizaines de milliers de réfugiés (Le Monde 25.11.06 ; Fuyant destructions, pillages et enlèvements, 25 000 réfugiés se sont établis à Che, au cour de l'Ituri). Le prétexte en était l'assassinat par un policier d'un membre proche de leur communauté. On connaît la manière dont ce genre de punition collective adressée à une population peut se retourner contre les membres de la communauté que l'on est soit disant sensé protéger. Lorsque Nkunda pris Bukavu en 2004 puis qu'il en fut chassé les membres de sa communauté durent fuir et la condamnation des exactions criminelles fut unanime tant dans la société civile (toute communauté confondue) ainsi que par la plupart des ONGs défendant les droits de l'homme. La MONUC a refusé de désarmer et d'arrêter le criminel de guerre Nkunda avant les élections s'exposant ainsi à la mise en échec de tout le processus de stabilisation dans l'est de la RDC tandis que le gouvernement de transition n'en a jamais eu les moyens.

HUMAN RIGHTS WATCH 01.02.06
R.D Congo : arrêtez Laurent Nkunda pour crimes de guerre


...Un mandat d'arrêt a été lancé il y a des mois contre Nkunda pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et pour insurrection, mais la police et l'armée n'ont rien fait pour l'arrêter," a déclaré Alison Des Forges, conseillère pour la Division Afrique de Human Rights Watch. "Aussi longtemps que Nkunda est en liberté, la population civile demeure en grand danger."  
 
Le 18 janvier, les forces rebelles ont attaqué et occupé plusieurs villes dans le territoire de Rutshuru, dans la province du Nord Kivu, après avoir mis en déroute les soldats du gouvernement congolais stationnés dans la région. Après une brève période de calme, les combats ont repris au cours du week-end dernier. Les rebelles seraient sous les ordres de Nkunda, une allégation confirmée par le gouverneur de province dans un communiqué publié le 26 janvier. Selon des sources locales, les forces rebelles aussi bien que les soldats de l'armée congolaise auraient violé et attaqué des civils et pillé leurs biens. Des dizaines de milliers de Congolais se sont enfuis vers des régions voisines ou ont passé la frontière vers l'Ouganda.  
 
En septembre 2005, le gouvernement a lancé un mandat d'arrêt international contre Nkunda, qui a été impliqué dans de nombreux crimes de guerre et dans d'autres graves atteintes aux droits de l'homme au cours des trois dernières années. Dans des investigations précédentes, Human Rights Watch a documenté des exécutions sommaires, des actes de torture, et des viols commis par des soldats sous le commandement de Nkunda à Bukavu en 2004 et à Kisangani en 2002.  
 
Nkunda était un officier supérieur du Rassemblement Congolaise pour la Démocratie - Goma (RCD-Goma) soutenu par le Rwanda, l'un des principaux groupes rebelles ayant combattu en RDC de 1998 à 2003. En 2004 il a été nommé général dans une nouvelle armée nationale congolaise crée avec des soldats des forces dissidentes à la fin de la guerre. Il a refusé le poste et s'est retiré avec des centaines de ses soldats dans les forêts de Masisi au Nord Kivu. En août 2005, il a annoncé une nouvelle rébellion mais n'a pas lancé d'opérations militaires à ce moment-là....  

En mai 2002, Nkunda, ainsi que le Général Amisi, était au nombre des officiers du RCD-Goma responsables de la brutale répression d'une tentative de mutinerie à Kisangani où plus de 160 personnes ont été sommairement exécutées. Au cours d'un incident, les soldats sous le commandement de Nkunda ont ligoté, bâillonné et exécuté 28 personnes puis ont mis leurs corps dans des sacs lestés avec des pierres et les ont lancés depuis un pont à Kisangani. Après que les Nations Unies aient commencé à enquêter sur ces crimes, Nkunda et plusieurs gardes armés sont entrés dans les locaux des Nations Unies et ils ont enlevé et battu deux gardes.  
 
Au cours d'une réunion du Conseil de Sécurité le 16 juillet 2002, Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, a demandé aux autorités congolaises d'arrêter ceux qui avaient ordonné le massacre ou qui y étaient impliqués, et a mis en garde contre de nouveaux bains de sang s'ils n'étaient pas traduits en justice.  
 
Malgré la fin supposée de la guerre et l'établissement d'un gouvernement de transition en 2003, des soldats dissidents fidèles au RCD-Goma ont affronté d'autres soldats de l'armée congolaise au Sud Kivu en mai 2004. Nkunda et les soldats qui lui étaient fidèles ont pris le contrôle de la ville de Bukavu au Sud Kivu le 2 juin, prétendant que leur action était nécessaire pour arrêter un génocide contre les Tutsi congolais, connus localement sous le nom de Banyamulenge. Au cours des combats, les soldats de Nkunda ont commis des crimes de guerre, tuant et violant des civils et pillant leurs biens. Dans une occasion le 3 juin 2004, des soldats de Nkunda ont violé en bande une mère devant son mari et ses enfants tandis qu'un autre soldat violait sa fille de trois ans.  
 
Après que les forces de maintien de la paix des Nations Unies aient négocié le retrait de Nkunda hors de Bukavu, avec quelques uns de ses soldats il s'est retiré dans les forêts du Nord Kivu tandis que d'autres, commandés par le Col. Jules Mutebusi, trouvaient refuge au Rwanda. Le gouvernement congolais a lancé un mandat d'arrêt international contre Mutebutsi, accusé comme Nkunda d'insurrection, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Le ministre des Affaires étrangères congolais a également écrit au Rwanda, demandant le retour de Mutebusi au Congo, mais les autorités rwandaises ne l'ont pas livré...  



On connaît les antécédents de ces criminels de guerre protégés et armés par le Rwanda et la terreur qu'ils peuvent semer dans l'est de la RDC tant dans leur camp que dans le camp adverse. Si par malheur les faucons rwandais devaient rééditer leurs crimes contre l'humanité antérieures en RDC directement ou indirectement au travers de leur hommes de paille en RDC, il n'y a pas de doute qu'ils devront être jugés devant un tribunal international ad hoc. Et l'on se posera des questions aussi sur leur soutien anglo-saxon. Aux dernières nouvelles la MONUC aurait repoussé de Sake les rebelles du dissident Nkunda. Il semble bien que les faucons rwandais veulent aussi s'inviter en RDC dans l'après second tour. Va-t-il y avoir d'autres fronts ou va-t-on enfin privilégier la stratégie politique et la voie d'un règlement pacifique plutôt que celle de la terreur et de l'instrumentalisation de l'ethnisme ?

A suivre ...

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