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 PRESSAFRIQUE 24.11.06
Quand Mongo Beti interviewait Thomas Sankara : historique et prémonitoire !

 Afrikara a eu l'excellente initiative de publier une interview de Thomas Sankara par Mongo Beti. Une interview historique et prémonitoire datant de 1985 et retrouvée par Odile Tobner la veuve de Mongo Beti.

AFRIKARA
Historique ! En 1985 Thomas Sankara interviewé par Mongo Beti : Plume, politique et rébellions panafricaines   

«Mongo Beti est allé deux fois au Fespaco de Ouagadougou, en 1985 et en 1987. En 1985 il a eu une entrevue privée avec Thomas Sankara à la suite de laquelle il lui a envoyé par écrit une liste de questions, auxquelles Thomas Sankara a répondu. L'interview est écrite de la main du secrétaire du Président. Celui-ci y a ajouté des commentaires de sa propre main.»


Mongo Beti - La première concerne la sécurité du Président et l'avenir du régime ipso facto. Devant la campagne insidieuse qui se développe dans la presse en France, beaucoup d'Africains pensent que c'est le signe avant coureur d'une offensive tous azimuts et se souviennent avec angoisse de Lumumba de N'Krumah. Ils craignent une stratégie de l'élimination physique.

a)       Êtes vous conscient de ce danger et surtout de cette angoisse des Africains ?

b)       Êtes-vous conscient de l'existence de cette stratégie et surtout de cette campagne de presse ? Avez-vous lu l'article paru récemment dans une feuille infâme appelée Black Magazine ou quelque chose comme ça. Souhaitez-vous en parler longuement ? On m'a parlé d'un certain Paul ou Pierre Michaud : le connaissez-vous ?

 

Thomas Sankara - Vous me permettez là de répéter ce que vous savez peut-être déjà. En effet, nous et notre Révolution ne plaisons guère à bien des gens. J'allais dire que c'est chose normale, compte tenu des intérêts de classe que nous sommes amenés à défendre. Il est donc logique et normal que nous ayons des ennemis, des ennemis de classe, puisque nous avons la ferme résolution de défendre nos intérêts de classe, au détriment des leurs, et cela en toute légitimité. De ce point de vue, il n'est pas étonnant que partout nos ennemis s'organisent pour affronterla Révolution, pour salir et dénigrer par voie de presse toutes nos actions de façon insidieuse et malhonnête. C'est le cas des journaux entièrement financés, des émissions radio commandées et de toutes sortes d'actions bassement orchestrées pour donner à notre Révolution une image totalement dénaturée. Cette stratégie est bien connue. Elle a servi à plusieurs occasions à l'impérialisme pour déstabiliser bien des régimes révolutionnaires convaincus, comme N'Krumah, Lumumba, que vous me citez, et contre Allende au Chili etc. Nous en sommes conscients. C'est un réel danger dans la mesure où ce sont des grands moyens qui sont déployés, jour et nuit, pour intoxiquer l'opinion internationale sur les luttes émancipatrices des peuples.

N'Krumah, Lumumba et tant d'autres ont été des victimes de l'impérialisme, de cette stratégie néocolonialiste. Les dignes fils de l'Afrique les ont reconnus du reste comme de véritables patriotes, des hommes politiques qui avaient un juste et grand amour pour l'Afrique et les Africains. Aujourd'hui nous ne pouvons que les admirer et c'est un honneur pour nous de montrer qu'ils étaient des précurseurs, des guides, des pionniers, dans la voie de la dignité de l'Afrique.

Il y a partout aujourd'hui, aux quatre coins du continent, des N'Krumah, des Lumumba, des Mondlane, etc. Que Sankara soit éliminé aujourd'hui physiquement, il y aura des milliers de Sankara qui relèveront le défi face à l'impérialisme. Au niveau de notre Faso, la détermination de notre peuple, de notre jeunesse, enlève toute inquiétude quant à la poursuite de la lutte pour la dignité du Burkina et de notre continent. Toutefois, pour mille et une raison, notre peuple et la jeunesse révolutionnaire africaine restent attachées à Sankara et ne souhaitent jamais que le moindre malheur lui arrive.

Concernant le journal Black Magazine et surtout son manipulateur Paul Michaud, maître chanteur bien connu au Burkina, nous pensons que les insanités qu'ils déversent n'auront aucune emprise sur des gens normaux. Michaud s'est présenté à nous dans les premiers jours de la Révolution pour réclamer des millions, à lui promis sous le CSP 2, pour faire l'image de marque du pays. Rabroué,  il est revenu de nouveau, en disant que la couleur du régime importait peu pour lui et qu'il était à la recherche de l'argent. Rejeté une deuxième fois, cet escroc affairiste annonça qu'il travaillerait de façon offensive avec l'opposition en France. Son dernier contact avec la Révolution fut[1], par le truchement de quelqu'un[2] qui, moyennant 30 000 FF, s'emploierait à décourager Michaud de mettre son projet à exécution. Éconduit à son tour, l'entremetteur[3] n'a donc pas pu arrêter le scénario du maître chanteur. Mais, voyez-vous, nous avons trop à faire pour nous occuper de tels individus exécrables.[4]...

 

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L'histoire de l'Afrique n'a pas fini d'être écrite...