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AFRIKARA Historique
! En 1985 Thomas Sankara interviewé par Mongo Beti : Plume,
politique et rébellions
panafricaines
«Mongo Beti est allé deux fois au Fespaco de
Ouagadougou, en 1985 et en 1987. En 1985 il a eu une entrevue privée
avec Thomas Sankara à la suite de laquelle il lui a envoyé par écrit
une liste de questions, auxquelles Thomas Sankara a répondu.
L'interview est écrite de la main du secrétaire du Président.
Celui-ci y a ajouté des commentaires de sa propre
main.»
Mongo Beti
-
La première concerne la sécurité du Président et l'avenir du régime
ipso facto. Devant la campagne insidieuse qui se développe dans la
presse en France, beaucoup d'Africains pensent que c'est le signe
avant coureur d'une offensive tous azimuts et se souviennent avec
angoisse de Lumumba de N'Krumah. Ils craignent une stratégie de
l'élimination physique.
a)
Êtes vous conscient de ce
danger et surtout de cette angoisse des
Africains ?
b)
Êtes-vous conscient de l'existence de cette
stratégie et surtout de cette campagne de presse ? Avez-vous lu
l'article paru récemment dans une feuille infâme appelée Black
Magazine ou quelque chose comme ça. Souhaitez-vous en parler
longuement ? On m'a parlé d'un certain Paul ou Pierre
Michaud : le connaissez-vous ?
Thomas
Sankara -
Vous me permettez là de répéter ce que vous savez peut-être déjà. En
effet, nous et notre Révolution ne plaisons guère à bien des gens.
J'allais dire que c'est chose normale, compte tenu des intérêts de
classe que nous sommes amenés à défendre. Il est donc logique et
normal que nous ayons des ennemis, des ennemis de classe, puisque
nous avons la ferme résolution de défendre nos intérêts de classe,
au détriment des leurs, et cela en toute légitimité. De ce point de
vue, il n'est pas étonnant que partout nos ennemis s'organisent pour
affronterla Révolution,
pour salir et dénigrer par voie de presse toutes nos actions de
façon insidieuse et malhonnête. C'est le cas des journaux
entièrement financés, des émissions radio commandées et de toutes
sortes d'actions bassement orchestrées pour donner à notre
Révolution une image totalement dénaturée. Cette stratégie est bien
connue. Elle a servi à plusieurs occasions à l'impérialisme pour
déstabiliser bien des régimes révolutionnaires convaincus, comme
N'Krumah, Lumumba, que vous me citez, et contre Allende au Chili
etc. Nous en sommes conscients. C'est un réel danger dans la mesure
où ce sont des grands moyens qui sont déployés, jour et nuit, pour
intoxiquer l'opinion internationale sur les luttes émancipatrices
des peuples.
N'Krumah, Lumumba et tant
d'autres ont été des victimes de l'impérialisme, de cette stratégie
néocolonialiste. Les dignes fils de l'Afrique les ont reconnus du
reste comme de véritables patriotes, des hommes politiques qui
avaient un juste et grand amour pour l'Afrique et les Africains.
Aujourd'hui nous ne pouvons que les admirer et c'est un honneur pour
nous de montrer qu'ils étaient des précurseurs, des guides, des
pionniers, dans la voie de la dignité de
l'Afrique.
Il y a partout
aujourd'hui, aux quatre coins du continent, des N'Krumah, des
Lumumba, des Mondlane, etc. Que Sankara soit éliminé aujourd'hui
physiquement, il y aura des milliers de Sankara qui relèveront le
défi face à l'impérialisme. Au niveau de notre Faso, la
détermination de notre peuple, de notre jeunesse, enlève toute
inquiétude quant à la poursuite de la lutte pour la dignité du
Burkina et de notre continent. Toutefois, pour mille et une raison,
notre peuple et la jeunesse révolutionnaire africaine restent
attachées à Sankara et ne souhaitent jamais que le moindre malheur
lui arrive.
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