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 PRESSAFRIQUE 08.11.06
"En attendant l'argent des Français" : France 2 et la propagande françafricaine au sujet des Tirailleurs (JT 13h00 du 08.11.06)

 Il est toujours assez plaisant, somme toute, de constater comment au travers des chaînes publiques on formate les représentations du concitoyen sur des sujets touchant à la grandeur de la patrie et au prestige national eu égard à la dette contractée envers ses braves nègs qui sont allés se battre pour sauver un pays qui les considérait comme des sous-évolués à l'image du maigre pécule qui leur fut donné lors de la fameuse "cristalisation" gaullienne de 1959. Il est toujours assez instructif d'analyser la propagande de l'Etat lorsqu'elle s"exprime sur une chaîne d'Etat et de mieux appréhender les représentations qu'elle tend à donner de l'altérité à ses chers concitoyens. A voir les vestiges pantouflards de la bonne vieille ORTF qui sait dérouler tapis rouge pour les négrophobes patentés allergiques proclamés de la repentance dégradante pour l'honneur de la patrie - Stephen Smith remercié par un prix France Télévisions pour un pamphlet où le racialisme fleurte à chaque page avec une certaine forme de racisme ordinaire françafricain et Brückner à qui on ne manque pas de dérouler tapis rouge dans des émissions littéraires grands publics pour son énième remake du "fardeau de l'homme blanc" - et qui sait caser à des heures indues et confidentielles les résistants à la françafrique qui ont payé le prix fort en vies humaines, on finit par se dire que lorsque l'on voit ce que l'on voit et que l'on sait ce que l'on sait, qu'en somme pas grand chose n'a véritablement changé depuis l'ère de la coloniale dans l'art du modelage des cerveaux que nous sommes dont le temps de disponibilité est si convoité. Petits êtres à gaver d'infos tendancieuses accrochez vous !

Comme paradigme de ce que nous avançons, nous prendrons cette fois-ci l'exemple de la manière dont a été traîté au JT de 13h00 de France 2, le 08.11.06, sur notre bonne chaîne nationale, un sujet consacré aux tirailleurs sénagalais (en l'occurence dans le sujet traîté il s'agissait d'un tirailleur marocain). Rien ne manquait à la propagande coloniale : le ton paternaliste avec une certain condescendance et la mise en valeur de l'altruisme civilisateur national envers ces bougres de tirailleurs assorti d'une reconnaissance de l'erreur passé afin de mettre aussitôt en avant l'action réparatrice des Français (du gouvernement).

Il s'agissait du "feuilleton du jour" du JT du style ma caravane au Maroc diffusé à 13h30 : "
Feuilleton: La caravane de l'Atlas". La présentatrice du JT de 13 heures nous précise avec son sourire avenant de grande professionnelle : "Je vous rappelle que nous suivons une caravane  très particulière celle organisée par le ministère des anciens combattants qui sillonne tous les petits villages du Maroc à la rencontre des vétérans. Parmi eux le sergent Rahal 82 ans. Sa vie pourrait changer grâce à une revalorisation de sa pension".

On traduit donc : la journaliste a le plaisir de nous informer que nous allons suivre un spot publicitaire commandé par le ministère des anciens combattants. Et l'on nous vante dans ce partenariat digne de l'ORTF les bienfaits de la revalorisation des pensions des anciens combattants (par l'actuel gouvernement). On y évoque avec justesse la dure vie de ces soldats tirailleurs au service de la France. Puis on enchaîne sur la dure vie d'un autre tirailleur marocain âgé de 84 ans qui a perdu sa jambe en 1944 à Mulhouse.  "Asmae la fille raconte ces fins de mois difficiles de la famille et cette rumeur venue de France de valorisation des pensions marocains. D'après ses calculs la retraite du papa serait multipliée par 7 dès Janvier. Une sacré bonne nouvelle confirmée par les médecins. En attendant l'argent des Français pour se payer peut-être une voiture, Mohamed repart donc sur ses deux jambes. Pendant ce temps là les Français ont pris en charge un petit guerrier d'Elkela (?). Otman (?) est né infirme avec  deux pieds bots. Il a de très mauvais souvenir de ses opérations passées et de ses bandes de plâtre qu'il a du porté plusieurs mois.  Aujourd'hui on lui fait juste un moulage pour ses nouvelles semelles, grâce aux dons récoltés ici ou là et la bonne volonté de tout le monde il est suivi par le service des anciens combattants". Puis un médecin français en coopération détaché au service des anciens combattants explique le travail médical remarquable qu'il fait auprès des petits Marocains.  

Cela ressemble à s'y méprendre à un clip colonial du beau temps des colonies de jadis sauf que là ce clip vous est offert par le ministère des anciens combattants et on y vante, au travers d'un reportage qui pourrait avoir été fabriqué par le ministère, les bienfaits de l'action du service français des anciens combattants et de l'action du gouvernement français. La présentatrice a bien pris soin de nous avertir qu'il s'agissait "d'une caravane très particulière...organisée par le ministère des anciens combattants". Oui en effet très particulière. On déplorera seulement que l'équipe rédactionnelle du JT de France 2 n'ait pas fait son travail critique en laissant s'exprimer les contradictoires ou en bémolisant le conte de fées ministériel.

En regardant ce reportage on a parfois l'impression de se replonger dans l'ambiance d'un livre tel que
Négrologie couronné du prix France Télévisions. Faut-il y voir une certaine continuité des représentations du Négrophobe qui a été décoré du prix France Télévisions ? Extraits de l'idéologie de l'auteur :  

"Enfin, sur un continent qui n'a inventé ni la roue, ni la charrue, qui ignorait la traction animale et tarde toujours à pratiquer la culture irriguée, même dans les bassins fluviaux, les coopérants doivent-ils se mordre les lèvres quand, en discutant avec leurs "homologues" africains, ils ont eu le malheur d'évoquer le "retard" de l'Afrique?" (p.25) pour la vision soft et pour la vision prisionnière d'un atavisme colonial impensé : "...Le clash des civilisations, celle des Africains étant d'un niveau matériel nettement inférieur,..." (p.32-33)..." ou bien "Si six millions d'Israëliens pouvaient, par un échange standard démographiqueprendre la place des Tchadiens à peine plus nombreux, le Tibesti fleurirait et uneMésopopotamie africaine naîtrait sur les terres fertiles entrer Logone et le Chari. Qu'est ce à dire ? Que « les » Africains sont des incapables pauvres d'esprit, des êtres inférieurs ? Sûrement pas. Seulement leur civilisation matérielle, leur organisation sociale et leur culture politique constituent des freins au développement[...]" (p.49)

La Françafrique comme frein au développement est passé par là. Ach mais YA nous oublions qu'elle n'existait plus. On ne va donc pas spéculer plus longtemps sur ces dirigeants mis en place à la tête d'un Etat comme le néogouverneur du Maroc tandis que l'on fait assassinner
les opposants  ni avoir l'outrecouidance de penser que ces néogouverneurs françafricains  ont parfois eu tendance à rendre plus service aux anciennes puissances coloniales plutôt qu'à leur peuple.Certes le propos négrophobique smithien est plus rude que celui tenu dans le reportage mais ne tient il pas de la même rhétorique hypocrite qui occulte sciemment les éléments défavorables au mythe civilisateur de l'empire? Ôtant toute possibilité à l'individu lambda d'accéder aux informations lui permettant d'appréhender la situation africaine. Y a-t-il une communauté de pensée chez ces gens là pour qu'ils se renvoient la balle au vol ? Une certaine représentations des Africains ?  Ma foi nous n'en savons rien et bien loin de nous cette idée! Mais ce reportage donne la même vision infantile des Africains aidé par les oeuvres Françaises et son argent. On ne dira pas que cet argent leur revient de droit pour leur engagement militaire souvent contraint et forcé. Non sur France 2, on souhaite préciser qu'ils reçoivent "l'argent des Français ".  
 

Maintenant si l'on voulait bien se tenir au courant de la situation réelle des anciens combattants au regard de la prétendue revalorisation cela nous amènerait sans doute à  porter  un autre regard et a minorer le conte de fées ministériel que l'on veut bien transmettre aux Français par télé interposée.
Car selon d'autres informations les tirailleurs ont  vu leur revalorisation  rabiotée de plus de 300 millions d'euros si ce n'est beaucoup beaucoup plus. En effet  Lionel Jospin en 2001 avait estimé à deux milliards d'euros le coût de la revalorisation des pensions, l'actuelle ministre de la défense MAM avait promis 400 millions d'euros et aux dernières rumeurs Nôtre bon président magnanime a tranché porté par son émotion et en a promis 110 millions après avoir visionné le film "
Indigènes", autant dire l'aumône. Cela s'appelle soulager sa conscience à bon compte en versant une petite obole aux pauvres de la paroisse sans commune mesure envers ce qu'on leur doit vraiment*. Mais cela le JT de France 2 se garde bien de l'exprimer sans doute pour ne pas gâcher le beau "compte" de fées que nous vend le ministère et sa télé aux tirades d'inspiration beckettienne à la sauce mercantile : "En attendant l'argent des Français". A chacun sa misère ?

 Les associations ATMF, GISTI, CATRED et la LDH (Ligue de défense des droits de l'homme), empêcheuses de rêver en rond bien connues, quant à elles considèrent sur ce sujet dans un communiqué commun daté du 28.09.06 :


 LDH 28.09.06
Communiqué commun


"En réaction à « 
l'appel pour l'égalité des droits, lancé par l'équipe du film Indigènes, le gouvernement vient d'annoncer une revalorisation des pensions versées aux anciens combattants des ex-colonies françaises.

Selon le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, il s'agit d'assurer la parité des « pensions du sang », c'est-à-dire de la retraite du combattant et des pensions militaires d'invalidité. La mesure, qui sera introduite par voie d'amendement à la loi de finances pour 2007, représente un coût de 110 millions d'euros par an.

Ces annonces visent à allumer un contre-feu face au retentissement médiatique que le film a donné à une question qu'on avait tenté d'enterrer et n'assureront en rien l'égalité des droits. La revalorisation prévue n'est en effet que partielle et a minima.

Partielle : parce que la mesure ne concerne qu'une infime partie des prestations versées aux anciens fonctionnaires civils et militaires : la retraite du combattant et les pensions militaires d'invalidité. Sont laissées de côté toutes les autres prestations, en particulier les pensions civiles et militaires de retraite et les pensions de réversion.

A minima : parce que les deux prestations revalorisées portent sur des montants dérisoires : 450 euros par an pour la retraite du combattant à taux plein et moins de 700 euros pour une pension d'invalidité à taux plein.

À la suite de l'arrêt Diop par lequel le Conseil d'État avait censuré la loi de cristallisation en 2001, le gouvernement Jospin avait évalué le coût de la revalorisation totale des pensions à 1,8 milliards d'euros par an, 10 milliards d'euros avec le paiement des arriérés sur les 4 dernières années. On est bien loin du compte aujourd'hui avec les 110 millions annoncés. Pas question non plus de rattrapage. La revalorisation s'appliquera seulement pour ceux qui sont encore en vie au 1er janvier 2007.

Le contentieux des pensions des anciens combattants étrangers est donc loin d'être soldé. L'injustice de la cristallisation des pensions continuera à faire de nombreuses victimes.

L'attitude minimaliste du gouvernement traduit une fois de plus la désinvolture de la France à l'égard des vieux immigrés qui ont combattu ou travaillé pour elle, et n'en récoltent qu'indifférence ou mépris."



Voilà un complément d'information, à défaut d'enquête comme qui dirait, qu'il serait de bon ton de diffuser afin de ne pas trop se foutre de la gueule du monde !


* D'autres diront comme le locataire de la place Beauvau dans un sarcasme réactionnaire qu'"Indigène" est le film qui a coûté le plus cher à la République : «Jamais un film n'aura coûté aussi cher à la France, puisque c'est en le visionnant que Chirac a débloqué 100 millions d'euros pour les pensions des soldats des ex-colonies.». (cité par Afrikara Sarko, les Tirailleurs sénégalais et le Cinéma de Chirac).  Voilà des propos qui n'auraient pas déplu à son mentor Jean-Marie Lepen ?