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 PRESSAFRIQUE 03.11.06
La résolution 1721 de l'ONU sur la Côte d'Ivoire. La France derrière

 Il n'est un secret pour personne pas même pour les journalistes désinformateurs que l'inimitié entre le président Jacques Chirac et le président Laurent Gbagbo date d'au moins la période de la tentative de coup d'Etat en septembre 2002 menée par les rebelles ivoiriens à partir du territoire Burkinabé terre françafricaine s'il en est. Certains journalistes bien informés émettent même l'idée que la Françafrique voir les autorités françaises auraient été jusqu'à soutenir implicitement la tentative de coup d'Etat des rebelles ivoiriens contre le président Gbagbo pour le moins très mal élu. C'est ce qu'a laissé sous-entendre Antoine Glaser sur France Inter dans l'émission le téléphone sonne de 19h30 à 20h00 ce vendredi 03.11.06. Selon lui des dirigeants français auraient conseillé à Gbagbo de ne pas rentrer dans son pays dans la période se situant aux alentours du coup d'Etat de septembre 2002 qui plus est le ministre de la défense aurait refusé d'apporter l'aide militaire au gouvernement loyaliste de Gbagbo. Gbagbo n'aurait pu utiliser les hélicoptères à sa disposition et n'aurait pu disposer selon l'expression de Glaser que de "caisses de munitions". D'autres informations vont dans ce sens et mentionnent un soutien explicite de la Françafrique chiraquienne aux rebelles ivoiriens à partir du territoire du néogouverneur Blaise Compaoré (Inprecor Une guerre civile. néocoloniale et française). Mais à ce jour en dépit des demandes des socialistes et du parti des Verts il n'y a jamais eu de commissions d'enquête parlementaire dans un pays où le parlement n'a qu'un rôle croupion depuis l'avènement du Général en 1958.

Il n'est un secret pour personne que ni les rebelles ni les forces dites loyalistes n'ont intérêt à ce que la situation change fondamentalement. Les rebelles vivent de la rente des diamants du sang tandis que les forces loyalistes vivent de la rente du cacao soutirée à vil prix aux agriculteurs ivoiriens. Il n'est un secret pour personne que la population ivoirienne paye le prix fort de cette situation inique où ceux qui tiennent les armes pillent le pays et où les entreprises sud-africaines, australiennes, états-uniennes, chinoises, françaises et indiennes font des profits faramineux. Les Etats-unis détiennent 70% du marché ivoirien du cacao, la France a de beaux restes avec Bolloré, Bouygues and co et la Chine avance à grand pas. Il n'est pas si sûr que la communauté internationale dans son ensemble soit si unie pour rétablir la paix en Côte d'Ivoire et sanctionner les criminels. 

Accusée d'être le pompier pyromane de la crise ivoirienne par de nombreuses sources, la France est amenée à éteindre le feu que d'aucuns lui reprochent d'avoir attisé dans une politique typiquement gaulliste qui semble être d'un autre âge ou pour reprendre les termes d'Antoine Glaser sur France inter (03.11.06) "une politique archaïque". Une politique archaïque qui ne semble pas avoir tenu compte de l'évolution du monde, de l'effondrement du bloc communiste et qui continue à travers ses prédateurs françafricains une politique à la hussarde qui décrédibilise le rayonnement de la France aux yeux du monde et lui fait perdre sauvagement son pré-carré comme au Rwanda, en RDC... Obligée à maintenir les beaux restes de son pré-carré par la force militaire directe comme au Tchad ou en Centrafrique ou indirecte comme au Congo.

On aura compris que dans cette logique d'un autre âge la volonté de la Françafrique chiraquienne était de contrôler la constitution ivoirienne via une résolution onusienne taillée sur mesure par les croupiers françafricains à savoir imposer son droit de regard et d'ingérence sur la politique ivoirienne au travers de l'ONU. Du moins c'est ce qu'escomptait Jacques Chirac et ses sbires en défaisant les pouvoirs du président "élu" par les Ivoiriens pour les transférer au premir ministre nommé par l'instance onusienne, mais il en a été autrement.
Le conseil de sécurité de l'ONU a renforcé considérablement les pouvoirs du Premier ministre qui ''doit pouvoir prendre toutes les décisions nécessaires, en Conseil des ministres ou en Conseil de gouvernement, par ordonnance ou décret-loi, et disposer également de toute l'autorité nécessaire sur les Forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire''. Mais en même temps le conseil de sécurité a amendé le projet français selon certaines orientations imposées notamment par la Chine et les USA qui ont de très gros intérêts en Côte d'Ivoire qui ne sont pas forcément en synergie avec les intérêts français. En effet ces deux pays ont fait pression pour que le président Gbagbo soit prolongé à son poste pour un an de telle sorte que celui-ci peut se prévaloir des prérogatives de la constitution ivoirienne contre celles imposées par l'ONU. La résolution initiale proposée par la France prévoyait la primauté (de sa résolution) sur la constitution ivoirienne, d'une part, et stipulait, d'autre part, que le Premier ministre pouvait nommer aux fonctions civiles et militaires de l'Etat mais les réserves émises par la Chine et les USA  membres du Conseil de sécurité ont abouti à la suppression de ces dispositions. Réagissant jeudi à la résolution, dans un message radiotélévisé à la nation, le président Gbagbo a souligné : "Au regard de notre constitution, le Premier ministre de Côte d'Ivoire, nommé par le président de la République, par décret, ne peut lui-même nommer par décret". Aussi bien les rebelles que les loyalistes interprètent ce projet selon leurs intérêts. Les rebelles se félicitent des pouvoirs élargis du premier ministre tandis que les loyalistes se félicitent que le président Gbagbo est son dernier mot à dire selon la constitution ivoirienne.

En clair dans cette histoire le dindon de la farce pourrrait être français : obligé de maintenir sur place une force militaire qui aurait coûté à ce jour plus d'un milliard d'euros sans obtenir en échange de contre-partie sur l'évolution politique en Côte d'Ivoire. Qui plus est Gbagbo a tout intérêt à jouer la montre car il sait que la françafrique chiraquienne qui lui a été très hostile pourrait assez rapidement péricliter après les prochaines élections et voir ses amis politiques revenir au pouvoir avec le risque pour la Chiraquie de l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire sur les agissements françafricains sous Chirac en Côte d'Ivoire et d'un renforcement du pouvoir de Gbagbo. Mais omerta médiatico-politique oblige, il n'en sera sans doute rien. L'attente des élections présidentielles françaises risque néanmoins de se faire dans un climat fébrile en Côte d'Ivoire.

Quant à la Côte d'ivoire et à son peuple ils s'enfoncent chaque jour un peu plus dans la gabégie depuis septembre 2002.


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