| Il y a plus de 41 ans que le dirigeant socialiste
Mehdi Ben Barka - figure historique du mouvement national marocain et
principal leader de l'opposition politique au Maroc - a été assassiné
et cela fait autant d'années que l'enquête n'a toujours pas abouti. Le
leader tiers mondiste si dérangeant pour la Françafrique et les stay-behind
a été attiré dans un piège pour l'éliminer.
Ben Barka dont l'aura était internationale était engagé depuis toujours
contre l'impérialisme occidental, il devait présider la
conférence tricontinentale sur les pays du sud qui devait avoir lieu à
Cuba en janvier 1966. C'était la première fois que les pays qui luttaient pour
leur indépendance et leur essor se réunissaient pour former ce qui
allait devenir une alliance des pays du tiers monde. En 1965 la
guerre du vietnâm bat son plein et Ben Barka ne cesse de dénoncer
l'impérialisme américain et de ses alliés.
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LE MONDE DIPLOMATIQUE Octobre 2005 Mehdi Ben Barka et la Tricontinentale
...Ben Barka voulait lancer à Alger une publication
d'information, d'agitation et de réflexion de la commission
anticolonialiste de l'OSPAA, sous le titre La Revue
africaine. La vision s'élargit à la révolution cubaine et à
l'Amérique latine. Ce qui l'enthousiasme à Cuba, c'est le succès de
la campagne d'alphabétisation dont il rêve pour le Maroc. Il
s'emploie à mettre sur pied un Centre d'études et de documentation
sur les mouvements de libération nationale, et, pariant sur le
potentiel révolutionnaire de la jeunesse du tiers-monde, il trace
l'esquisse d'une université tricontinentale...Ben Barka préside le
comité préparatoire. En juillet, il s'assure du concours des
Soviétiques et des Chinois. Il définit les objectifs : aide aux
mouvements de libération nationale - notamment au mouvement
palestinien ; intensification des luttes, y compris armées, sur
les trois continents ; soutien à Cuba ; liquidation des
bases militaires étrangères ; opposition aux armes nucléaires,
à l'apartheid et à la ségrégation raciale. La finalité est la « libération totale ».
Fin
septembre, Ben Barka se rend à La Havane afin de mettre au
point l'ouverture de la conférence pour le 3 janvier
1966...
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Le traquenard
fut organisé par un voyou très proche du SDECE : Figon. Il
se servit de ses relations dans le milieu des voyous et celui
des artistes pour attirer Ben Barka dans un piège. Ce fut le rôle dévolu (à
leur insu*) à Marguerite Duras et au cinéaste Georges Franju censé réalisé un
film sur la décolonisation intitulé "Basta" dans lequel Ben Barka devait
jouer un rôle central. Un traquenard sous surveillance des
services secrets français puisque l'on sait à présent - après les
confidences d'un ancien commissaire divisionnaire - qu'un
"service de police judiciaire française rattaché au ministère de
l'intérieur avait connaisance du projet d'enlèvement plus d'un mois
auparavant!" (L'indic et le commissaire , p.246
; Lucien Aimé-Blanc). Les services du ministère de l'intérieur
sont pleinement au courant de ce projet d'enlèvement
puisque les différents membres du commando, des barbouzes anti-OAS*** et des voyous du
milieu, sont sur écoute. Il s'agit du projet Orion
dont "avait connaissance le cabinet du ministre de
l'intérieur Roger Frey et celui du Premier ministre, Georges
Pompidou" (ibid , p.246) et donc à
fortiori le général-président de la République Charles de Gaulle et son
bras droit Foccart.
| "Adjoint de
la brigade antigang en 1966, j'ai trouvé dans le coffre du patron
une liasse de transcriptions d'une écoute téléphonique répertoriée
«Orion 113» et posée par un service de la Sûreté nationale sur la
ligne d'un hôtel de rendez-vous de l'avenue Niel à Paris (XVIIe). A
la lecture de ces 40 feuillets, j'ai été stupéfait de constater que
c'était le point de ralliement de toute la bande identifiée comme
étant les ravisseurs de Ben Barka. Ils apparaissent tous sur ces
écoutes, le chef d'escale d'Air France à Orly et indic du Sdece
(ancienne DGSE, les services secrets, ndlr), Antoine Lopez, comme
les truands Boucheseiche, Figon, Palisse... Il transparaît en
filigrane de ces conversations, enregistrées tout le mois précédant
la disparition de Ben Barka, que ces individus liés à un général
marocain projettent l'enlèvement d'un homme qui doit arriver à Orly.
Il est donc clair que la brigade centrale de recherche criminelle,
qui surveillait cet hôtel de passes sans avoir de compétence sur
Paris, était au courant de ce projet. A l'époque, ces écoutes
remontaient également au ministère de l'Intérieur et au conseiller
de Matignon. J'en déduis que le service de la Sûreté nationale qui a
branché cet hôtel savait ce qui se tramait, et s'il n'est pas
intervenu pour déjouer cet enlèvement, c'est soit par négligence
coupable, soit sur ordre."
«Mon indic a flingué Pierre
Goldman », Libération
20.04.06
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Ben Barka avant son arrivée à Paris avait été
dissuadé
de venir en France par les autorités suisse où il résidait (source documentaire de
Gilles Du Jonchay et Saïd Bakhatoui : Ben Barka Mort ou
vif). A son
arrivée à Paris, le vendredi 29 octobre 1965, pour
rencontrer Marguerite Duras et Georges Franju à la brasserie Lipp,
Ben Barka est accosté par deux officiers de police français (Souchon et
Voiteau) qui l'emmènent dans leur voiture à un prétendu rendez-vous
politique sous l'oeil bienveillant d'un membre du SDECE qui faisait la pige
(Lopez). Ben Barka ne réapparaîtra plus. Ce soir là il fut donc
emmené en voiture par les deux officiers de police, l'homme du
SDECE et un truand pour être conduit dans la maison de Georges
Bouchesseiche à Fontenay le vicomte. Là Ben Barka sera interrogé
par les membres de la sécurité de Hassan II en présence des voyous
ayant participé au complot ainsi que des membres du
SDECE. Officiellement Ben Barka aurait disparu dans la nature,
officieusement il aurait été torturé et éliminé comme Lumumba
4 ans
plus tôt. Tous les truands ayant participé à l'assassinat
de Ben Barka ne furent pas arrêtés car très liés
aux
barbouzes.
Selon les informations disponibles ces dernières années, les services
secrets américains et israëliens auraient prêtés main forte aux services
français dans la traque de Mehdi Ben Barka. Ainsi Ben Barka aurait
été traqué lors de ses déplacements internationaux par
la CIA et le Mossad israélien, qui communiquait ces informations à
Rabat et Paris. Une collusion internationale semblant se
dessiner. Des documents ont été révélés par la presse israëlienne en 1994. Un journaliste, Shlomo Nakdimon (source documentaire de
Gilles Du Jonchay et Saïd Bakhatoui : Ben Barka Mort ou
vif), a eu accès aux compte-rendus entre le Mossad et le premier
ministre israëlien dès septembre 1965 : "Nous les avons aidés à
trouver Ben Barka qui avait fuit le Maroc et il voyageait dans plusieurs
pays...Nous les avons aidés à le localiser à Genève. L'opération fut
organisée par les Français et les Marocains et non par le Mossad. On
a fourni des drogues, des choses comme cela mais ils ne l'ont pas
utilisés...Je pense que la mort de Ben Barka a été un
accident
". Ils
montrent que le Mossad a fourni un soutien logistique aux services
français dans leur plan d'élimination de Ben Barka ainsi que des drogues
pour tenter d'assassiner Ben Barka. En France le secret-défense sur
l'affaire Ben Barka n'a été levé qu'en 2002 mais ne concernait pas les
collusions internationales. D'autres part nombre de documents ont disparu.
Il apparaît de plus en plus évident que Ben Barka fut victime d'une
conjuration aux connexions internationales transatlantiques comme Lumumba quelques
années plus tôt. A se demander s'il n'y
avait pas l'équivalent d'un plan condor contre les leaders indépendantistes africains
dans les années soixante. Rapellons qu'au cours des années
soixante, avant puis en pleine guerre du Vietnam, beaucoup de leaders
ou dirigeants, affichant une politique de non-alignement sont éliminés : Um Nyobé (Cameroun, 1958); Moumié
(Cameroun, 1960), Lumumba (Congo ex-belge, 1961), Olympio
(Togo, 1963), Caamano (Saint-Domingue, 1965), Ben
Bella (Algérie, 1965), Soekarno (Indonésie, 1968)**.
Selon les révélations faites
en juin-juillet 2001 par l'ancien agent marocain Ahmed Boukhari, Medhi Ben
Barka aurait été exfiltré vers le Maroc, torturé, puis son corps dissout
dans une cuve d'acide. Toutefois, il n'a pas été encore entendu par la
Justice sur ce dossier. Le dossier reste mystérieux et le gouvernement
français détient certainement des pièces intéressantes sur le sujet. Selon
Ahmed Boukhari, le corps de Ben Barka arrive en effet à l'aéroport de
Rabat dans la nuit du 31 octobre. Il est alors emmené dans un centre de
torture, Dar El-Mokri, où, sur les indications d'un certain colonel
Martin, chef de l'antenne de la CIA au Maroc et qui avait accès
directement au roi Hassan II, le corps du défunt leader marocain est
dissous dans une cuve remplie d'acide. La scène est filmée, et une copie
du film remise par le commandant Dlimi au roi Hassan II. Le colonel Martin
aurait appris cet usage très particulier de l'acide pour faire disparaître
les corps dans son précédent poste sous le régime du Shah d'Iran, après le
renversement en 1953 de Mossadegh (Wikipedia).
Epilogue : -
Figon sera trouvé mort en janvier 1966 d'une balle dans la tête.
- Palisse qui avait menacé de tout révéler
fut exécuté au Maroc en 1972
- André Le NY, Pierrot Dubail
comparses de Boucheseiche furent exécutés au Maroc en 1972.
-
El Mahi agent des services spéciaux marocains chargé de superviser
l'opération dans la capitale française fut tué en 1970 dans un
"malencontreux" accident de voiture.
- Mohamed Oufkir. Ancien
officier de l'armée française en Indochine et ministre de l'intérieur
marocan au moment des faits qui a assisté à
l'interrogatoire de Ben Barka sera tué par Dlimi sous les yeux du roi
après une tentative de coup d'Etat en 1972.
- L'étudiant en
histoire, le témoin gênant, qui avait accompagné Ben Barka à la
brasserie Lipp fut retrouvé mort en 1970.
- Dlimi
meurt « dans un accident » en 1983.
En 1976, le
gouvernement des États-Unis a reconnu suite à des requêtes formulées dans
le cadre du Freedom of Information Act que la CIA était en possession de
1800 documents sur Ben Barka, mais ils restent non publics. En 1982, suite
à la victoire de la gauche, les archives françaises du SDECE (ancêtre de
la DGSE) sont ouvertes, mais une grande partie a disparu. Le
secret-défense est levé sur certains documents, mais la famille de Mehdi
Ben Barka considère que ces documents déclassifiés n'apportent rien de
véritablement nouveau, en particulier en ce qui concerne les complicités
des services français. En 2001, d'autres sont déclassifiés. La ministre de
la défense Michèle Alliot-Marie a accepté de déclassifier les 73 restants
sur cette affaire qui reste trouble, sans susciter d'euphorie chez la
famille Ben Barka (Wikipedia).
Dernières
modifications le 03.11.06 * à leur insu : rajouté le
02.11.06 ** précisions
rajoutés le 02.11.06 *** il s'agissait en fait de barbouzes anti-OAS (03.11.06)
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