Les déclarations fusent de
toute part et les langues se délient après la parution du rapport
Bruguière. D'abord le président rwandais, Kagamé, a accusé le premier
ministre, Villepin, d'avoir soutenu le génocide rwandais.
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REUTERS 08.12.06 Kagamé accuse Villepin d'avoir soutenu le génocide
rwandais
...Le président rwandais Paul Kagamé a accusé le
Premier ministre français, Dominique de Villepin, de faire partie
des responsables qui, en France, ont selon lui soutenu le génocide
de 1994 au Rwanda.
"Il y a des responsables français qui
étaient impliqués à l'époque et qui sont toujours en vie, notamment
l'actuel Premier ministre de la France, qui était directeur de
cabinet du ministre des Affaires étrangères et (...) ces gens
étaient directement impliqués dans cette situation", a déclaré
Kagamé dans une interview à la chaîne de télévision BBC
World...
..."C'est la France qui a soutenu les forces qui ont
commis le génocide, elle les a entraînées, elle les a armées et elle
a participé aux combats contre les forces qui tentaient de mettre
fin à ce génocide", a-t-il affirmé à la radio BBC.
"La
France, à aucun moment, n'a tenté d'arrêter le génocide", a-t-il
ajouté. "Au contraire, (les Français) ont joué effectivement un rôle
durant la période qui a conduit à ce génocide en soutenant le
gouvernement du
Rwanda."... | L'accusation est un peu forte de café car on attend
les preuves et l'on sait aussi que les membres du gouvernement ont peu
d'influence sur le président- chef des armées et cela d'autant plus
lorsque l'on est simple directeur de cabinet du ministre des Affaires
étrangères : un poste subalterne. Par contre il est vrai que Villepin
a tenu un discours révisionniste en parlant à l'instar de Mitterrand,
Juppé et autres de "génocides" au Rwanda semblant renvoyer dos à
dos Hutus et Tutsis. Un discours révisionniste qui permet de
légitimer l'action française auprès du régime génocidaire en 1994 et après
mais ne constitue pas en soi une preuve d'un soutien aux génocidaires.
Patrick Saint-Exupéry, journaliste au Figaro face à ces propos
révisionnistes de l'actuel premier ministre lui répondit au travers d'un
livre intitulé "L'inavouable
".
Kagamé a continué à accuser les autorités
politiques françaises de l'époque et a déclaré lors de sa visite en
Grande-Bretagne «La France a soutenu les forces génocidaires, les a
entraînées, et les a armées»
Très vite la réponse du berger à
la bergère n'a pas tardé. Les avocats de l'opération Turquoise se sont
réunis à l'Assemblée nationale pour défendre l'honneur de François
Mitterrand et de l'armée française lors de l'opération turquoise.
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LE MONDE 08.12.06 L'opération
"Turquoise" au Rwanda a trouvé ses avocats
Un ancien ministre, un général à la retraite, un
journaliste à la réputation sulfureuse, un historien d'extrême
droite et quelques députés de toutes tendances, parmi lesquels Henri
Emmanuelli (PS) et Jacques Myard (UMP). La défense de l'armée
française, mise en cause dans le génocide des Tutsis au Rwanda, a
mobilisé ce surprenant aréopage, mercredi 6 décembre, dans une salle
de l'Assemblée nationale...
Dix jours après la rupture par
Kigali de ses relations avec Paris, ces personnalités souhaitaient,
devant la presse, "rétablir les faits" et dénoncer une
"manipulation épouvantable qui fait que l'on accuse l'armée
française alors qu'elle a été là-bas pour mettre fin au génocide,
sauver aussi bien les Hutus que les Tutsis", selon les termes de
Bernard Debré.
Alors que Kigali menace de rendre à Paris la monnaie de sa pièce
en engageant des procédures contre des Français pour "complicité
de génocide", s'ajoutant aux plaintes déjà déposées devant le
Tribunal aux armées de Paris, M. Debré a rendu un hommage appuyé à
François Mitterrand pour avoir, en juin 1994, organisé une
"opération humanitaire" ("Turquoise") alors que "personne
ne voulait y aller."
"DÉSINFORMATION"
Balayant les accusations selon lesquelles "Turquoise" a prêté
main-forte au régime génocidaire et permis la fuite des criminels,
le général Lafourcade a rappelé que "le bilan dressé à l'époque
ne prêtait à aucune critique" et que "le mandat
d'impartialité" avait été rempli "très difficilement"
mais "de façon remarquable"....
| Or donc selon cet aéropage d'hommes de
tous horizons de sensiblité de gauche socialiste jusqu'à l'extrême droite,
l'opération Turquoise avait pour but d'arrêter le génocide au Rwanda.
Seulement lorsque l'on se donne la peine de lire la mission d'information
parlementaire française sur le Rwanda, le son de cloche est quelque peu
différents.
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MISSION D'INFORMATION
PARLEMENTAIRE FRANCAISE SUR LE RWANDA Les limites d'un cessez le feu à tout
prix
« Parmi les missions assignées aux
soldats de l'opération Turquoise, dans l'ordre d'opération qui leur
a été donné, figurait l'objectif suivant : " être prêt ultérieurement à contrôler
progressivement l'étendue du pays hutu... ". Comme cela a été montré précédemment, cet
ordre ne signifie pas que la France entend cette fois-ci contrer la
victoire militaire du FPR puisqu'il est trop tard en juin 1994 pour
éviter le déclenchement de la guerre civile et des massacres, la
guerre civile durant depuis quatre ans et le génocide venant de se
dérouler. Cette mission répond néanmoins à l'idée d'une
stabilisation de la ligne de front partageant à cette date le Rwanda
en deux parties, pour préserver une fois encore les capacités de
négociations de chacun. Cela
signifie bien que la France admet encore à ce moment précis -le 20
juin 1994- la légitimité du Gouvernement intérimaire, soit ne
prenant pas en compte la réalité du génocide, soit n'analysant pas
les responsabilités du gouvernement intérimaire en ce domaine. La
recherche d'un cessez-le-feu à tout prix, qui ne viendra jamais
officiellement, puisqu'il interviendra de fait lorsque le FPR
décidera après la chute de Gisenyi le 17 juillet 1994 d'arrêter les
combats, aura fini par placer la France dans une situation
intenable. De ce fait, la France a été entraînée à accepter trop
longtemps la présence du Gouvernement intérimaire jusqu'à la
création le 4 juillet de la zone humanitaire sûre qui transforme la
configuration de l'opération Turquoise. » (Les limites d'un
cessez-le-feu à tout prix)
| Sans compter la déstabilisation
qu'entraînera la création d'une zone humanitaire sûre débordant dans
l'ex-Zaïre où les miliciens et les interahamwe ayant participé au génocide
prépareront des attaques contre le Rwanda nouvellement pacifié par les
troupes de
Kagamé. |