|
PRESSAFRIQUE
23.12.06 | |
|
"Avant de quitter Dyabougou,
visite du village et enlèvement d'un deuxième Kono, que Griaule a repéré
en s'introduisant subrepticement dans la case réservée. Cette fois c'est
Lutten et moi qui nous chargeons de l'opération. Mon coeur bat très fort
car, depuis le scandale d'hier, je perçois avec plus d'accuité l'énormité
de ce que nous commettons ". Le musée de Nôtre bon Président a daigné prêter au Bénin (ex-Dahomey) des trophées volés par les colons français lors de la conquête du Dahomey. Le roi Béhanzin qui lutta contre l'invasion coloniale française fut défait en novembre 1892 par les troupes françaises après de nombreux massacres à coup de bombardements par la marine française. Le colonel Dodds qui menait les troupes brûla puis pilla les richesses du pays en entrant dans Abomey et notamment celles du roi. Jean Suret-Canale a écrit: « Avec 3000 hommes, la colonne Dodds [...] est chargée d'expérimenter le matériel militaire le plus moderne, balles explosives et obus à la mélinite. La marche sur Abomey sera extraordinairement dure; en vain, Béhanzin multiplie les offres de paix; au fur et à mesure qu'il accepte les exigences de Dodds, ce dernier en pose de nouvelles. Ainsi Béhanzin laisse, en gage de bonne volonté, la colonne Dodds entrer à Cana et envoie même des boeufs pour son ravitaillement: quand il a accepté les conditions françaises, y compris l'occupation d'Abomey, et commencé à livrer son matériel de guerre, Dodds exige subitement la remise des armes et de l'indemnité de 15 millions prévue par l'accord dans les vingt quatre heures! Cette nouvelle exigence n'ayant pu être satisfaite - et pour cause! - Dodds déclare aussitôt l'accord rompu et reprend l'attaque contre son adversaire partiellement désarmé. Enfin, Abomey, évacuée par Béhanzin est livrée aux flammes et occupée. La colonne Dodds met au pillage palais et tombeaux. Dodds proclame la déchéance de Béhanzin. » 18 novembre 1892: Le colonel Dodds pille et incendie Abomey (Dahomey) On a une version très euphémisée des crimes
du colonel Dodds dans Le Monde que d'aucuns nomment "la
Pravda française" :
Remarquez comme le terme pillage dans
l'article du Monde est remplacé par le terme "retrouvé" ainsi que le terme résistance par
celui de "guérilla"
et le terme de "vol" par "envoie". De l'art et la manière de
présenter les choses. On finirait presque par croire que sans le
sauvetage du bon colonial Dodds, jamais ces oeuvres n'auraient été
préservées. A croire que ce journal légitimerait le pillage des oeuvres
pour alimenter les réserves du musée du quai Branly. Un musée qui a
été construit sur un terrain qui du temps de la coloniale avait
servi de théâtre pour les expositions coloniales où on exhibait "les races inférieures"nouvellement civilisées
(les zoos humains). Ce ne sont plus des hommes que
l'on exhibe mais les trophées qui appartenaient à leur culture.
Est-ce que les choses ont fondamentalement changé ?
Certains anthropologues parlent même de nouvelles formes d'exposition
coloniales. C'est un peu comme si
l'Allemagne impériale qui a colonisé la France avait fini par
triompher et que des institutions culturelles
germaniques décidaient quelques
décades ou centaines d'années plus tard de prêter aux Français
le temps d'un centenaire, le tombeau de Napoléon
ou les restes du Général ou des tableaux de Monet, Gauguin,etc.,
appartenant au patrimoine culturel français pillé par les nazis.
AFRIKARA 27.06.06 |