Retour page d'accueil

 PRESSAFRIQUE 23.12.06
Le musée du quai Branly daigne prêter au Bénin des trophées
volés au Dahomey par la France coloniale

"Avant de quitter Dyabougou, visite du village et enlèvement d'un deuxième Kono, que Griaule a repéré en s'introduisant subrepticement dans la case réservée. Cette fois c'est Lutten et moi qui nous chargeons de l'opération. Mon coeur bat très fort car, depuis le scandale d'hier, je perçois avec plus d'accuité l'énormité de ce que nous commettons ".
Michel Leiris dans l'afrique fantôme,p.113, 1935.
(Un livre interdit sous Vichy, ndlr)

Le musée de Nôtre bon Président a daigné prêter au Bénin (ex-Dahomey) des trophées volés par les colons français lors de la conquête du Dahomey. Le roi Béhanzin qui lutta contre l'invasion coloniale française fut défait en novembre 1892 par les troupes françaises après de nombreux massacres à coup de bombardements par la marine française. Le colonel Dodds qui menait les troupes brûla puis pilla les richesses du pays en entrant dans Abomey et notamment celles du roi.

Jean Suret-Canale a écrit: « Avec 3000 hommes, la colonne Dodds [...] est chargée d'expérimenter le matériel militaire le plus moderne, balles explosives et obus à la mélinite. La marche sur Abomey sera extraordinairement dure; en vain, Béhanzin multiplie les offres de paix; au fur et à mesure qu'il accepte les exigences de Dodds, ce dernier en pose de nouvelles. Ainsi Béhanzin laisse, en gage de bonne volonté, la colonne Dodds entrer à Cana et envoie même des boeufs pour son ravitaillement: quand il a accepté les conditions françaises, y compris l'occupation d'Abomey, et commencé à livrer son matériel de guerre, Dodds exige subitement la remise des armes et de l'indemnité de 15 millions prévue par l'accord dans les vingt quatre heures! Cette nouvelle exigence n'ayant pu être satisfaite - et pour cause! - Dodds déclare aussitôt l'accord rompu et reprend l'attaque contre son adversaire partiellement désarmé. Enfin, Abomey, évacuée par Béhanzin est livrée aux flammes et occupée. La colonne Dodds met au pillage palais et tombeaux. Dodds proclame la déchéance de Béhanzin. » 18 novembre 1892: Le colonel Dodds pille et incendie Abomey (Dahomey)

On a une version très euphémisée des crimes du colonel Dodds dans Le Monde que d'aucuns nomment "la Pravda française" :  

LE MONDE 23.12.06
La France prête au Bénin des trophées de la colonisation
... Le 17 novembre 1892, le général Dodds entre à Abomey, capitale du royaume de Dan-Homey, à la tête d'une colonne des troupes coloniales françaises. Le roi Béhanzin (1844-1906), qui lutte contre les envahisseurs, a fui en incendiant son palais. Après quatorze mois de guérilla, il se rendra à Dodds. Ce dernier, qui a retrouvé le trône du souverain intact, l'envoie en France, où il figurera, parmi d'autres "trophées", au Musée d'ethnographie du Trocadéro...

Remarquez comme le terme pillage dans l'article du Monde est remplacé par le terme "retrouvé" ainsi que le terme résistance par celui de "guérilla" et le terme de "vol" par "envoie". De l'art et la manière de présenter les choses. On finirait presque par croire que sans le sauvetage du bon colonial Dodds, jamais ces oeuvres n'auraient été préservées. A croire que ce journal légitimerait le pillage des oeuvres pour alimenter les réserves du musée du quai Branly. Un musée qui a été construit sur un terrain qui du temps de la coloniale avait servi de théâtre pour les expositions coloniales où on exhibait "les races inférieures"nouvellement civilisées (les zoos humains). Ce ne sont plus des hommes que l'on exhibe mais les trophées qui appartenaient à leur culture. Est-ce que les choses ont fondamentalement changé ? Certains anthropologues parlent même de nouvelles formes d'exposition coloniales.
 
Le colonel Dodds "envoya" donc ses trophées de guerre en France (notamment le trône du roi) où ils furent confiés au très colonial "musée de l'homme"  pour finir par atterrir au musée quai Branly érigé selon les désidératas de Nôtre bon président. Un musée qui s'est refait une virginité sur le dos de la nouveauté mais qui ne rompt pas avec les procédés de son prédécesseur : l'exhibition d'oeuvres et de biens spoliés à l'Afique du temps de la coloniale. En effet bon nombre des oeuvres exhibées ont été pillées durant la colonisation. Le musée n'hésite pas à montrer sa grande charité en daignant prêter au Bénin - des oeuvres qui devraient lui revenir de droit - à l'occasion d'une exposition béninoise organisée par la fondation Zinzou de Cotonou fêtant le centenaire du roi Béhanzin. Et le musée Branly entend faire connaître à la populace africaine sa magnanimité et aux concitoyens français son oeuvre salutaire enves les Africains.

C'est un peu comme si l'Allemagne impériale qui a colonisé la France avait fini par triompher et que des institutions culturelles germaniques décidaient quelques décades ou centaines d'années plus tard de prêter aux Français le temps d'un centenaire, le tombeau de Napoléon ou les restes du Général ou des tableaux de Monet, Gauguin,etc., appartenant au patrimoine culturel français pillé par les nazis.

AFRIKARA 27.06.06
Musée du Quai Branly et Immigration choisie : Droit de cité, par Aminata Traoré


A lire chez Pressafrique :

PRESSAFRIQUE 27.06.06
A quoi sert le musée quai Branly ?

PRESSAFRIQUE 05.06.06
Du commerce lucratif des objets d'art pillés à l'Afrique (et du recel) : le 17 et 18 juin prochain vente à Drouot de la collection Vérité d'art africain et océanien (et le 20 juin inauguration du musée quai Branly)