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 PRESSAFRIQUE 14.12.06
Du rififi à France Télévisions. FT une chaîne politique ?

La connivence entre le pouvoir politique et les chaînes publiques ne datent pas d'aujourd'hui ni d'hier mais remontent à l'époque de l'ORTF gaullienne où l'information était sérieusement contrôlée par le pouvoir gaulliste. Un système qui a verrouillé pendant longtemps la presse. Si on peut estimer à juste titre que les choses ont quelque peu évolué, le fantôme de l'ORTF et de ses connivences semblent encore planer sur FT à en croire les nombreuses purges journalistiques qui ont lieu régulièrement lors des élections présidentielles. Un peu comme si avec l'avènement d'une nouvelle transition politique au sommet du pouvoir  on s'assurait de maintenir en place les journalistes les plus politiquement fidèles et que l'on mettait au placard les autres. Le cas Elkabbach est un cas exemplaire de l'avènement de la Mitterandie mais d'autres journalistes de sensiblité de gauche se sont fait bouler comme des malpropres tant sur les chaînes privées que publiques. Ce n'est donc pas une question de journalistes ou de chaînes mais un problème structurel qui se pose à notre démocratie qui voudrait que le service publique soit peu ou prou indépendant du pouvoir politique à l'instar d'une BBC beaucoup plus autonome (du moins avant la guerre d'Irak et la démission forcée de son directeur par le pouvoir blairiste).

On sera d'autant plus vigilant à l'indépendance des chaînes publiques que les citoyens sont censés payer sur leurs deniers la qualité des programmes et l'indépendance de l'information qu'on leur sert. La redevance n'est pas un simple quitus pour le n'importe quoi mais bel et bien une exigence de qualité  et d'indépendance journalistique. Il serait dommage que le citoyen, quelque soit le pouvoir en place, soit amené à rétribuer une chaîne qui au lieu d'informer la population comme il se doit, distille insidieusement la propagande que le gouvernement souhaite lui voir déverser. Nous ne pouvons imaginer dans une démocratie digne de ce nom que le service publique mette en avant les idéaux du gouvernement en place ou fasse la quelconque promotion d'un candidat désigné par le pouvoir en place. Le service publique se doit de promouvoir certaines valeurs républicaines, d'équité, de tolérance ainsi que des campagnes de sensibilisation de l'opinion publique dans les domaines de la santé, de l'écologie, etc. En aucun cas il n'est inscrit dans son cahier des charges qu'il doit assurer la promotion des candidats émanant du sérail politique actuellement en vogue.  

Certains signaux d'alarmes laissent penser que ce n'est pas le cas si l'on prend l'exemple de certaines chaînes du service publique.  Nous ne nous attarderons pas sur la propagande négrophobe qui sévit de temps en temps sur ces chaînes ou un animateur se voit condamner par la justice pour "injure à caractère raciste" à l'égard d'une minoritée sans qu'il y ait de mesures prises, lorsqu'il ne s'agit pas de la promotion faite à des livres de négrologues valorisant une vision méprisante à l'égard des peuples du sud ou mettant en exergue la coloniale et le discours antirepentance  ni sur le cas d'un animateur reprenant  hors antenne une idéologie eugéniste au sujet des Africains. Passons aussi sur les reportages douteux qui fleurissent sur France 2 et France 3 en prime time ou en deuxième partie de soirée sur les CRS, les commandos marines, les paras , la guerre contre-insurrectionnelle, la BAC, les COS qui laissent un arrière goût de légitimation d'une certaine conception de l'ordre, à moins qu'il s'agisse d'une légitimation d'une certaine forme de violence pour assurer le nouvel ordre français face à la barbarie montante des "banlieues" ou l'éternelle menace terroriste. A moins que le service publique ait vocation à assurer des campagnes de publicité pour les forces de maintien de l'ordre ou pour le ministère de la défense. Auquel cas cela devrait tout naturellement se faire au travers de campagne publicitaire dûment signalée et non au travers de reportages douteux qui se donnent l'air du journalisme d'investigation ou du documentaire-vérité. On évoquera dans la même ligne, un reportage très tendancieux sur les Tirailleurs et l'argent des Français rappellant le discours de certains extrêmistes ou de celui d'aficionados de la paternelle coloniale... Cela n'est sans doute pas trop important au pays de l'omerta. On y voit que du feu mais jusqu'à quand ?

Plus étonnant encore est la surreprésentation de présentatrices du JT qui s'avèrent être les compagnes de membres du gouvernement à un point tel que deux présentatrices du JT l'une sur France 2 et l'autre sur France 3 ont dû renoncer logiquement à présenter leurs journaux télévisés durant la campagne électorale au grand dam d'une ribambelle de députés UMP qui étaient signataires d'une pétition en faveur de la présentatrice du JT de 20h sur France 2. Or donc Beatrice Shonberg, épouse du ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo présentera son dernier 20 heures le 25 février prochain, avant de revenir aux journaux télévisés du week-end après le second tour de l'élection présidentielle tandis que Marie Drucker cessera de présenter le JT de 23h00 sur France 3 du vendredi 23 février 2007 au lundi 7 mai 2007 en raison de sa relation avec un ministre de l'actuel gouvernement qui vient d'être révélé par un journal que la présentatrice entend attaquer en justice . On ne sait pas quelle peut être l'influence sur les modalités de traitement de l'information à l'antenne lorsque l'on partage la vie d'un ministre actuellement en exercice. C'est un vaste débat qui suscite bien des polémiques. On sait que pour la présentatrice du JT du 13h ou/et du 20h de France 2 le résultat semble parfois pencher en faveur du candidat Sarkozy. Pour Marie Drucker nous n'avions pas cette notion là. Mais la frontière est poreuse. En effet l'interview en mai 2006 du ministre de l'Outre-mer par sa compagne présentatrice du JT de France 3 sur le site du gouvernement pose question.

Biensûr nous ne relatons que les travers de FT, une sorte d'enquête à charge. Il y a de nombreux autres éléments qui montrent que FT de par ses journaux notamment régionaux fait un travail journalistique remarquable dans la couverture de l'actualité et d'une grande originalité comparativement aux autres chaînes d'infos. Toujours est-il que les journalistes du service publique sont parfois pris dans la tourmente d'un système remontant à l'ORTF du général. On sait depuis toujours qu'il est très difficile d'être le PDG des chaînes publiques et que les directeurs de chaîne sont soumis à d'incessantes pressions politiques, on connaît les exemples de journalistes qui pour avoir été trop indépendants ou trop critiques avec le pouvoir en place se sont retrouvés au placard autant dire le goulag médiatique. Plus récemment il y a eu une levée de bouclier parmi les journalistes de la rédaction de France 2 suite aux demandes pressantes de leur directrice d'information qui selon Le Canard a voulu imposer dans son intégralité une interview de Chirac lors du lancement de France 24 :

LE CANARD ENCHAINE 13.12.06 
Eruption à France 2

...La scène se passe au troisième étage de l'immeuble de France Télévisions, le 6 décembre, jour du lancement de France 24, la chaîne d'information internationale. Arlette Chabot, directrice de l'info de France 2, vient de faire connaître ses exigences à la rédaction : l'interview accordée par Chirac à la chaîne planétaire pour son lancement devra être reprise intégralement au journal du soir sur France 2. Problème cette interview, plutôt fadasse, dure 4 minutes et 21 secondes.


"Pas possible s'insurge un journaliste chargé du 20 heures, ça ne vaut pas plus d'une minute !"

David Pujadas acquiesce : " on ne peut pas insérer dans le 20 heures une interview de 4 minutes sans intérêt . Ca va plomber le journal."

Vers 19 heures, Arlette Chabot déboule en révolte : "Vous me faites tous chier ! C'est un ordre : vous devez passer le Chirac dans son intégralité.

- Si c'est un ordre, rétorque un journaliste il faut que ce soit Carolis (patron de France Télévisions et copatron de  France 24) qui vienne nous le dire lui-même.

- C'est moi qui décide lance Chabot, lance Chabot. Carolis ne descendra pas. Vous êtes des nuls ! Vous passserez le Chirac dans son intégralité. Ce sera comme ça et pas autrement."

Au final, "le Chirac" diffusé durera 3 minutes et quelque. Alors que TF1 n'y a consacré qu'un très bref extrait...


Bien sûr ce ne sont que des infos du Canard qui valent ce qu'elles valent. Reste à savoir quelle est l'indépendance de la rédaction de FT par rapport au pouvoir politique. On se souvient que la directrice de l'info sur France 2 avait accordé une émission spéciale A vous de juger au candidat Sarkozy d'une durée exceptionnelle (2 heures et 57 minutes) avec une heure entière consacrée à l'insécurité et cela peu après qu'en début de la même semaine France 2 avec complément d'enquêtes ait alerté les Français sur les dangers de l'insécurité et de la montée de la violence gratuite en France .