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 PRESSAFRIQUE 14.05.07
Le nouveau président de la France soutient-il les oppresseurs de l'Afrique ?

Les valises d'argent frais ont certes atterri au RPR et à l'UDF, mais aussi au PS. Et les amitiés maçonniques ont fait le reste. Pour apaiser le courroux du bienfaiteur, outré par un brûlot de Pierre Péan,  la France rose lui dépêche tour à tour le défunt François de Grossouvre, Roland Dumas - «mon ami intime» - puis le Premier ministre Pierre Mauroy. On promet même au roi des Batéké, reçu avec faste l'année suivante, une centrale nucléaire. Il compte aujourd'hui parmi ses plus ardents avocats l'ex-ministre Catherine Tasca ou Michel Rocard. Bongo puise dans une fortune colossale, bâtie avec le concours d'Elf, de quoi huiler les rouages de son pouvoir. A tous les coups il gagne. Réélu président, Omar Bongo peut compter sur la bienveillance d'une France à qui il doit tout et qui lui doit tant.
(L'Express 10.12.1998, Vincent Hugueux, L'Eternel Bingo de Bongo )

« Omar Bongo.est pour moi un ami de longue date et qui a témoigné de sa fidélité à nos idéaux communs et à notre engagement commun pour une certaine idée franco-africaine. » Jacques Chirac, allocution à Libreville le 22 juillet 1995.

 Lors de la proclamation des résultats de l'élections présidentielle, au soir du 06.05.07, le sortant-gagnant, avait déclaré qu'il serait toujours du côté des opprimés. Des déclarations démagogiques si on en juge les actions politiques du nouveau président de la France et à fortiori de la Françafrique. En effet, pour fêter son sacre, Sarkozy est allé se recueillir pour s'imprégner de la fonction présidentielle non pas dans un monastère mais sur le yacht de Bolloré au large des côtes d'un paradis fiscal en cours d'harmonisation européenne. Son voyage en Falcon subventionné par Bolloré - une famille d'entrepreneur ayant bâti une grande partie de leur fortune en Afrique avec des marchés généreusement distribués par certains dictateurs françafricains - apparaît à la fois comme un gage de garantie envers le grand capital et la Françafrique.

Les entreprises de Bolloré en Afrique contrôlent 90% du tabac africain et sont engagées dans l'exploitation forestière au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Libéria. Une récente émission d'Envoyé spécial sur le Libéria évoquait de manière très succinte des conditions de quasi servilité pour les employés des exploitations forestières de Bolloré au Libéria. Un autre documentaire diffusé sur France 3 intitulé "la bataille d'Abiidjan " évoquait les transactions entre Bolloré et le criminel contre l'humanité Charles Taylor (en passe d'être jugé début juin 2007 devant un tribunal pénal international) : "Après avoir mis le pays à feu et à sang Charles Taylor arviendra même à se faire élire président au grand dam du roi américain Firestone. Taylor n'oublie pas de renvoyer l'ascenceur à ceux qui l'ont aidé : le président ivoirien Houphouët Boigny, le groupe hollandais oriental Timber corporation et le français Bolloré qui obtiennent de grandes concessions dans le caoutchouc et le bois exotique". Avec le rachat du groupe de transport Saga de Pierre Aïm, Bolloré s'est ouvert un portefeuille de contacts avec les dictateurs africains les moins fréquentables dont le Congolais Sassou Nguesso et le Tchadien Idriss Déby. Il renforce aussi ses liens avec le monde des services secrets. Il recourt aux compétences de Jean Heinrich (ex-patron fort courtisé de la Direction générale des renseignements militaires), et s'associe très étroitement à Michel Roussin, haut retraité de la DGSE et ancien ministre français de la Coopération (Survie Campagne "Bolloré : monopoles services compris. Tentacules africaines" (2000)). On y retrouve aussi Jean-Yves Ollivier un homme d'affaires très proche du président congolais Sassou Nguesso et de Jean-Pierre Bemba. De nombreuses entreprises en situation parfois de quasi monopole sont aussi implantées en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Burkina Faso, au Cameroun, au Mali, au Togo, au Bénin, au Congo-Brazzaville, au Nigéria, en Afrique du Sud et en Angola. La stratégie consiste à contrôler toute la chaîne de transport, plus quelques filières de production hautement rentables. La vague de privatisations, imposées par les institutions financières internationales, a permi à l'entrepreneur de racheter le maximum d'infrastructures de transport et d'élargir sa gamme de produits tropicaux (cacao, coton, café, caoutchouc, huile de palme...). La gestion des réseaux ferrés s'est ajoutée à celle des ports et lignes maritimes pour maîtriser le coût du transport de marchandises (Survie Campagne "Bolloré : monopoles services compris. Tentacules africaines" (2000)). Bolloré contrôle près de 22 ports africains, soit presque la quasi-totalité de la côte ouest du continent. Même pendant la guerre civile en Côte d'Ivoire, le chiffre d'affaire des entreprises de Bolloré installées en Côte d'Ivoire était conséquent : « Saga [groupe Bolloré] CI (Manutention) a réalisé un bénéfice net de 9 milliards F CFA malgré la crise et les perspectives 2005 sont encore plus radieuses avec la création d'un nouveau quai - le quai 25 - pour traiter exclusivement les conteneurs de l'armée française.  » (Lettre du Continent, Big business pour Bolloré à Abidjan, 24.02.05).

Les présidents français passent Total et Bolloré restent. Sarkozy, ancien candidat de la coloniale et de la Françafrique , endossera-t-il l'héritage françafricain de Jacques Chirac ? Sarkozy a-t-il été initié aux méthodes françafricaines durant son voyage sur le yacht de Bolloré ? Pendant la campagne, il n'avait pas hésité à se faire adouber auprès du roi Bongo en place depuis 40 ans au Gabon (grâce à la politique foccarto-gaulliste et à celle de leurs successeurs). En témoigne un extrait du journal d'information d'AFrica TV.info en mars 2007 (voir la vidéo).

 AFRICA TV.INFO 21.03.07 (vidéo)
Visite de Nicolas Sarkozy à Omar Bongo dans son hôtel particulier à Paris.

M. Sarkozy était accompagné de son directeur de campagne M. Claude Guéant. Il va sans dire et actualité oblige que le candidat Sarkozy est allé recueillir les sages conseils du président Bongo Ondimba ainsi qu'il l'a reconnu à l'issu de leur entretien.

Nicolas Sarkozy : "J'ai écouté les conseils du président Bongo qui a une grande expérience diplomatique. Je lui ai expliqué comment se passait la campagne. J'ai recueilli ses sentiments d'amitié qui sont pour moi très importants. Je l'ai assuré également de mon mon intérêt pour l'Afrique, de mon amitié pour l'Afrique et de ma fidèlité pour l'Afrique. Merci à tous." 


Peu après l'élection, en digne héritier du très françafricain Jacques Chirac il aurait passé un coup de fil à Omar Bongo (selon les dires de ce dernier sur RFI) pour le remercier de certains de ses conseils.     

RFI 08.05.07
Sarko a appelé Bongo

«Nicolas Sarkozy m'a dit simplement : «Merci pour certains de tes conseils», et je lui ai dit : «Félicitations pour m'avoir compris, parfois».»
Il y a les félicitations d'usage après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la France. Les messages un peu convenus et un rien distants... Mais il y a aussi des réactions chaleureuses de la part de certains chefs d'Etat. Le Gabonais Omar Bongo Ondimba est de ceux-là. Il révèle que le nouveau président français l'a appelé au téléphone le soir de son élection. Que se sont dit les deux hommes ?...
Lire la retranscription intégrale de l'interview


Le nouveau Président va-t-il poursuivre la même politique françafricaine criminelle que son prédécesseur ? On peut légitimement se poser la question et des signes avant-coureur semblent plaider en la faveur d'une réponse positive. A suivre... 

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