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 PRESSAFRIQUE 14.05.07
Les remerciements de Sarkozy à Bongo :
«Merci pour certains de tes conseils»

Le mardi 08.05.07, Omar Bongo Odimba, président depuis 40 ans du Gabon, était interviewé par Christophe Boisbouvier sur l'antenne de RFI. Selon Bongo, le nouveau président français l'aurait remercié au soir du 06.05.07, pour ses conseils lors de la campagne électorale. Voici la retranscription intégrale de l'interview.

RFI 08.05.07 
Sarko a appelé Bongo
«Nicolas Sarkozy m'a dit simplement : «Merci pour certains de tes conseils», et je lui ai dit : «Félicitations pour m'avoir compris, parfois»Il y a les félicitations d'usage après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la France. Les messages un peu convenus et un rien distants... Mais il y a aussi des réactions chaleureuses de la part de certains chefs d'Etat.Le Gabonais Omar Bongo Ondimba est de ceux-là. Il révèle que le nouveau président français l'a appelé au téléphone le soir de son élection. Que se sont dit les deux hommes ?...

Retranscription de l'interview de Bongo diffusée le 08.05.07 sur RFI

Christophe Boisbouvier (RFI) :
"Monsieur le Président, bonjour."

Omar Bongo Ondimba :
"Bonjour."

C. Boisbouvier :
"Quelle est votre réaction après l'élection de Nicolas Sarkozy en France ?"

O. Bongo :
"Ben, les Français ont fait leur choix, il a été élu. Alors je ne peux être
que content, comme les Français. Puisque je connais celui qui a été élu, bon,
c'est une bonne chose."

C. Boisbouvier :
"Depuis combien de temps vous connaissez-vous ?"

O. Bongo :
"Ben, je le connais il n'était même pas encore au gouvernement. Quand Chirac
était à la Mairie, dans les années 80 et quelques."

C. Boisbouvier :
"Et qui vous l'a présenté ?"

O. Bongo :
"Ben... Chirac, évidemment : on s'est rencontré chez Chirac."

C. Boisbouvier ;
"Quelle impression vous a fait Nicolas Sarkozy la première fois que vous
l'avez vu ?"

O. Bongo :
"Ben il m'a fait l'impression d'un garçon qui sait ce qu'il veut et qui sait
où il va et qui a son franc-parler. Et puis même dans sa traversée du désert,
on a toujours été en bons termes. Voilà."

C. Boisbouvier :
"Quelle est sa principale qualité à vos yeux ?"

O. Bongo :
"C'est la détermination, le courage en politique, c'est ça, qu'est-ce que vous
voulez."

C. Boisbouvier :
"On se souvient qu'il y a quelques années, vous nous aviez dit que Nicolas
Sarkozy était allé trop loin dans sa prise de distance avec Jacques Chirac."

O. Bongo :
"Il est allé trop loin mais je le lui ai dit, entre amis. Moi je ne cache rien
à mes amis, je le lui ai dit et le président Chirac savait que je voyais
Nicolas tout le temps et que je lui disais ce qui n'allait pas."

C. Boisbouvier :
"A l'époque où ils étaient en très mauvais termes, Jacques Chirac et Nicolas
Sarkozy, est-ce que vous avez joué un rôle ?"

O. Bongo :
"Mais je n'ai pas besoin de vous dire tout ça, quand même. Il y a des
secrets... qui restent secrets."

C. Boisbouvier :
"Mais vous êtes intervenus, quand même à Paris."

O. Bongo :
"J'ai dit : il y a des secrets qui restent secrets. Vous pouvez trouver,
Boisbouvier, beaucoup de manières de me poser cette question, mais je vous
réponds aussi par cela et je dis : toute vérité n'est pas bonne à dire. Bon,
ce sont des choses qui ne regardent que nous trois : Jacques Chirac, Nicolas
Sarkozy et moi, voilà !"

C. Boisbouvier :
"Alors, est-ce qu'on ne peut pas dire que vous êtes content que ce soit plutôt
Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal ?"

O. Bongo :
"Non, écoutez, mes amis sont mes amis. Mais je ne suis pas électeur en France.
Bon, les Français ont fait leur choix, on ne peut que s'incliner devant ce
choix. Mais quant à une préférence entre tel ou tel, non, ce n'est pas mon
rôle."

C. Boisbouvier :
"Mais il n'empêche que vous ne connaissiez pas Ségolène Royal."

O. Bongo :
"Qu'est-ce qui vous le dit ? J'ai vu Madame Royal en 92, à Rio de Janeiro, au
Sommet de la terre. Elle avait fait un très bon discours. Donc j'en garde un
très bon souvenir, alors !"

C. Boisbouvier :
"Oui, mais Monsieur le Président, quand vous veniez à Paris ces derniers
temps, il vous arrivait de déjeûner avec Nicolas Sarkozy mais pas avec
Ségolène Royal."

O. Bongo :
"Oh, vous à RFI, vous racontez trop de choses, hein... J'avais commencé par
dire que quand je venais, les repas entre Sarkozy, Bongo, Sassou euh... Vous
en dîtes tellement que vrai ou faux, bon : on se tait ! L'occasion ne s'était
pas donnée mais lorsque l'occasion se présentera, je peux bien dîner avec
elle, hein ! Y'a pas de problème."

C. Boisbouvier :
"Qu'attendez-vous maintenant du Président Sarkozy ?"

O. Bongo :
"Mais je n'attends rien ! J'attends qu'il y ait une bonne coopération entre le
Gabon et la France."

C. Boisbouvier :
"Nicolas Sarkozy dit qu'il faut qu'aujourd'hui les relations soient moins
personnalisées que du temps de Jacques Chirac. Qu'en pensez-vous ?"

O. Bongo :
"Très bien. Chirac, c'est Chirac. Sarkozy, c'est Sarkozy. Et ben, s'il veut
changer, qu'il change !"

C. Boisbouvier :
"Est-ce que vous vous tutoyez par exemple, ou est-ce que vous vous vouvoyez ?"

O. Bongo :
"On se tutoie ! Puisque vous voulez être dans les secrets des parfums, hier
[le 6 mai, jour de l'élection] il m'a même téléphoné. Bon, alors ! Si ça peut
vous arrangez, voilà ! On se tutoie depuis 80 et quelques."

C. Boisbouvier :
"C'est lui qui vous a appelé, dimanche soir ?"

O. Bongo :
"Ben hé, hé hé..."

C. Boisbouvier :
"Et alors, que vous a-t-il dit ?"

O. Bongo :
"Non, non, non... Mais vous croyez pas tout de même que je vais me livrer à ce
genre de confidences, non ? Il m'a dit tout simplement : merci pour certains
de tes conseils, voilà ! Et je lui ai dit félicitations pour m'avoir compris
parfois."

C. Boisbouvier :
"Vous savez ce qu'à dit la gauche en France ces dernières semaines : il faut
en finir avec les relations trop personnelles entre la France et l'Afrique, à
l'image des relations entre Nicolas Sarkozy et Omar Bongo Ondimba."

O. Bongo :
"Qu'est-ce que j'en ai à voir, moi ? La gauche n'a qu'à dire ce qu'elle a pas
[?] dit. La gauche dit cela et la droite n'en pense pas moins. Mais la France
est tellement... dans la droitisation des choses que la gauche parlera
longtemps. En attendant, il est élu pour cinq ans. Et bien moi, le reste j'en
ai qu'à à foutre, moi ! Ca ne me regarde pas, hein..."

C. Boisbouvier :
"Nicolas Sarkozy n'exclut pas l'hypothèse de fermer l'une ou l'autre des bases
militaires françaises en Afrique. Qu'en pensez-vous ?"

O. Bongo :
"Ca m'est égal !"

C. Boisbouvier :
"Vous savez que l'une de ces bases est au Gabon !"

O. Bongo :
"Mais et alors ? Elle est au Gabon et elle sert à protéger les Gabonais,
hein ! Quand vous venez à gauche ou à droite, vous atterrissez où ? Sur cette
base, là... Et vous êtes où, on vous garde là, en attendant de vous diriger
sur la France, alors !"

C. Boisbouvier :
"Pour conclure, Monsieur le Président, attendez-vous la continuté ou la
rupture avec Nicolas Sarkozy, par rapport à Jacques Chirac ?"

O. Bongo :
"J'ai dit, avec Jacques Chirac, c'était un ami, c'était un frère. Il a fini
son mandat. Il appartient à Sarkozy de se définir. Doit-il continuer, je ne
dis pas la totalité, de ce que faisait Chirac ? Mais dans ce cadre précis,
que doit-il faire ? Posez-lui la question à lui, et non à moi."

C. Boisbouvier :
"Donc vous espérez la continuité, c'est ça ?"

O. Bongo :
"Je n'ai rien dit hein ! C'est vous qui le dîtes, hein ! C'est vous qui le
dîtes."

C. Boisbouvier :
"Monsieur le Président, merci."