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 PRESSAFRIQUE 02.05.07
Les accords de partenariat économique de l'Union européenne : une menace sociale, économique et politique pour l'Afrique

 Au 31 décembre 2007, les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) devront avoir signé des accords de partenariat économique (APE) avec l'Union européenne (UE) instaurant un total libre-échange. Ces pays du sud devront renoncer à leurs taxes douanières concernant les produits en provenance de l'Europe. Une mesure qui si elle est appliquée va ravager l'économie en cours de structuration de bien des pays du sud, le rapport de force étant trop déséquilibré. Les pays d'Afrique qui étaient relativement protéger par les accords de Cotonou devront baisser la garde et accepter une concurrence déloyale. Le risque d'un effondrement de l'économie des pays ACP est majeur. Avec un risque de déflagration économique et politique et de survenue, du fait de la misère économique engendrée, de graves crises sociales pouvant déboucher une déstabilisation profonde de nombreux pays. On entrevoit le spectre des révoltes et des conflits armés résultants d'un accroissement de la misère. L'Union Européenne veut donc recoloniser totalement l'espace économique africain en ne laissant aucune chance à ce continent et en lui autant tout espoir de protéger son économie et son industrie naissante et de consolider un dispositif d'intégration régionale indispensable à la sécurité et l'indépendance de l'économie africaine. L'inondation des marchés africains par les produits des multinationales européennes assortis de plans d'ajustement structurel imposés par le FMI auront raison de l'économie africaine avec une probable disparition de pan entier de secteur économique notamment les exploitations artisanales en Afrique qui sont les plus nombreuses. Les multinationales pourront dès la survenue de ces accords se lancer à la conquête des marchés africains avec toute leur puissance financière. Ce sera à nouveau la loi du plus fort et du plus riche qui peut plumer les plus pauvres incapables de se défendre face à l'arrivée massive sur leur marché de produits moins onéreux.

 Nombreux sont les pays ACP qui dénoncent les effets désastreux de l'instauration d'une zone de libre échange par la suppression des barrières douanières avec l'Union européenne dans les conditions actuelles du développement des pays ACP. Parmi ces effets délétères, l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC) note le risque :

-          d'aggravation de la pauvreté en milieu rural et urbain, suite à la concurrence déloyale des produits en provenance d'Europe qui vont envahir le marché.

-          de déstabilisation des règlementations internes des pays ACP dans les domaines des services, des investissements, des marchés publics, etc. et la perte de la capacité des états à règlementer ces secteurs pour les mettre au service de leur développement ;

-          de déstabilisation du processus d'intégration régionale à cause de l'instauration prématurée  de la zone de libre échange sans tenir compte des différences qui existent entre les pays ;

-          de perte de l'espace politique dont les ACP ont besoin pour concevoir le développement de leurs Etats ;

-          de perte des recettes douanières due au démantèlement des tarifs douaniers ...


 Prenons  l'exemple d'une néocolonie françafricaine tel que le Cameroun. Ce pays déjà ravagé par la malgouvernance, la pauvreté et les tensions sociétales aura l'obligation d'enlever ces 46% de taxes et de droit  douane ainsi que la limitation des quotas imposés aux produits de l'UE. Prenons l'exemple du poulet, l'Etat camerounais sera obligé de lever les quotas d'importation de poulets congelés en provenance d'Europe (surplus alimentaire congelé par les agriculteurs européens et vendus à bas prix aux pays africains avec tout les risques que ce mode de conservation d'aliment peut comporter en Afrique). Si avec 20% des droits de douane le Cameroun importait 22 154 tonnes qui ont détruit 110 000 emplois, quelle sera la situation avec 0% de droit de douane ? Une catastrophe pour les producteurs ! Ainsi dans ce pays, l'importation massive en provenance d'Europe de découpes de poulets congelés a mis sur la paille de nombreux éleveurs de poulets. Depuis que le gouvernement camerounais sur l'initiative de la campagne ACDIC a porté ses droits de douane de 22% à 46%, le prix de vente du poulet est passé de 900 francs CFA à 1700 francs CFA relançant cette filière avicole au Cameroun. Ainsi 250.000 personnes ont pu retrouver un emploi dans cette filière au Cameroun. En dépit des inquiétudes légitimes de la société civile et des secteurs industriels camerounais, les ministres du gouvernement camerounais n'ont rien trouvé de mieux que de faire du prosélytisme en incitant les autres pays de la sous-région à signer cet accord avant le 31 décembre. Il faut dire que le Président françafricain ou néogouverneur, Paul Biya, semble  plus soucieux des intérêts de l'ex-métropole que de ceux de ses concitoyens. Il passe d'ailleurs plus de temps en villégiature à l'étranger notamment en France plutôt qu'à exercer ses fonctions dans son pays. Les ministres Camerounais veulent donc en toute logique, en phase avec leur Président, signer à tout prix ces accords APE avec l'UE avant le 31 décembre 2007 au risque de déstabiliser profondément l'économie de leur pays et mettre à mal tout dispositif d'intégration régionale pérenne. La signature de ces accords en l'état entraînera un accroissement de la dépendance du Cameroun à l'égard de l'Europe. L'indépendance n'ayant été que très partielle, on envisage la déflagration que ces accords entraîneront dans ce pays où la paupérisation de la population ne cesse de croître. Une démarche qui s'avérerait suicidaire pour l'économie camerounaise et celle des pays de la sous-région. Mais faut-il attendre une quelconque résistance de la part des démocratures françafricaines aux demandes de l'ancienne métropole ou de l'Union européenne ?

 Il y a un grand risque que les produits européens détruisent tous les secteurs de production du pays. Une compétitivité commerciale qu'en l'état des choses les pays ACP ne peuvent tenir.  L'impact des APE sur l'agriculture des pays de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale ( CEMAC) se caractériserait pour ces pays selon le secrétariat exécutif de la CEMAC par « ...une baisse des prix des denrées alimentaires, qui entraîne une baisse généralisée de l'indice des prix ; une augmentation de la production agricole de rente (pour l'exportation) au détriment de la production pour le marché domestique ; une baisse de la production des industries alimentaires, qui ne pourra faire face à la concurrence des produits alimentaires importés ; une baisse globale de la consommation des ménages car la baisse des revenus est plus forte que la baisse des prix aux consommateurs ; une aggravation  de la pauvreté, essentiellement en milieu rural, et une aggravation des inégalités en milieu urbain comme rural. »

 Les enjeux s'expriment aussi en termes d'accès aux marchés, de concurrence, de droit de propriétés intellectuelles, de libéralisation des investissements des services et des marchés publics. Autant de secteurs où la majorité des pays ACP ne sont pas encore concurrentiels et risquent de souffrir d'accords de partenariat propices à laminer leur économie. 

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