| « Comme arrière-fond. Ce qui s'est passé
en Ouganda, c'était les Anglais qui poussaient au Rwanda et les Français
qui défendaient la francophonie. Et puis ça a passé au Congo de Mobutu, où
vous avez eu une guerre civile par interposition : les Français
aidaient Mobutu et les Américains et les Anglais, avec la présence des
Ougandais, (aidaient) Kabila. Vous avez cela comme toile de fond, un
conflit Fachoda. » Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire
général de l'ONU. (Une guerre noire, Gabriel Périès et David Servenay,
p.195).
Y
a-t-il eu un plan de partage de la RDC entre les
différentes puissances belligérantes françafricaines (Angola, Congo,
Zambie, Namibie, Zimbabwe, Tchad) et américafricaines (Rwanda, Ouganda,
Burundi) ? On est en droit de se poser la question devant le peu de
réaction des autorités congolaises suite à l'occupation par l'Angola d'une
large bande du territoire dans la région du Bas-Congo. S'agissait-il d'une
contrepartie à l'intervention angolaise pour « nettoyer »
Kinshasa des forces bembistes ? On ne le sait. Toujours est-il que le
silence du premier ministre-alibi et de son gouvernement fut éloquent
pendant un certain temps. Son mentor Kabila - homme lige de la
Françafrique et de l'Américafrique réunies aux intérêts parfois
convergents (n'en déplaisent aux théoriciens de Fachoda) - qui est parvenu
à museler toute opposition politique, entend il avaliser la balkanisation
en douceur du Congo et se séparer d'une partie de ce gigantesque pays aux
ressources minières fabuleuses au sud et à l'est avec le soutien des
grandes puissances occidentales ? Après avoir glorifié au Sénat
belge la mémoire de l'oeuvre de Léopold II, après avoir été l'un des
fossoyeurs des entreprises minières d'Etat aux profits de multinationales,
va-t-il faciliter le démembrement d'une partie des régions
convoitées de la RDC? Ou bien s'agit-il comme l'écrivait Colette
Braeckman dans les Nouveaux Prédateurs (p.138) d'une
stratégie délibérée, d'une feinte qui vise à démasquer la brutalité de ses
adversaires pour mieux reprendre le dessus après en sensibilisant la
communauté internationale? Quoiqu'il en soit la Zambie s'est, elle aussi,
arrogée une petite partie du territoire tandis que le Rwanda et l'Ouganda
- alliés d'hier - occupent
encore par l'intermédiaire d'hommes de mains et de soldats une partie des
régions du Kivu et de l'Ituri, respectivement, en prenant soin d'en piller
les richesses.
Les
Congolais ont exprimé de vives inquiétudes en apprenant le contenu des
quatre scénarios de l'Acte final conclu mi-avril à Bujumbura « en vue
de l'éradication définitive des forces négatives opérant dans les Grands
lacs » par les responsables des états-majors généraux des armées
congolaises (Le Potentiel 24.04.07 Congo-Kinshasa: Neutralisation des « forces négatives »,
l'armée rwandaise en RDC de « manière officielle »). « Du côté de
la RDC, c'est le 3ème scénario qui a le plus inquiété. Il
s'agit de la possibilité d'une intervention militaire conjointe des autres
Etats, le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi, pour lancer une offensive
contre les forces négatives. S'agit-il d'un nouveau retour des Etats jadis
agresseurs de la RDC ? Mais cette fois-ci de manière
officielle ? » s'interrogent Radiookapi.net et Le Potentiel. On est
en droit légitime de se poser la question. Après avoir méthodiquement
piller le Kivu et l'Ituri, semer une guerre civile qui a fait 4 millions
de morts, le Rwanda et l'Ouganda qui disposent encore de nombreux soldats
ou de milices armées par leur bon soin dans ces deux régions auront-ils
l'autorisation de la RDC pour revenir s'installer officiellement au nom de
« l'éradication des forces négatives ? ».
L'Ouganda a été condamné par la CPI, en raison du pillage
intégral de l'or de l'Ituri - qui est loin de s'être arrêté - à
payer une réparation financière équivalente à des milliards
d'euros, une somme qui n'a jamais été versée. Le Rwanda qui pille tout
autant que son voisin les deux Kivu a commis de nombreux crimes contre
l'humanité depuis 1996 en RDC (à l'instar de son voisin) qui n'ont jamais
été condamnés. L'homme lige du Rwanda, Laurent Nkunda, a été considéré par Human Rights
Watch mais surtout par la Cour Pénale Internationale comme un criminel
contre l'humanité au regard
des nombreuses exactions commises par ses troupes sur les populations
civiles. Il n'a jamais été jugé devant un quelconque Tribunal
pénal international ni inquiété par la MONUC qui a pris soin d'éviter
ses troupes. Il en va de même des criminels contre l'humanité ougandais et
rwandais ou de leurs rebelles supplétifs qui ont sévi en RDC durant la
guerre civile qui a ravagé ce pays entre 1998 et 2003, à la solde des
régimes despotique de Museveni et dictatoriale de
Kagamé.
Retour sur le massacre de Kasikita (23.08.1998) un
des nombreux massacres à caractère génocidaire perpétrés sur la population
lors de la guerre civile par des rebelles d'une faction militaire du RCD
souvent renforcée par les troupes rwandaises ou ougandaises.
« A Kasika, une petite localité du Sud-Kivu, une embuscade
fut chèrement payée : le 23août 1998, alors que des militaires
rebelles faisaient mouvement vers Kamituga et Mwenga, où se trouvent des
mines d'or, ils furent pris sur le feu d'une embuscade tendue par les
Mai-Mai. Les pertes furent lourdes, en qualité plus qu'en quantité :
huit officiers tués, dont des « commandants étrangers »
d'origine rwandaise ou ougandaise. Les représailles furent à la hauteur
des pertes subies, elles durèrent trois jours. Les gens furent d'abord
poussés vers l'église catholique et le temple protestant, où les soldats
demandèrent des ordres par téléphone mobile. La réponse fut d'une
simplicité biblique : « Tuez tout le monde ». (Colette
Braeckman, Les nouveaux prédateurs, p.152-153). Et il y en eut des
massacres à la Oradour sur Glane dans le plus grand silence de la
communauté internationale. On se serait cru un temps revenu au Congo de
Léopold II sans compter les exactions commises par les forces loyalistes
sur les civils et les représailles dites à caractère ethnique. Selon un
rapport de MSF, dans les régions du Kivu, 75% des enfants de moins de 3
ans de cette région n'ont pas survécu et la mortalité infantile a décimé
60% des enfants de moins de 5 ans. Depuis 1998, la population de l'est du
Congo a été prise dans l'engrenage de la terreur, les pillages se sont
conjugués aux massacres entre rebelles, Mai-Mai et forces loyalistes et
l'on n'oubliera pas les anciens génocidaires rwandais ou leurs affidés qui
écument la région en rançonnant ou massacrant les populations indociles.
Ces derniers sont d'ailleurs
devenus le prétexte de l'intervention des troupes rwandaises (l'Ouganda a
utilisé le même prétexte - celui des troupes rebelles se réfugiant en
Ituri - pour justifier les incursions itératives dans ce territoire
congolais riche en or) pour mettre à sac la région et piller ses richesses
sous la bienveillance de la communauté internationale et de ses
multinationales qui récupèrent coltan, or, diamants à moindre coût. Durant
la guerre civile de 1998-2003, « La population constate que l'armée
rebelle, appuyée par le Rwanda, passe plus de temps à surveiller les zones
minières et à réprimer les civils congolais qu'à poursuivre les Hutus qui
représentent une menace pour le voisin rwandais. Au Kivu, les hommes
de Kagamé et leurs alliés ont mis en place une véritable stratégie de
contre-insurrection, guère différente de ce qui se pratiqua naguère au
Viet-nâm et au Guatemala. Visiblement, ils connaissent leurs
classiques : puisque la résistance s'organise au sein du peuple comme
un poisson dans l'eau, on fait évacuer le peuple»(ibid, p.165). Des
méthodes enseignées dans les écoles de guerre états-uniennes issues des
doctrines françaises de la guerre totale. Une économie de la prédation par
l'horreur et la guerre. De la guerre civile comme politique
étrangère ? Les régions de
l'est dela RDC : Ituri et Kivus sont devenus des mouroirs
entre 1998 et 2003. Et la situation est encore particulièrement critique.
On aura compris que ceux qui subissent les nettoyages par villages entiers
sont avant tout les civils. Ces crimes touchent plus particulièrement les
femmes dont les viols systématisés par toutes les factions en conflit sont
devenus une véritable arme de guerre. « Tout se passe comme si le
paroxysme que la violence avait atteint au Rwanda s'était diffusé à la
région toute entière, avait levé tous les interdits, autorisé toutes les
entreprises de déshumanisation [...] (Durant la guerre civile dans
les régions des Kivu) [...]Tous les témoignages indiquent que les soldats
ou leurs alliés rwandais interviennent rarement lorsque les civils sont
attaqués, même aux abords immédiats de leurs postes militaires. Souvent,
ils attendent que l'attaque soit terminée puis se lancent dans des
représailles contre l'ennemi ou contre la population civile elle-même,
accusée de ne pas soutenir les autorités » (Colette Braeckman, ibid,
p.163). Il y a eu durant la guerre civile et encore à l'heure actuelle une
véritable colonisation de la région par des Rwandais amenés dans les
valises de l'armée rwandaise qui vont participer à l'exploitation du
Coltan et des richesses minières. On assiste au même procédé dans l'Ituri
avec les troupes ougandaises qui ont amené dans leurs valises des éleveurs
qui se sont installés dans le parc naturel de Virunga. Et cela après que
les soldats ougandais ou leurs supplétifs aient chassé les villageois et
exterminé les gros animaux de cette réserve à la mitraillette. L'Ouganda
durant la guerre civile, a instrumentalisé les tensions ethniques en
armant de nombreuses factions en conflit, jouant les pompiers pyromanes
afin de prolonger leur présence dans la région et exploiter les richesses
minières (or, gaz, diamants.). La plupart des chefs de guerre de la région
étaient fournis en armes par Kampala ou Kigali. La région de Bunia s'est
transformée en far west avec de nombreux villages rasés ou désertés par
leurs habitants. Les forces loyalistes des FARDC quant à elles se livrent
aux exactions sur la population quant elles progressent (viols, pillage,
assassinats, voir massacres). L'impunité fut totale et l'est encore. Quant
aux forces de la Monuc elles ont été accusées de profiter de la situation
en profitant et en entretenant par là-même la prostitution des
jeunes filles dans une situation de grand dénuement. La mise en coupe
réglée de ces régions par le Rwanda (Nord et Sud-Kivu) et l'Ouganda
(Ituri) est bien installée. D'une politique de la table-rase pour
faire place nette dans la région avec le soutien américafricain ? Il est
certain que de nombreuses multinationales notamment anglo-saxonnes ont
grandement profité de ce marché de matières premières à bas coût et ont pu
faire un certain nombre d'affaires. Il y eut les entreprises tête de pont
qui prospectent en attendant que la guerre soit finie pour transférer le
marché à des grandes multinationales qui sortent alors de l'orée du
bois. C'est le cas en Ituri de l'entreprise canadienne Heritage Oil
Company dont le propriétaire n'est autre que le fondateur de
l'entreprise de mercenariat Executive Outcome. Une autre
entreprise anglosaxonne sert de tête de pont aux majors, il s'agit
d'American Mineral Fields (AMF) dont le siège se situe à Hope
dans l'Arkansas, la ville natale de Bill Clinton. Selon Colette Braeckman
(ibid, p.183), on reproche à cette entreprise spécialisée dans
l'extraction du cobalt et du zinc d'avoir obtenu des contrats miniers
léonins avec des rebelles dans l'Ituri. Les rebelles en question auraient
bénéficié d'une avance de 50 millions de dollars sur les transactions
« histoire de financer la guerre en cours et de prendre date pour
l'avenir » (ibidem, p.183). L'entreprise Anvil mining a été aussi accusée de complicité de
crimes de guerre pour avoir fournit des moyens de transports aux
forces loyalistes lors de la réalisation de crimes de guerre
en RDC sur les populations civiles. De nombreuses entreprises ont
obtenu des contrats léonins sur le compte des compagnies minières locales
bien souvent lésées dans ces joints-ventures comme il l'a été constaté
dans le rapport Lutundula. Un rapport sans suite. Il dort
comme un loir au fond d'un tiroir de l'assemblée nationale congolaise et
sous le silence de la communauté internationale et du FMI complice. La politique du FMI et de la Banque mondiale a été aussi
mise en cause, idem sans suite. Parmi ces firmes qui se taillent la part
du lion dans ces joints-ventures favorisées par le président Kabila
(contrairement à son père qui négociait plus avec les compagnies
chinoises, cubaines, lybiennes,.), on retrouve de nombreuses entreprises
américano-canadiennes, anglaises, belges, israéliennes, australiennes,
françaises mais aussi d'Afrique du sud...
On sait que le
Rwanda et l'Ouganda sont armés
et soutenus politiquement et diplomatiquement par l'Américafrique tandis
que les alliés des forces loyalistes congolaises (Angola,
Congo-Brazzaville, Zimbabwe, Namibie, Tchad) sont soutenus par la
Françafrique dans une relation qui oscille entre antagonisme et synergie.
Ainsi on sait à présent depuis l'affaire de l'Angolagate qu'Américafrique
et Françafrique peuvent collaborer conjointement, en synergie dans la
vente d'armes envers un gouvernement. Américafrique et Françafrique ont
chacune vendu des armes aux deux mouvements en guerre en Angola
prolongeant ainsi la guerre civile qui fut le résultat de la politique de
Ford/Kissinger dans les années soixante-dix, dans un contexte de guerre
froide. Un trafic particulièrement juteux. Cette guerre a duré une
trentaine d'années et se soldera par l'assassinat du leader de l'Unita,
Jonas Savimbi, initialement soutenu par les USA. L'élimination du leader
Jonas Savimbi le fut grâce au soutien technologique apporté par les USA
mais aussi par la France au travers de ses réseaux françafricains (affaire
Falcon/Gaydamak) soutenant le président Dos Santos. D'ailleurs, récemment
dans l'affaire Angolagate d'éminents membres des réseaux de la
Françafrique ont été mis en cause pour leur implication à différents
niveaux dans les ventes d'armes en Angola en synergie direct des réseaux
transatlantiques ou de la russafrique (Falcon et Gaydamak). Une véritable
nébuleuse où semblent converger les réseaux "russafricain" (liquidation et
vente de l'arsenal militaire soviétique par des agents proches des réseaux
transatlantiques), américafricain et françafricain : la mafiafrique
ou la mondialisation des réseaux du commerce illicite des armes en
direction de l'Afrique. Les réseaux françafricains dans l'Angolagate
étaient à la confluence de réseaux mitterandiens (Jacques Attali,
Jean-Christophe Mitterrand) et chiraco-pasquaïens (Charles Pasqua et
Marchiani). Autre exemple, à
l'avant-veille de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila (ancien président
de la RDC, il semble bien que les autorités françaises et états-uniennes
se soient entendues (selon Colette Braeckman, p.96).
« En septembre 2000, au cours d'une réunion des
ambassadeurs de France en Afrique centrale, un consensus se dégagea entre
le Quai d'Orsay, Matignon et l'Elysée : il était urgent d'attendre le
« suicide » du régime (de Laurent-Désiré) Kabila et la mise en
place d'une nouvelle administration à Washington. Le 5 janvier 2001, à
l'occasion d'une brève visite à Washington qui me conduisit au département
d'Etat, le verdict me fut répété, formulé avec une certaine
désinvolture : « Cet homme représente un verrou. Il ne peut que
sauter... ». Le temps pressait, car la présidence Clinton devait
prendre fin le 18 janvier. L'aventure la plus secrète et la plus coûteuse
en vies humaines de la présidence démocrate devait être rapidement menée à
bien. Quarante ans plus tôt, le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba avait lui
aussi été exécuté à la veille d'une passation de pouvoir aux
Etats-Unis ». (Colette Braeckman, Les Nouveaux prédateurs. Politique
des puissances en Afrique centrale, p.96 ; Lettre du Continent Indien, 7
septembre 2000).
On comprend mieux pourquoi le fils Kabila est si
conciliant avec "ses autorités de tutelle". A croire que l'Américafrique
et la Françafrique dans leurs aires de jeu africaines
respectives (qui parfois se croisent) ne regardent pas au nombre
de morts issus de leur politique machiavélique ? De l'intérêt des
représentations culturalistes occidentales des droits de l'homme à l'aune
de l'impérialismes pour se dédouaner ? A moins qu'il ne s'agisse d'une
incapacité foncière à effectuer toute autocritique lorsque ses intérêts
géopolitiques et économiques sont en jeu.
« C'est
ainsi que la presse britannique a publié au cours des dernières années
plus d'articles sur les millions de morts engendrés par la conquête
coloniale et le développement de l'Etat indépendant du Congo que sur les
victimes des années 1990. Sans doute était-il plus facile de fustiger les
exactions des mercenaires envoyés par le deuxième roi des Belges (Léopold
II) que de débusquer les responsabilités de la présidence Clinton et de
ses alliés britanniques dans les malheurs actuels du Congo. Quant à la
presse française, sans doute échaudée par le Rwanda et par les
conséquences de l'opération Turquoise, qui avait protégé la fuite au Kivu
de centaines de milliers de réfugiés hutus parmi lesquels de nombreux
« génocidaires », elle est, dans sa grande majorité restée
muette » (Colette Braekman,ibid, p.151).
Question subsidiaire qui
nous ramène au débat : y a-t-il un plan de partage de la RDC entre
les différents pays africains qui sont intervenus lors de la guerre civile
en RDC avec l'aval des grandes puissances ? Est-il en train de prendre
forme ? Assiste t-on à un remodelage de l'Afrique
centrale dessiné par l'Américafrique au détriment ou en concertation
avec la Françafrique ? Time will tell.
____________________________________________________________ A
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12.08.05 - Les
affameurs de la RDC - Partie 1 : le pillage
économique |