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 PRESSAFRIQUE 20.04.07
Demain, élection présidentielle à haut risque au Nigeria

 Samedi 21 avril 2007,les Nigérians sont appelés aux urnes pour désigner leur nouveau président et renouveler le Parlement. Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 140 millions d'habitants et premier producteur de pétrole du continent a accédé à la démocratie il y a à peine 8 ans en 1999. Les élections prévues samedi prochain vont marquer un tournant dans la démocratie nigérianne dans la mesure où ce sera la première passation de pouvoir entre civils. En effet, contrairement à de nombreux présidents françafricains (Bongo au Gabon, Déby au Tchad, Compaoré au Burkina Faso, Eyadéma au Togo, Biya au Cameroun), Olusegun Obasanjo actuel président du Nigeria n'a pu obtenir des institutions nigériannes de se représenter aux prochaines élections présidentielles. La constitution nigerianne a donc été respectée. Vingt-quatre candidats sont en lice pour les présidentielles de demains mais les trois principaux en mesure de remporter ces élections sont :

-         le gouverneur de l'Etat nordiste de Katsina, Umara Yar'Adua qui briguera la succession d'Obasanjo pour le Parti démocratique du Peuple (PDP) de l'actuel président

-         Muhammad Buhari, candidat de l'opposition représentant l'All Party ( ANPP)

-         Atiku Abubacar pour l'Action Congrès (AC). Un candidat qui a été retenu in extremis par la Cour suprême du Nigeria malgré les accusations de corruption tombées du ciel juste avant les élections. En conséquence de la validation tardive (lundi dernier) de sa candidature par la Cour suprême, Atiku, ex-dauphin d'Obasanjo, souffre d'un handicap évident : sa présence sur le terrain n'est pas visible. Que ce soit a Lagos ou a Calabar, il ne compte aucune affiche de campagne. Pourtant, la capitale économique nigériane est le fief de l'opposition et le siège du gouverneur vient d'être remporté par l'Action Congress. (Cameroon-Tribune 20.04.07)

Or les élections qui doivent se tenir demain sont à haute probabilité de fraudes électorales si l'on en croit les partis d'opposition et les observateurs nigerians et internationaux. En effet un scrutin régional pour les élections législatives qui a eu lieu le samedi 14 avril a vu des cas de fraudes massives selon les observateurs de l'UE et du Nigeria tandis que la CEDEAO n'y a vu que du feu. Des bourrages d'urnes, des votes multiples, des mineurs ont été aperçus en train de voter, des manipulations et des violences ont été constatées par de nombreux observateurs. Durant ce scrutin, on a noté la mort d'une cinquantaine de personnes. Cinquante personnes au moins ont été tuées pendant les élections des gouverneurs du samedi 14.04.07 et des soldats ont abattu le mercredi suivant 25 activistes islamistes qui avaient tué treize policiers dans un commissariat de l'Etat septentrional de Kano. 
Un scrutin très contesté source de violentes tensions. Les observateurs nigerians ont déclaré que les résultats du tiers des régions devraient être annulés. Un député de l'Union Européenne, observateur lors de ce scrutin, a déclaré qu'il y avait des actions urgentes à entreprendre pour éviter le renouvellement des fraudes. Le PDP est mis en cause, il a été proclamé vainqueur des régionales dans 27 Etats sur 34. Et Obasanjo qui a choisi Umara Yar'Adua pour lui succéder en appel à l'indulgence de la communauté internationale en raison du caractère récent de la démocratie nigerianne. L'ancien dirigeant militaire a déclaré : « Continuons d'améliorer la structure en place plutôt que de la détruire parce qu'elle prend un peu l'eau ».

Une vision que ne partage pas forcément l'opposition qui a appelé au boycott des élections puis s'est ravisée préférant contester devant les autorités compétentes la régularité des élections au cas par cas. Il est vrai que les autorités compétentes au Nigeria ont fonctionné jusqu'à maintenant. Mais l'on a du mal à comprendre pourquoi les élections présidentielles n'ont pas été reportées devant les cas de fraude massive qui ont eu lieu lors des élections régionales il y a moins de deux semaines. Le risque est grand de voir le Nigeria secoué par une onde de déstabilisation massive. Les cours du pétrole brut ont progressé ce jour en raison des tensions politiques qui entourent le scrutin présidentiel de demain (Reuters 20.04.07). L'opposition politique a signalé un cas de fraude électoral dès avant la présidentielle. Elle a intercepté vendredi, dans l'état de Kaduna, une cargaison de bulletins de vote préremplis en faveur du parti présidentiel. Le bon déroulement de l'élection est pourtant crucial pour ce pays miné par la violence, notamment dans le delta du Niger qui abrite l'essentiel des réserves pétrolifères du pays. Dans un tel contexte, il aurait été beaucoup plus sage de reporter les élections et de s'assurer des conditions de régularité du scrutin dans tout le pays. Les élections présidentielles de demain sont à haut risque pour le Nigeria.

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