Selon Le Canard
Enchaîné (28.03.07), les méthodes de redressement utilisées par
les instituts de sondage ne sont jamais explicitées et relèvent de méthode
dont le rationnel est pour le moins surprenant.
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LE CANARD ENCHAINE 28.03.07 Sondages : les jetteurs de score Le Pen, entre 5% et
7% d'intentions de vote. Bayrou devançant Royal. Et Sarkozy flirtant
avec les 35%. Ce sondage choc ne sera pas publié. Et pourtant il
existe. Il s'agit des « résultats bruts » (avant
corrections) obtenus, ces derniers jours, par plusieurs instituts.
Pourquoi ne popularisent-ils pas ces chiffres détonants ? Parce
que ceux-ci, estiment les chefs sondeurs, sont à des années-lumière
des « vraies » opinions des Français.
Aussi nos
experts font-ils subir à ces données brutes une transformation
alchimique, nommée « redressement ». De 5% à 7%, Le Pen
est engraissé à 11%,12%, voire 14%. Bayrou, lui, passe au sana.
Royal et Sarko aussi, mais plus légèrement. Du coup Ségolène garde
une légère avance sur François.
Si les poseurs de sondeur
doutent de leurs propres mesures, c'est expliquent-ils, parce que
les sondés ne jouent pas le jeu...
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Les
instituts de sondéologie masquent les critères auxquels ils ont recours
pour redresser les scores de tel ou tel candidat.
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LE CANARD ENCHAINE
28.03.07 Mais selon quels critères ? Il s'agit
d'abord de corriger les imperfections
« sociodémographiques » des échantillons. Exemple :
si les enquêteurs n'ont interrogé que 14% d'ouvriers alors que
ceux-ci représentent, selon l'Insee, 21% des électeurs, le chiffre
recueilli est multiplié par 1,5.Les
« souvenirs de vote » sont également utilisés. Ainsi
supposons que, sur 1000 cobayes, 70 prétendent voter Le Pen. Mais
que, selon leurs souvenirs, 140 avaient fait le même choix en 2002.
Les sondeurs vont alors appliquer au chiffre 70 un
« coefficient multiplicateur » égal à 2.
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Et
le Canard nous donne un exemple de pondération :
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LE CANARD ENCHAINE
28.03.07 Les
secrets de la pondération A l'occasion d'un sondage effectué du
14 au 16 mars, Ipsos a interrogé 1193 personnes. Mais les
« résultats bruts » obtenus n'ont pas satisfait des
experts maison. Ainsi la côte de Le Pen (entre autres) est jugée
ridiculement basse.
Pour la redresser, Ipsos applique deux
« pondérations » aussi scientifiques l'une que l'autre.
Accrochés vos ceintures. On demande aux sondés ce qu'ils ont voté au
scrutin régional 2004. Cela s'appelle les souvenirs de vote. Le
nombre de sondés se rappelant un vote FN est de 38, soit 5,1%. C'est
ce qu'on peut lire sous le joli nom de « base de non
pondérée » sur la ligne de chiffres ci-desous, extraite de la
très confidentielle note technique du sondage ; Problème :
en 2004, l'extrême droite avait récolté 16,6% des voix, et non 5,1%.
Pour retomber sur ses pattes, l'institut applique « un
coefficient de pondération » de 3,28. Et c'est ainsi que nos 38
Lepénistes deviennent 125 arrivant au port et à la base
pondérée... |
Devant l'opacité totale des méthodes de redressement dont le rationnel ne
semble rien avoir à envier aux méthodes de la voyante Mme Irma, on est en droit
de se demander si les sondages ne relèvent pas du bricolage. Et les
journalistes, la plupart du temps, s'étayent sur ces sondages pour
justifier leur analyse politique.
On donnera un exemple celui
de la chaîne d'info Télébouygues LCI. Dans une émission politique (30.03
en deuxième partie de soirée entre 21h00 et 22h00), des journalistes
politiques déploient une analyse pré-logique. Ils s'appuient tous sur un
sondage qui montre que peu après les incidents de la gare du Nord, Sarkozy
et Le Pen arriveraient en tête de ceux qui sont les plus à même de ramener
la sécurité (Sondage Opinionway pour Le Figaro/LCI
paru le 30.03.07 : 39% des sondés estiment que si Nicolas Sarkozy était
élu président de la République, il y aurait moins d'incidents de ce type.
Le score est de 38% pour Jean-Marie Le Pen, de 19% pour François
Bayrou et de 17% pour Ségolène Royal*) . Ce sondage donnait à Sarkozy 39%, à Le Pen
38% , à Bayrou 19% et Ségolène 17%
d'intention favorable dans un échantillon dit
« représentatif ». Et le commentateur de se frotter les mains en
déclarant que pour la première
fois pour ce genre d'enquête Nicolas Sarkozy passait devant Le Pen
aux yeux des Français. Sauf que si l'on a des rudiments de
statistique, on sait qu'il n'y a pas de différence significative entre les
scores de Le Pen à 38% et de Sarkozy de 39% (pour un échantillon de 1000
personnes, avec un risque d'erreur à 5%).
Le commentaire du chroniqueur politique relève de l'irrationnel. Enfin
il extrapole à partir de son sondage que son effectif est représentatif
de l'ensemble de la population française en estimant que : les
Français font plus confiance à Sarkozy qu'à Jean-Marie Le Pen. Ce
qui est faux puisque l'on sait que le caractère représentatif est hautement
discutable puisque ni les DOM-TOM, ni 30% de la population sont sondables.
On est donc dans une interprétation inadéquate des chiffres et dans
une méconnaissance des données statistiques pour pouvoir les analyser.
Si l'on se réfère à cette étude, on constate que dans cet échantillon
les Français considèrent que Sarkozy et Le Pen sont aussi efficaces
pour limiter l'insécurité. D'ailleurs lors de la deuxième
présentation des résultats du sondage 30 minutes plus tard sur la
même chaîne, le pourcentage de Jean-Marie Le Pen avait été retiré des
diagrammes. Dès fois que les Français perçoivent qu'il n'y a effectivement
aucune différence entre les scores présentés par Sarkozy et Le Pen
uniquement séparé d'1 point.
Autre
point important, selon Le Canard (Les têtes à totaux, 28.03.07), un
certain nombre des instituts de sondages, ont pour actionnaire de grands
fonds de pension ou des multinationales.
La SOFRES a pour actionnaire
le fonds d'investissement américain Fidelity.
CSA est
contrôlé par le Sarkozyste Bolloré également propriétaire du Groupe Havas,
d'une télé, de plusieurs quotidiens gratuits.
IPSOS est contrôlé
par ses deux fondateurs après avoir attiré des riches financiers comme
Pinault ou Fidelity.
BVA
est épaulé par les fonds d'investissement Rotchild.
IFOP
propriétaire Laure Parisot, présidente du MEDEF, qui en pince pour
Sarkozy.
LH2 (ex-Louis Harris) a été vendu parTNS à deux de ses
dirigeants.
Il
serait tout à fait intéressant de comparer les résultats des enquêtes des
instituts de sondage prétendus Sarkophiles et ceux qui ne le sont pas afin
de savoir s'ils obtiennent les mêmes résultats. Cela permettrait de savoir
si les résultats des enquêtes de ces instituts sont complètement
indépendants de de la sensibilité politique de leurs actionnaires.
En l'occurrence on retrouve
quatre écueils dans ces instituts de sondage qui rendent malaisés l'analyse
de leurs résultats et leur extrapolation à la population française. A moins
d'être un adepte de l'autoprophétie réalisatrice ?
1. La
significativité des résultats (des écarts de points entre candidats) n'est
jamais précisée.
2.
Les méthodes de redressement ou de pondération relèvent du bricolage.
3. Les
effectifs ne sont pas représentatifs des Français puisque 30% d'entre eux
ne sont pas sondables car ils n'ont pas de téléphones fixes.
4.
L'indépendance politique de certains instituts de sondage pose
question.
*Dernières modifications en rouge le
31.03.07 ________________________________________________________________ A
lire chez Pressafrique : 28.03.07 La Commission
des sondages refrappe du poing
23.03.07 Polémique entre la commision des sondages et l'institut
CSA
22.03.07 Pour la
première fois la commission des sondages dénonce des "erreurs manifestes"
dans deux sondages CSA et demande de ne pas les
utiliser
19.03.07 Du mésusage des sondages et de leur
mauvaise
interprétation |