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PRESSAFRIQUE 21.07.05
PROCES DES DISPARUS DU BEACH - UNE MASCARADE FRANCAFRICAINE


Le procès des militaires congolais impliqués dans l'affaire communément appelée des "disparus du Beach" vient de s'ouvrir ce jour non sans avoir été reporté : les accusés, tous hauts gradés de l'armée, s'étant présentés libres au procès. Quelque 353 Congolais rentrés d'exil volontairement de la République démocratique du Congo (RDC) à l'instigation du HCR avaient disparu au Congo-Brazzaville dans le Beach dès leur retour en mai 1999. Une plainte avait été déposée en France à l'instigation des familles des disparus par la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), la Ligue française des droits de l'Homme et du Citoyen (LDH) et l'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH) concernant des crimes de torture et crimes contre l'humanité commis au Beach de Brazzaville courant 1999. Malheureusement ce procès n'a pu se tenir en France et s'ouvre donc à Brazzaville sur les lieux même du crime et sous le régime qui a couvert cette disparition de plus de 350 personnes. François-Xavier Verschave avait qualifié en son temps ce projet de procès au Congo de parodie. C'est un peu disait-il en substance (toute proportion gardée) comme si on demandait à Goebbels de juger les crimes nazis.

Le dictateur Sassou Nguesso va donc juger sur son territoire les hauts gradés qui étaient et sont encore sous ses ordres. Selon la LDC :

LETTRE DU CONTINENT 07.07.05
Qui va payer pour le Beach?
"le président Sassou Nguesso se devait de respecter le deal conclu avec les autorités françaises qui avaient fait retirer en avril 2004 à la justice française (qui évoquait la compétence universelle en matière de génocide, torture ou barbarie) le droit de juger cette affaire... L'Elysée avait exigé d'organiser très vite un procès au Congo, de peur de voir des barons du régime être interpellés par la justice à chaque visite en France. Un scénario a été ainsi concocté. Des "coupables", boucliers du président Sassou directement mis en cause dans ce dossier, ont été désignés notamment au sein des forces armées...ils devraient toutefois bénéficier d'une grâce présidentielle après les fêtes de l'indépendance du 15 août à Impfondo, chef lieu de Likouala"...   


Pour rappel fin janvier 2002, le parquet de Meaux en France avait ouvert une information judiciaire contre X, à la suite de plaintes déposées par la FIDH et des rescapés du massacre du Beach, qui s'est déroulé du 5 au 14 mai 1999 contre les personnes réfugiées au sud de Brazzaville.   

      Le 1er avril 2004, un présumé responsable du massacre nommé Ndengué en visite privée  dans l'hexagone dans sa villégiature de Meaux est arrêté et placé en garde à vue à Paris à la demande du juge de Meaux, Jean Gervillié, qui instruit l'affaire.
Deux jours plus tard le  3 avril au matin, il est aussitôt relâché sous pression du Quai d'Orsay et à l'instigation de l'Elysée face à un petit juge récalcitrant à la raison d'Etat. Selon le Canard Enchaîné se serait Sassou Nguesso en personne qui aurait actionné directement son ami de longue date Jacques Chirac :

CANARD ENCHAINE 07.04.04
Chirac se met en quatre pour un policier Congolais
 
« Que dirait-on, grince en substance le président africain, si je faisais arrêter l'attaché militaire de l'ambassade de France ? Ou si je menaçais les intérêts de Total et ses dirigeants sur place ? Ce chantage sur les (puissants) intérêts pétroliers français au Congo emporte-t-il la décision ?
Toujours est-il que Chirac, avant de s'envoler pour Moscou, demande à Villepin de régler la question dans la nuit. Résultats le 3 avril, à 2 heures du matin, la chambre
d'instruction de la cour d'appel de Paris décide - sans motiver son juge- de libérer le captif . A 4 heures, N'dengue quitte la Santé
»


 

    Pour la FIDH, il s'agit d'une décision politique qui touche à la raison d'Etat et bafoue la justice française et les droits de l'homme.  La FIDH, la LDH et l'OCDH ont décidé de saisir le Conseil supérieur de la magistrature afin d'enquêter sur la décision de remise en liberté de Jean François N'Dengue. Jean Gervillié, juge d'instruction au Tribunal de Grande Instance de Meaux a lui aussi saisi le Conseil Supérieur de la Magistrature d'une demande d'audition mais sans succès. Ce magistrat en charge de l'instruction ouverte contre X pour crimes contre l'humanité, commis entre avril et juillet 1999 à Brazzaville (Congo) a dénoncé les interventions subies, de nature à compromettre gravement le déroulement serein et indépendant de l'information dont il était saisi.



   La justice française ayant été mise une fois de plus hors d'état de nuire aux intérêts françafricains (à l'instar du peu d'empressement de la justice française à juger les génocidaires rwandais réfugiés sur le territoire français comme l'atteste
la condamnation de la cour européenne des droits de l'homme du 08.06.04), la mascarade françafricaine pouvait commencer au Congo et activer tous ses réseaux. Une offensive de charme a été lancée à un mois du procès pour restaurer l'image de marque du régime criminel de Sassou. Cette opération de relation publique et de marketing pour dictateur françafricain en difficulté avait pris la forme  de l'organisation d'une course de voilier intitulée "Pointe Rouge - Pointe Noire" (ou "Route de l'Equateur) qui reliait Marseille et Pointe-Noire avec la bénédiction de la patrouille de France et du Maire de Marseille. Grâce à la mobilisation de la société civile et de l'ONG Survie-Marseille "le lieu officiel de la course a rapidement été interdit au public et a rapidement été déserté par les personnes venues assister au départ de la course, préférant pour la plupart grossir les rangs des manifestants dès qu'ils ont eu connaissance de la réalité de cette course" tandis que la presse locale a largement relayé le caractère inique et criminel du régime de Sassou III. Pendant ce temps des offensives tous azimuths ont été lancées pour freiner l'ardeur des familles des victimes à porter plainte contre notre ami criminel Sassou. Ainsi, selon la FIDH, depuis un an, le "député européen Patrick Gaubert, ne cesse de faire pression sur les familles des victimes du Beach au Congo pour qu'elles abandonnent les poursuites intentées en France contre plusieurs responsables du régime" totalitaire au Congo.

FIDH 03.03.05
Affaire des disparus du Beach
Congo Brazzaville : Que cherche Patrick Gaubert ?

 Depuis le mois de juillet 2004, M Patrick GAUBERT, président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) et député européen, ne cesse de faire pression sur les familles des victimes du Beach au Congo pour qu'elles abandonnent les poursuites intentées en France contre plusieurs responsables du régime de M. Denis SASSOU NGUESSO. Il rejoint en cela l'attitude du Parquet Général de PARIS, placé sous l'autorité du Garde des Sceaux lequel appartient à la même formation politique que M GAUBERT...


Il est fort probable que ce procès de par ces implications gêne la Françafrique politico-militaro-industrielle. Les révélations qui pourraient émerger d'un procès impartial risqueraient de mettre à jour les compromissions françaises dans cette guerre civile atroce lancée au Congo entre 1997 et 1999.  Les armes ont été vendues aux deux camps par Elf tout en s'assurrant que Sassou l'emporterait sur Lissouba le président en exercice.

 

Survie 
Françafrique, le crime continue.
François-Xavier Verschave, 2000

 Sur un autre registre, Loïk Le Floch-Prigent a confirmé récemment, dans un documentaire d'Arte, qu'Elf armait les deux côtés de la terrible guerre civile angolaise, qui a fait des centaines de milliers de morts, transformant l'un des pays les plus riches d'Afrique en l'un des pays les plus pauvres. Total a fait de même. Dans la guerre civile au Congo-Brazzaville, les réseaux français ont également armé et financé les deux camps. C'est arrivé aussi au Tchad, etc. La première fois que nous avons rencontré ce double jeu, nous avons été surpris. En fait, c'est assez courant. Cela permet de maintenir un pays dans un état exsangue, avec un État diminué, auquel il est plus facile d'arracher des concessions.


M. Le Floch-Prigent n'a-t-il pas déclaré lui-même dans l'Express du 12 décembre 1996 : "Le Congo est sous le contrôle d'Elf"? Propos confirmés dans un entretien avec Eric Decouty, journaliste au Figaro.

 Loïk Le Floch-Prigent, Affaire Elf, affaire d'Etat. Entretiens avecEric Decouty. Folio documents. p.123-124.

 Je sais, effectivement qu'en 1997 la FIBA (banque d'ELF, ndlr)  a joué un rôle dans la livraison des armes qui ont permis de faire un carnage à Brazzaville...Des hommes sont morts. Et tous les mois, lorsque leur pétrole est vendu, les Congolais voient une partie de leur argent aller directement chez Elf pour rembourser ces armes. Cette ignominie dure depuis quatre ans qui s'en soucie? On applaudit à la fermeture de la Fiba quelle acte de bravoure! Mais des milliers de Congolais sont morts et les survivants doivent payer les armes qui ont tué les leurs...


L'implication militaire française n'a pas été négligeable non plus. Elle a été indirecte en ralliant aux milices Cobras de Sassou nos amis génocidaires du Hutu power et les alliés angolais.

SURVIE 
Françafrique, le crime continue
François-Xavier Verschave, 2000

 ...Prenons l'exemple du Congo-Brazzaville. En 1990, une conférence nationale souveraine a instauré une constitution démocratique et mis en place progressivement des institutions démocratiques. Bien sûr toujours avec des hommes imparfaits, discutables, etc. Fait rarissime, nous avons la preuve - grâce un document trouvé par des juges dans le coffre-fort d'Elf au cours d'une perquisition - que les réseaux Elf, Pasqua, et Foccart, ont organisé un coup d'État pour renverser ce gouvernement démocratique, un an et dix huit mois après sa mise en place, et le remplacer par Denis Sassou Nguesso. Ce dictateur, renversé par les urnes, demandait 17 % des bénéfices de l'exploitation du pétrole pour son pays alors que le gouvernement démocratique du pays en demandait 33 %. Par conséquent, on n'a cessé de réarmer Sassou Nguesso par Gabon interposé notamment, grâce aux fonctionnements souterrains de la Françafrique. Et en 1997, au prix d'une guerre civile, il a pu reprendre le pouvoir en s'appuyant sur la garde présidentielle de Mobutu, une partie des extrémistes hutus du Rwanda qui s'étaient réfugiés au Congo-Brazzaville, quelques contingents tchadiens transportés par des avions français, et des amis angolais. Un renversement dans l'ordre des choses...


Selon l'édition du Canard Enchainé du 13.08.1997, "Paris a choisisi le vainqueur au Congo".

 CANARD ENCHAINE (22.10.1997 et 13.08.1997)
PARIS A CHOISI LE VAINQUEUR AU CONGO
SASSOU NGUESSO AVAIT BESOIN D'ARMES
ET DE L'INTERVENTION DES TROUPES ANGOLAISES.
L'ELYSÉE, LE GOUVERNEMENT ET ELF ONT DONNÉ LEUR FEU VERT.

 
"Avec l'accord tacite de Paris, des livraisons d'armes via l'Angola, le Gabon et le Sénégal ont permis d'équiper les milices de Sassou Nguesso. Parfois même, achats et expéditions ont eu la capitale française pour cadre. Exemple: les quelques 25 tonnes de caisses bien lourdes (... et de tee-shirts) parties de l'aéroport du Bourget, le 4 juin dernier, et transitant par Franceville, au Gabon, avant d'être livrées aux hommes de Sassou (« Le Canard » du 13/8).
Les Angolais n'ont pas seulement fourni des troupes bien équipées pour l'assaut final. Ils ont offert leur port de Luanda pour réceptionner près de 200 tonnes d'armement en provenance du Brésil. Le tout expédié aux partisans de Sassou via le Gabon..."

 CANARD ENCHAINE 31.01.01

 "Plusieurs généraux et colonels français sont restés de marbres, le 16 janvier, lors d'une étonnante réunion, à Paris, au Collège interarmées de défense, nouvelle dénomination de l'Ecole de guerre. Trois cents militaires y participaient, dont environ un tiers d'officiers venus d'Afrique, des Etats arabes ou asiatiques, et des USA.
Au détour d'un échange, il a été soudain question de l'intervention de l'armée angolaise pendant la guerre civile du Congo-Brazzaville, en 1997, laquelle a permis à Sassou Nguesso de renverser le président élu Pascal Lissouba. Et mention était faite que cette opération militaire avait été menée à la demande expresse de la France.
Les officiers angolais présents ont fait semblant de ne pas entendre. Comme les généraux français, frappés eux aussi d'une subite surdité.
"


 Mais cette implication pourrait aussi avoir été directe. Selon les aveux d'un témoin cité par la Semaine Africaine repris dans Mwinda, une assistance militaire directe de soutien auprès des milices Cobras a été engagée par des militaires français dont un certain nombre serait mort dans ces opérations. 

LA SEMAINE AFRICAINE N° 2443, 4/12/ 2003 (MWINDA)
Témoignage d'un rescapé du Beach
...Le mercredi 12 mai 99 correspond à l'attaque, par les Ninjas, de la banlieue Nord de Brazzaville, particulièrement Nkombo et Massengo. Il y avait plusieurs militaires français tués, semble-t-il, et l'armée congolaise avait également enregistré des pertes. Ce mercredi 12 et le jeudi 13, les Cobras, en colère, ont pris des détenus qu'ils ont exécutés. Ils ont même défoncé les portes des cellules pour sortir les détenus afin de les exécuter...


Et ce témoin réfugié du Beach emprisonné dès son retour au Congo-Brazzaville et en passe d'être exécuté, fait état d'un échange surprenant avec un officier français.

LA SEMAINE AFRICAINE N° 2443, 4/12/ 2003 (MWINDA)
Témoignage d'un rescapé du Beach

 "A travers la fenêtre, nous avons aperçu un officier français, en tenue militaire. Connaissant alors ses grades, nous l'avons interpellé : " Mon colonel, mon colonel, mon colonel ! Nous sommes détenus ici, et nous sommes innocents. Faites quelque chose, pour nous libérer ». Il nous a répondu : " Vous savez, beaucoup de Français sont tombés au front. Ils ont été tués par vos parents. Je n'y peux rien. Mais, vous allez ...(sic)". Il est parti. Nous ne savions plus à quel saint nous vouer."

Dans ce contexte de soutien tous azimuths des composantes usuelles de la Françafrique, on comprend mieux pourquoi celles-ci déploient des trésors d'ingéniosité pour éviter que le procès des disparus du Beach se déroule en France, pour dissuader les familles de mener le procès à son terme et n'hésitent pas à envoyer ses meilleurs avocats au service des accusés congolais impliqués dans l'Affaire des disparus du Beach.

 CONGO (BRAZZA) - 14 juillet 2005 - par PANAPRESS
Des avocats français au procès des disparus du Beach

Une dizaine d'avocats français prendront part à partir de mardi à Brazzaville au procès de 18 personnes, dont quatre généraux, poursuivies pour leur implication présumée dans la disparition en mai 1999 de 353 Congolais, a appris la PANA jeudi à Paris de source judiciaire.

Ces avocats, constitués pour défendre des officiers congolais, seront conduits par Me Jacques Vergès, indiqué la même source.

Les parents des disparus dans le port fluvial de Brazzaville, le Beach, ont critiqué la présence de ce "contingent" d'avocats parisiens, estimant qu'il s'agit d'une "opération de propagande destinée à donner une crédibilité au procès" qui s'ouvre mardi dans la capitale congolaise.

"Tous ces avocats parisiens viennent à la demande du régime de Brazzaville afin qu'il puisse par la suite dire que le procès a été libre et équitable. Nous n'y croyons pas et disons à ces avocats qu'ils iront s'associer à une mascarade judiciaire", a déclaré à la PANA le président de l'Association des parents des disparus du Beach, Marcel Touagna...


 MWINDA 21.07.05
" Charter " d'avocats

 Quand bien même elles ont conscience d'organiser une mascarade de procès en ce qui concerne « l'opération blanc comme neige », les autorités congolaises ne sont jamais trop prudentes. Elles ont affrété, pourrait-on dire, un " charter " rempli d'avocats français pour défendre les généraux qui ont bien mérité leurs galons, pour certains grâce au massacre de leurs compatriotes, des populations civiles. Au total une dizaine d'avocats conduits par l'inévitable Jacques Vergès...


La FIDH dénonce déja, des jurés soigneusement sélectionnés, des investigations bâclées...

 FIDH 21.07.05
Ouverture du procès des "Disparus du Beach"

 ...Les parties civiles, comme les inculpés peuvent à juste titre soutenir que les faits dénoncés n'ont fait l'objet d'aucune instruction sérieuse et qu'ils n'ont pas été vérifiés. De plus, en ce qui concerne le choix des jurés, celui-ci n'est pas laissé au hasard d'un tirage au sort. Les jurés sont soigneusement choisis par les autorités selon leurs propres critères subjectifs, ce qui fait évidemment craindre qu'ils ne feront qu'obéir aux instructions du pouvoir exécutif. La FIDH et l'OCDH relèvent que, au-delà de l'insuffisance criante et permanente de moyens dont souffre la Justice congolaise, les autorités de ce pays ont refusé de mettre en ouvre les moyens nécessaires et, bien plus, se sont opposées à ce que les investigations les plus élémentaires aient lieu.