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 PRESSAFRIQUE 21.09.05
Haro sur 90 minutes - La Françafrique muselle Canal Plus

 Selon un article publié dans le Canard Enchaîné de cette semaine ( "90 minutes de moins", 21.09.05), l'émission 90 minutes serait sur la selette. Pour avoir diffusé deux reportages montrant comment la France avait violemment réprimé les manifestations d'Abidjan, cette émission a été mise sous contrôle, clouée au pilori par la direction de Canal. Les deux reportages incriminés sont la Côte d'Ivoire. Le crépuscule des Français ( diffusé le 30 novembre 2004) et Hôtel Ivoire : document inédit sur la fusillade de l'armée française (diffusé le 8 février 2005)

A l'époque, le directeur de Canal Plus, Bertrand Méheut, avait été avisé du caractère inopportun de cette programmation. Les journalistes du magazine 90 minutes avaient fini par avoir gain de cause en menaçant de populariser l'incident s'il y avait censure. (Lire dans le Canard Enchaîné N°4398 du 09.02.05 Nos barbouzes laissent traîner leur "mémoire" à Abidjan).
Le Canard avait déja abordé la censure dont le deuxième reportage de  Canal Plus avait fait l'objet. Contrairement aux affirmations du ministère de la défense, ce reportage montrait comment les militaires français avaient ouvert le feu sur des manifestants aux mains nues entraînant une vingtaine de morts parmi ceux-ci. Une image non conforme à la propagande françafricaine. Alors que l'on ne comptait aucun mort parmi les expatriés français, le nombre de morts côté ivoiriens se dénombrait par dizaines. A en voir les images diffusées dans 90 minutes, la mission civilisatrice française ressemblait plus à un massacre colonial d'Ivoiriens (Survie 67) aux comportements anti-français. De quelle côté se situe la sauvagerie? En France, les partis d'opposition, la Fédération Internationale des droits de l'Homme et la Ligue des Droits de l'Homme, avaient demandé une commission d'enquête parlementaire, ils furent déboutés. (FIDH 30.11.05 La FIDH et la LDH demandent au Parlement français d'ouvrir une commission d'enquête sur la répression des manifestations du 9 novembre en Côte d'Ivoire).
La politique africaine de la France relève de la chasse gardée, du domaine réservé (JAI 08.02.05 
Michelle Alliot-Marie, à propos d'une enquête sur les évènements de l'hôtel Ivoire "Ce serait une défiance à notre armée"). Déja à l'époque cela avait sérieusement chauffé pour le matricule des valeureux journalistes de l'émission 90 minutes.  

LE CANARD ENCHAINE 08.12.04 N°4389 
Images indésirables sur Canal Plus"
De la censure pure et simple": c'est ainsi que plusieurs journalistes de Canal Plus ont commenté la subite déprogrammation, lundi 6 décembre, de l'émission '' 90 minutes '' sur la Côte d'Ivoire. La formule est peut-être un peu raide car ce reportage - qui a vertement contredit la version officielle de l'armée française sur les morts ivoiriens - a déja été diffusé le 30 novembre.

Mais la décision d'annuler cette diffusion est arrivée par surprise, et au tout dernier moment. Qui a donné l'ordre? "Bertrand Meheut [patron de Canal Plus] lui-même, sous pression de Jean René Fourtou [pédégé de Vivendi ], lui-même sous pression de ...", lâche un cadre de la chaine un tantinet énervé.
Pourquoi cette déprogrammation?
Depuis le tournage du film (dont "Le Canard" soulignait l'intérêt, dès le 4 novembre), la direction de la chaine et plusieurs ministères-notamment celui de la Défense- sont en ébullition. Et les critiques ont deferlé sur les auteurs du reportage, accusés par des politiques et des militaires de ternir l'image de l'armée"...
  

Pour éviter que se reproduise une telle ignominie journalistique et pour perpétuer la loi de l'Omerta, l'émission 90 minutes semble avoir été sérieusement mise au pas comme il se doit dans un sytème exécuif militaire. Selon Le Canard (21.09.05) Paul Moreira se voit retirer la "responsabilité éditoriale", c'est à dire la direction de "Lundi Investigation". De mensuel, l'émission 90 minutes  ne sera plus programmée que tous les deux mois. Toujours selon Le Canard, "aucun enquêteur ne partira en reportage sans le feu vert du comité d'investigation, un aéropage composé non seulement des rédacteurs en chef mais aussi du directeur des programmes, de la patronne du service juridique et même du directeur financier!" Là où la Françafrique passe, la presse trépasse. Si seulement ces journalistes avaient bien voulu donner la version officielle manichéenne du "Chateau" diffusée abondamment sur les chaînes de TV françaises, ils n'en seraient pas là. La version officielle étant qu'il s'agissait d'Africains en révolte qui se livraient aux pires exactions sur les expats et qu'il fallait ramener à la raison ces sauvages qui sans la France s'égorgeraient. Une vision francocentrée ( ACRIMED 29.08.05 Journalisme de guerre : retour sur la « crise ivoirienne » de novembre 2004) et françafricaine qui conforte l'opinion publique dans des représentations  racistes si utiles pour masquer l'ignominie.

LE  CANARD ENCHAINE 24.11.04
Chirac continue à montrer ses muscles en Côte d'Ivoire. Par Jérôme Canard. p.3

 ...Une équipe de Canal Plus pourrait apporter de nouveaux éléments. Présents sur place avant même la reprise des hostilités, ses journalistes ont été les seuls Français à filmer les affrontements dès le début du mois, et le mercredi 24 novembre ils devaient diffuser certaines de leurs images.
   Celles-ci ne laissent aucun doute sur la gravité des blessures reçues par de nombreux manifestants. Voire plus : l'un d'eux, peu après un tir (de sommation?) venu d'un hélicoptère français, apparaît en flammes. Le corps décapité d'une femme - par un explosif ou une munition de gros calibre- est également filmé. Une scène atroce que l'on retrouve sur d'autres vidéos, réalisées par des amateurs ou par la télévision ivoirienne. On y découvre aussi certains blessés par balle, très mal en point.
   Ces images prouvent la nécessité d'une enquête approfondie. Et elles empêchent la France de se présenter comme la seule victime de ces sinistres journées...

Lire le dossier de PRESSAFRIQUE :
bilan de la répression des manifestations antifrançaises à Abidjan par l'armée française

INPRECOR 21.02.05
Une guerre civile. néocoloniale et française