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 PRESSAFRIQUE 10.12.05
Rwandagate : quand le GIGN fait des révélations

"Comme j'étais le conseiller du président Habyarimana depuis des années, le chef d'état-major, celui qui faisait fonction de ministre de la Défense, s'est naturellement tourné vers moi. Je suis arrivé en hélicoptère... Mon premier réflexe a été de courir à l'Ambassade de France remonter le mât des couleurs...Pour les Rwandais, déclarer que mon domicile serait l'Ambassade de France a été un choc psychologique très fort...Ce qui s'est passé au Rwanda permet à des privés comme moi, qui ne représentent leur pays qu'à titre privé, de montrer qu'on abandonne pas des gens qui vous ont fait confiance et qui parlent français".
Déclaration de Paul Barril, cofondateur du GIGN et ex-responsable du "Service action" de François Mitterrand fondé par François de Grossouvre, dans Playboy de mars 1995. 

"Le capitaine Barril a essayé d'aider le gouvernement rwandais, à la demande de ce dernier. Il n'a rien commis d'illégal à ma connaissance... Ses hommes ont participé un tout petit peu à l'organisation dans une situation de guerre. Augustin Bizimungu [chef d'état major des Forces Armées Rwandaises] m'a confirmé que cette guerre, on a essayé de la faire proprement. Les milices ont fait des massacres, tout le monde l'a vu. C'est une situation assez normale dans une situation de guerre qui durait depuis quatre ans ".
Maître Luc De Temmerman, avocat de la famille Habyarimana et d'une partie des hauts responsables présumés génocidaires dans La Libre Belgique du 11.09.1995.  

 Alors que certains milieux mitterandophiles reprennent à leur propre compte la rhétorique des extrémistes du hutu power tendant à relativiser le génocide des Tutsi et Hutu réfractaires au régime rwandais d'avril 1994, certains membres du GIGN font des révélations embarrassantes quant au rôle de la France avant le déclenchement du génocide.

Jusqu'à maintenant, on savait qu'avant le génocide, la France sous l'impulsion du président de la République française François Mitterrand avait soutenu militairement le régime de Juvénal Habyarimana aux abois face à la menace constituée par le FPR. Ainsi selon la mission d'information parlementaire sur le Rwanda (MIPR), les militaires français ont entraîné et formé l'armée du régime Habyarimana de 1990 à 1993 faisant passer les effectifs de 5000 à 50.000 hommes avec un soutien logistique de tous les instants. De plus durant la période de 1990 à 1993, la mission d'information parlementaire sur le Rwanda a révélé que les militaires français participaient aux contrôles d'identité, c'est à dire aux contrôles ethniques de la population (Hutu, Tutsi, twa) alors que des massacres pré-génocidaires organisés par le pouvoir Habyarimana ont fait des milliers de morts parmi la population Tutsi entre 1990 et 1992 notamment dans la région de Bagogwe, de Bugesera, de Kibuye et de Gisenyi.

 MISSION D'INFORMATION PARLEMENTAIRE SUR LE RWANDA. 1998
Une coopération militaire trop engagée

 « D'octobre 1990 à mars 1993, la France maintient au Rwanda sa présence militaire qu'elle renforce dès que surviennent des risques sérieux d'un retournement de la situation sur le terrain au profit du FPR. Après l'offensive menée sur Byumba par le FPR, en juin 1992 et surtout après celle qu'il lance le 8 février 1993 sur Ruhengeri, menaçant ainsi Kigali, la France n'hésite pas à apporter aide et assistance à une armée objectivement en déroute dont l'état-major ne sait même plus où se trouvent ses propres troupes et à un régime de plus en plus affaibli, critiqué et critiquable. Sur le plan intérieur, le Président Habyarimana est présenté au moment de l'offensive d'octobre 1990 par les services de renseignements comme politiquement très affaibli, à la tête d'un régime usé, dans lequel une partie non négligeable des Hutus ne lui est plus fidèle. Il trouvera appui sur la présence française. Le Général Jean Varret dans le rapport de mission qu'il établit en décembre 1990 souligne que pour le Président rwandais l'opération Noroît n'avait pas seulement pour but d'assurer la sécurité des ressortissants français mais bien d'assurer la pérennité de son régime. Ceci donne une certaine ambiguïté à la présence française, ce que souligne M. Pierre Joxe devant la Mission... »

« Du 20 février au 20 mars 1993, la présence militaire française au Rwanda a franchi un cap qu'elle n'aurait pas dû passer. Les soldats français étaient trop nombreux, selon le Ministre de la Défense, M. Pierre Joxe, et certaines de leurs missions ont dépassé par ailleurs le cadre habituel des opérations d'aide et d'assistance à des forces armées étrangères. Les soldats français n'ont pas participé aux combats. Pour autant, compte tenu de l'état de déconfiture dans lequel se trouvait l'état-major rwandais, incapable de matérialiser sur une carte la ligne de front et la position de ses troupes, pouvait-on encore considérer qu'il s'agissait d'une simple opération d'assistance, de conseil ou de soutien ? Comme l'a indiqué le Colonel Didier Tauzin, les militaires français ont dû rappeler à l'état-major rwandais les méthodes de raisonnement tactique les plus élémentaires, lui apprendre à faire la synthèse des informations, l'aider à rétablir la chaîne logistique pour apporter des vivres aux troupes, à préparer et à donner des ordres, à établir des cartes. Dans un tel contexte de reprise en main, il n'est guère étonnant que certains responsables militaires français aient pu avoir le sentiment de construire une armée, dont il fallait de surcroît s'assurer qu'elle serait régulièrement alimentée en munitions...A cela se sont ajoutées...les patrouilles, les contrôles de zone autour de la capitale et les vérifications d'identité aux points d'accès de la ville. »

 Si la mission parlementaire a reconnu le soutien militaire apporté aux soldats du régime Habyarimana elle a toujours réfuté en bloc tout soutien aux milices ayant par la suite perpétué le génocide, les tristement célèbres Interahamwe organisés en escadron de la mort avant le génocide. Pourtant des témoignages controversés avaient révélé une telle implication. Ce fut le cas d'un ancien membre de ces réseaux zéro, Janvier Afrika, qui déclara à Mark Huband repris dans Courrier International, le 30/06/1994 : "Les militaires français nous ont appris à capturer nos victimes et à les attacher. Cela se passait dans une base au centre de Kigali. C'est là qu'on torturait et c'est là également que l'autorité militaire française avait ses quartiers...Dans ce camp j'ai vu les Français apprendre aux Interahamwe à lancer des couteaux et à assembler des fusils. Ce sont les français qui nous ont formé - un commandant français - pendant plusieurs semaines d'affilée, soit au total quatre mois d'entraînement entre février 1991 et janvier 1992 ". Ce témoignage fut souvent discrédité car selon les détracteurs de Janvier Afrika, ce dernier aurait été instrumentalisé par le FPR. Néanmoins d'autres ont révélé des faits similaires notamment Venuste Kayimahe, un rescapé Tutsi, qui déclare avoir vu des milices entraînées par des militaires français.

Ces déclarations furent balayées d'un revers de main par le directeur de la cellule africaine de l'Elysée de l'époque à savoir Bruno Delaye dans la MIPR :

 MISSION D'INFORMATION PARLEMENTAIRE SUR LE RWANDA. 1998
Tome I (p.369-370) cité dans le Rapport de la commission d'enquête citoyenne. L'Horreur qui nous prend au visage. L'Etat français et le génocide rwandais. Ed. Karthala. p. 30

 «La participation de la France à la formation et à l'encadrement des milices reste une accusation que les responsables rwandais, rencontrés par les rapporteurs lors de leur mission à Kigali, portent encore contre la France. A l'appui de cette accusation, la Mission n'a eu connaissance que des faits suivants. Tout d'abord, la déclaration faite par M. Venuste Kayimahe, précédemment lors de l'opération Amaryllis. Celui-ci dit avoir vu les milices entraînées dans Kigali par deux militaires français dont il a cité les noms. Ces deux militaires, qui faisaient partie des 24 assistants militaires techniques restés sur place après le 15 décembre 1993, ont été entendus par la Mission ainsi que leurs chefs hiérarchiques. Il est alors apparu que le témoignage de M. Venuste Kayimahe était en contradiction avec ce qu'ont déclaré ces derniers. Le fait qu'une des deux personnes cités ait, pendant quelque temps, dirigé l'équipe du DAMI placée auprès de la Garde présidentielle explique sans doute cette amalgame.»

Patrick de Saint-Exupéry confirme dans son livre l'Inavouable (reprise d'un article du Figaro datant de début 1998), d'après ses observations sur le terrain lors de son séjour au Rwanda lors de l'opération Turquoise, qu'un officier du GIGN (p.92) lui aurait déclaré "L'année dernière j'ai entraîné la garde présidentielle rwandaise...".

Mais c'est du sérail que la vérité semble faire jour. En effet, un sous-officer du GIGN, considéré par ses pairs comme un véritable héros , a affirmé sur France culture lors d'un entretien en avril 2005 avec Laure de Vulpian
 avoir vu des militaires français entraîner les milices rwandaises durant la période précédent le génocide : "J'ai vu des militaires français former des civils miliciens rwandais, en 1992, au tir",  "Il y avait une trentaine de miliciens qui étaient formés. Je suis formel, catégorique. Je les ai vus, c'est tout", "C'étaient forcément des miliciens, parce que les militaires sont tous en treillis là bas, c'étaient des civils. Je pense que (les militaires français) étaient des gens du 1er RPIMA (Régiment parachutiste d'infanterie de marine), c'était l'unité qui était là-bas". De plus il a estimé que ce type de formation, "a dû durer peut-être jusqu'en 1994, probablement. Ca ne m'a pas choqué (...), je ne voyais pas la finalité du truc, ça me paraissait normal"...Lorsque la journaliste lui fait remarquer que la France a toujours nié avoir entraîné des miliciens, il répond: "la France l'a toujours nié, bien sûr, comme beaucoup de choses d'ailleurs. Mais bon, j'affirme" (Nouvel Obs.com, 22.04.05   Rwanda, un gendarme français accuse). 

De plus, alors que l'on est toujours dans l'attente des conclusions de
l'enquête du juge Bruguière et de l'ouverture d'une instruction par le Parquet. Le site du GIGN publie un article remettant en cause la version officielle défendue par Bruguière. "La petite histoire dit que Paul Barril, gendarme français doublement au service de l'exécutif rwandais et de la France mitterrandienne, avait acheté à la fois l'avion personnel du président Habyarimana et le missile antiaérien qui a abattu ledit avion, créant ainsi le contexte précipitant le génocide. Les Français auraient-ils eux-mêmes abattu Habyarimana pour empêcher l'application des accords de paix d'Arusha ?"  Les guerres secrètes à la française : le cas rwandais, GIGN.

Enfin si la thèse de Bruguière selon laquelle le FPR aurait abattu l'avion de Juvénal Habyarimana s'avérait exacte, cela ne remettrait nullement en compte la responsabilité des génocidaires et du Gouvernement Intérimaire Rwandais et de leurs complices français dans la perpétuation du génocide. A signaler que la FIDH en 1999 à propos de l'affaire Chalaabi, dans un rapport repris par Pierre Péan dans son livre (Manipulations Africaines; Qui sont les vrais coupables de l'UTA?), signalait déja que ses interrogatoires sont : «  menées de façon irrégulière et très fréquemment décousue sur de longues périodes. Des délais invraisemblables s'écoulent avant que les dossiers soient bouclés et renvoyés devant le procureur  ». La FIDH déplorait «  l'utilisation dans les dossiers d'informations et d'allégations préjudiciables, mais bien souvent sans fondement  ».(p.77). Jusqu'à ce jour et à notre connaissance le juge Bruguière ne s'est toujours pas rendu au Rwanda sur les lieux du crime pour approfondir son enquête. Nous osons espérer que cette enquête qui avait déja fait un flop retentissant en avril 2004 quant aux révélations sur la boîte noire détenue dans un placard de l'ONU (permettant un temps d'entâcher en France le 10ème anniversaire de la commémoration du génocide des Tutsi et des opposants Hutu au Rwanda) - sans oublier la fameuse fausse boîte noire que Barril exhibait sur France Télévision fin juin 1994 - sera bouclée un jour et qu'elle aboutira enfin sur le bureau du procureur avec une instruction à la clé. Il faudra sans doute attendre le mois d'avril 2006 pour peut-être un jour en savoir plus que des bruits de couloir et des rumeurs répandues ça et là par des journalistes en provenance d'une nébuleuse dont la rhétorique n'est pas sans rappeler l'idéologie de la France moisie. Jusqu'à maintenant le silence coupable de Kigali semble plaider en faveur de la thèse du juge Bruguière mais l'on se souviendra qu'un faisceau de présomptions sérieuses pesait aussi sur les extrémistes du Hutu power et de leurs alliés français. Ainsi selon Roméo Dallaire «  il s'agissait aussi d'un coup d'Etat soigneusement planifié qui a mené à la prise de pouvoir par les milieux extrémistes hutus. Ces derniers considéraient que le président ne maîtrisait plus la situation, qu'il avait fait trop de concessions et surtout celle d'accepter que le FPR participe au pouvoir. Depuis longtemps, le juge Bruguière s'est attelé à démontrer que le FPR est responsable de l'attentat. Aucune enquête officielle internationale n'a cependant été diligentée jusqu'ici. Celle du juge français est révélée à point nommé. De nombreuses voix mettent en cause la responsabilité française ». Thèse corroborée par Colette Braeckman dans le Soir (« L'avion rwandais abattu par deux Français ? »; Le Soir , du 17 juin 1994). Celle-ci considérant d'ailleurs que Ruzibiza, l'un des principaux témoins sur lequel s'appui le juge Bruguière, est un transfuge de la DGSE tout comme Janvier Afrika avait été considéré comme un transfuge du FPR. De toute évidence la disparition de Juvénal Habyarimana  faisait le jeu des deux factions extrémistes. Mais l'organisation et la perpétuation du génocide incombent aux membres du Hutu power et au Gouvernement intérimaire rwandais et son soutien français.  Dans un de ses livres, Gérard de Villiers écrivait " Faire liquider son ennemi par un autre ennemi, c'est le rêve absolu de tout manipulateur " (SAS,Enquête sur un génocide, Gérard de Villiers, n°140 Malko production). Affaire à suivre...