Nous publions l'intégrale de l'intervention de Catherine Coquio, présidente d'AIRCRIGE lors du colloque des Historiens
àl'espace Marx organisé par les Cahiers d'histoire sur le thème du "négationnisme en histoire colonial ". Ce texte a été réactualisé par l'auteur. Les encarts en bleu-vert et les liens web dans le texte sont des ajouts de Pressafrique.
Les références de bas de page sont publiées telles que dans le texte original à paraître prochainement dans les
Cahiers d'histoire.
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Guerre
coloniale française et génocide rwandais : implication
et négation. | ||||||||||||||
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Catherine
Coquio (Présidente d'Aircrige ) Parlant du génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 dans
le cadre d'un travail collectif sur la négation des crimes coloniaux, je
voudrais d'abord préciser deux points. 1.
Il n'y a pour moi aucun amalgame possible entre les massacres coloniaux et
l'extermination génocidaire telle qu'on la vue se réaliser au Rwanda en
1994. Chacun
sait pourtant que le massacre, souvent accompagné d'un discours sur
« l'espace vital » et l'extermination nécessaire, fut une
pratique coutumière au cours des guerres coloniales européennes, pratique
qui contribua à rendre historiquement possible le génocide nazi - comme
Sven Lindqvist[1] le démontra
magistralement deux ans avant le génocide rwandais. Mais la destruction
génocidaire, qui a fait l'objet d'une définition juridique précise dans la
Convention de 1948, reprise dans les statuts de la Cour Pénale
Internationale 50 ans plus tard, suppose un type d'objectif, un degré de
planification et des modes de réalisation spécifiques. Le génocide se
distingue ainsi radicalement de la guerre civile ou du conflit
interethnique. Il représente d'autre part un cas très particulier de crime
contre l'humanité. Qui
a étudié parallèlement le déroulement des massacres de 1994 au Rwanda et
ceux commis par l'armée française en Algérie, quelles que soient leur
extrême violence et leur gravité[2], de la
conquête coloniale à la guerre d'indépendance, ne peut avoir aucune
hésitation sur ce point. Pourtant, ce qui s'est passé pendant la Bataille
d'Alger (1957) a un rapport direct avec ce qui s'est passé au Rwanda en
1990-1994. Ce rapport, qui n'est pas seulement d'analogie, ne permet
nullement de qualifier de génocide ce qui s'est passé en Algérie, mais de
comprendre le rôle particulier que joua la France dans l'histoire du
génocide rwandais. Comment un tel rapport doit-il se
comprendre ? Ces
distinctions en effet n'empêchent pas de poser la question du passage
de la violence guerrière à
la violence génocidaire. Elle se pose au sujet par exemple des massacres
ethniques commis au Cameroun
pendant la
guerre d'indépendance avec l'encouragement de l'armée française, d'une
très grande ampleur et qui restent occultés[3]. Elle se
pose également, de manière différente, à propos de la guerre menée par la
France au Rwanda plus de trente ans plus tard. Car cette guerre à la fois
militaire, diplomatique et politique, a croisé la réalité du génocide en
1994. La question se pose donc de la nature exacte de ce
croisement, qu'on interprétera ou non en termes de complicité de génocide. 2.
Ma position sur ce sujet est celle de la structure au nom de laquelle je
m'exprime ici : non en tant
qu'universitaire spécialiste de littérature comparée[4], mais au nom d'Aircrige, une des
associations membres de la Commission
d'Enquête Citoyenne
(CEC) sur l'implication de la France dans le génocide rwandais.
Cette Commission s'est réunie en mars 2004, et a publié un an plus tard
son rapport, sous le titre L'Horreur qui nous prend au visage. L'Etat français et le
génocide au Rwanda
(Karthala, 2004)[5]. Ce
rapport est venu compléter deux grands ensembles de documents : a.
l'enquête conduite par la FIDH et Human Rights Watch sous la direction de
l'historienne Alison Desforges, et publiée sous le titre Aucun
témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda
(Karthala ,
1999) ; b. le
volumineux rapport de la Mission d'Information Parlementaire (MIP),
présidée par P. Quilès, publié en 1998 sous le titre Enquête sur la tragédie rwandaise[6].
En
ce qui concerne les responsabilités françaises, les conclusions de
ce rapport se situent très en-deça du contenu du premier livre, mais aussi
des documents produits par ce rapport lui-même - en particulier ses
Annexes - , accablants déjà pour l'Etat français. « La France,
conclut Paul Quilès en décembre 1998, n'a en aucune manière incité,
encouragé, aidé ou soutenu ceux qui ont orchestré le génocide ».
La
contradiction parfois criante entre les conclusions du rapport et son
contenu, mais aussi les lacunes internes de celui-ci - dues en particulier
à l'absence de certains témoins et acteurs de premier plan - ont conduit
un certain nombre d'individus et d'associations (Aircrige, Obsarm , Cimade
) à l'initiative de l'association Survie, alors présidée
par François-Xavier Verschave, à former une « Commission d'Enquête
Citoyenne » destinée à l'établissement des faits le plus complet
possible sur cette question majeure. Cette Commission disposait de peu de moyens matériels,
mais de nouveaux documents et en particulier de témoignages majeurs :
non seulement ceux, qui venaient d'être publiés, du journaliste Patrick de Saint-Exupéry
et de Roméo Dallaire[7], responsable
des forces de l'ONU pendant le génocide, mais aussi ceux de miliciens et
de rescapés rwandais, recueillis par la Commission elle-même, et qu'il
fallut entendre et recouper. L'ensemble des éléments accessibles furent
examinés avec l'aide d'historiens, d'enquêteurs et spécialistes du Rwanda
et de chaque domaine évoqué : furent ainsi entendus Alison Desforges,
Jean-Pierre Chrétien, Gabriel Périès, Colette Braeckmann. En revanche,
alors que toute la classe politique chronologiquement concernée fut
invitée, deux personnes seulement répondirent[8]. Cette Commission, qui en appelle à un enquête à la
fois historique et juridique plus soutenue, a conclu à la
« présomption de complicité » d'ordre à la fois
« militaire », « diplomatique »,
« financier » et « politique » : c'est ainsi que
s'organise ce rapport de 600 pages, qui consacre également un chapitre aux
« Idéologies et médias », et un à l'Opération Turquoise. Le
Président de cette Commission, Géraud de la Pradelle, a publié
conjointement, sous le titre
Imprescriptible. L'implication française dans le génocide tutsi
portée devant les tribnaux (Les Arènes , 2005), un mémento juridique
exposant les enjeux et modalités d'un recours devant la justice.
Représentée dans cette Commission, Aircrige a par
ailleurs conduit des travaux parallèles, destinés à réfléchir sur
l'écriture et la mémoire de ce génocide[9] et à élargir le champ sur les
versants épistémologique et politique : en s'interrogeant, d'une part, sur
le rôle du témoignage dans l'écriture d'une histoire niée après les
grandes catastrophes du siècle[10] ; en étudiant, d'autre
part, les comportements récents de l'Etat français relatifs aux crimes
contre l'humanité ces quinze dernières années : ceci en mettant en
relation le déni d'un passé inassumable et certaines compromissions
actives (ex-Yougoslavie, Algérie, Soudan, Rwanda), pour s'interroger sur
la récurente mise entre parenthèses du
génocide, au passé comme au présent[11]. Le contre-temps colonial en 1994 En quoi le génocide des Tutsi du Rwanda, commis par
les forces du Hutu Power avec la participation de la population rwandaise,
concerne-t-il l'histoire coloniale française ? Ce qui s'est passé en 1994, c'est-à-dire la
conjonction d'une guerre et d'un génocide - n'est pas à envisager comme un
« après-coup » de la colonisation, ni comme le développement
d'une histoire tragique issue de ses « séquelles ». Ce n'est pas
non plus une histoire « d'après la décolonisation », bien
que l'indépendance du Rwanda ait été proclamée en 1962, peu après la
création de la « République rwandaise » issue de la
« révolution sociale » de 1959. D'une part, il n'y a pas eu de
« décolonisation » au Rwanda : c'est précisément à cela
qu'a servi la fameuse « révolution sociale », qui, devant les
désirs d'émancipation de l'élite tutsi bientôt gagnée à la cause de
l'indépendance, porta au pouvoir la majorité hutu : la
« révolution » qui installa la « République »
rwandaise fut un renversement d'alliance coloniale. D'autre part, le Rwanda ne fut pas une
« colonie » française au sens strict du terme. Pénétré en avril
1894 par les Allemands, le Rwanda est vite devenu, pour un demi-siècle,
une colonie belge. La présence française s'y est néanmoins manifestée
fortement, d'abord à travers le pouvoir de l'Eglise, qui a réussi à créer
un Etat quasi théocratique pendant plusieurs décennies, puis dans les
formes d'une « amitié politique » qui devint une coopération
militaire au cours des années soixante-dix. Enfin il s'agit au Rwanda d'autre chose encore que des
effets de la « Françafrique » comme système de gouvernance et
d'exploitation nécolonial, même si celle-ci est en cause aussi. Les formes
de continuité qui mènent de la présence
coloniale française avant l'Indépendance à cette complicité de génocide
sont plus concrètes et précises : elles passent par la préparation
d'une guerre à la fois secrète et totale, après l'installation d'un système
politico-militaire conçu sur le modèle français et avec l'appui français.
Cette forme spécifique de continuité pose la question de la persistance de la guerre coloniale au-delà des
indépendances. Le génocide de 1994 oblige à s'interroger sur une
contemporanéité : celle d'un début d'historiographie des violences
coloniales, d'un début de reconnaissance des guerres livrées lors des indépendances, voire des
crimes de guerre commis alors par l'armée
française (sans qu'on veuille la plupart du
temps parler de « crimes contre l'humanité »), et d'un retour
anachronique, au Rwanda, d'une politique guerrière pleinement héritière de
la période coloniale, plus précisément des « massacres
coloniaux » (Y. Bénot) commis lors des guerres d'indépendance. Cet anachronisme montre que la reconnaissance des faits
peut aller de pair avec un profond déni des
actes en tant que crimes. Au niveau des instances politiques et
militaires, du reste, ce déni se formule parfois comme une pleine
acceptation : celle de l'Histoire française dans son intégralité. Le
déni en effet n'est pas la négation des faits mais l'effacement de leur
signification, donc l'absence de tout investissement moral à ce sujet[12]. La puissance de ce déni permet
qu'une certaine histoire se poursuive, quelle que soit l'histoire de
l'anticolonialisme et de la « décolonisation ». Cette continuité n'est donc pas seulement celle d'une
idéologie tenace, qui résiste aux discours comme aux faits contraires.
C'est celle d'un système effectif de gouvernance militaire mis en place
dans le droit fil d'une doctrine coloniale. Cette doctrine a été
réactualisée comme à contretemps, au gré d'enjeux géostratégiques
nouveaux, mais aussi largement hérités. Ce contretemps, qui frappe ici par
sa longévité, a été rendu proprement stupéfiant par le génocide de 1994,
qu'un tel comportement colonial a rendu possible. Cette possibilité
génocidaire sidère l'historien de la colonisation. Mais cette ouverture
d'un nouveau champ historiographique lui permet aussi de voir plus clair
sur la structure du temps colonial, qui rend au
fond caduque ou inopérante l'idée même de contretemps. Les enjeux et représentations qui accompagnent le
système mis en place au Rwanda frappent aussi par leur anachronisme. Mais
cet anachronisme fut précisément responsable
d'une certaine actualité, si insensée a priori
qu'elle semble inintelligible, y compris même à l'historien de la
colonisation. Celui-ci pourrait en effet se sentir en tout point dépassé,
voire non concerné par un si tardif événement. Or c'est bien à lui que
revient d'écrire aussi cette histoire. L'histoire de la colonisation
devient ici celle du temps présent. La temporalité de l'histoire coloniale
est profondément modifiée par l'effectuation de ce génocide. Son étude
l'est par force aussi - comme la réplique politique à trouver : on
conçoit plus que jamais ici l'insuffisance de la lutte anticoloniale
traditionnelle. A qui entend refuser la politique qui produisit cette
histoire, comme à qui veut avant tout l'étudier, il faut tenter non de comprendre l'inhumanité à l'oeuvre dans cette
catastrophe, mais de déchiffrer la part d'intelligence, ou plutôt de
rationalité qui l'a rendue possible. Pour le rôle qu'y a joué la
France, cette rationalité déphasée, sinistrement intempestive, n'est pas
directement celle du génocide, mais d'une certaine guerre : sa raison se situe dans une certaine
doctrine militaire, d'origine coloniale, et dans l'audience que trouva
celle-ci au niveau de la Présidence. Une doctrine militaire coloniale appliquée au
Rwanda. Le Rwanda semble avoir été le lieu d'une
expérimentation stratégique et militaire, dans le cadre d'une politique
vouée à la défense des intérêts de la « francophonie ». Une
idéologie géostratégique, donc, hantée par le péril communiste, puis par
la présence anglophone sur le territoire africain, a guidé les agissements
français dans ce pays, de la guerre froide à l'après-guerre froide. A
cette idéologie s'est mêlée la mythologie raciale du Tutsi
« Hamite », guerrier féodal et nomade d'origine blanche et
parent du sémite, donc exogène, qui fut le support idéologique de la
« Révolution » de 1959 et des pogromes qui suivirent. C'est de
ce foyer syncrétique à forte teneur mythique que naît l'image du dangereux
« Khmer noir » déboulant d'Ouganda (pays anglophone), en vigueur
chez certains hauts-gradés de l'armée française, proches du président
Mitterrand. Les témoignages recueillis par Patrick Saint-Exupéry
dans L'Inavouable, corroborent les thèses
exposées par Gabriel Périès
- qui se sont développées depuis le Rapport de
la CEC[13] : ils confirment
l'hypothèse d'une application, au Rwanda, de la
« Doctrine de la Guerre Révolutionnaire », ou « antisubversive », destinée à briser « l'ennemi intérieur » en mettant
sous coupe réglée l'ensemble de la population. Cette doctrine, issue pour
partie de l'expérience indochinoise, et expérimentée lors de la Bataille
d'Alger en 1957, s'est développée au sein de l'Ecole de guerre française
au début des années 50, pour s'exporter à travers le monde (Belgique,
Argentine, USA, Rwanda) des années 60 aux années 80, jusqu'à la
réactualisation tardive de 1994. Je cite Patrick de
Saint-Exupéry : « Nous avons instruit les tueurs. Nous leur
avons fourni la technologie : notre 'théorie'. Nous leur avons fourni
la méthodologie : notre 'doctrine'. Nous avons appliqué au Rwanda un
vieux concept tiré de notre histoire d'empire. De nos guerres coloniales.
Des guerres qui devinrent 'révolutionnaires' à l'épreuve de l'Indochine.
Puis se firent 'psychologiques' en Algérie. Des 'guerres totales'. Avec
des dégâts totaux. Les 'guerres sales' » (p 253). Ce programme stratégique s'est constitué à partir de
deux systèmes : celui, vertical, des « hiérarchies parallèles »
mis au point par le colonel Trinquier sur le modèle de l'ennemi
Vietminh ; celui, horizontal, du « quadrillage du
territoire » comme méthode de contrôle des populations, mise au
point par le colonel Lacheroy en 1952. Héritant de la notion de
« guerre totale » de Luddendorff, cette doctrine comporte un
programme de propagande et de guerre psychologique, de déplacement et
parcage des populations, de formation de milices d'autodéfense et
d' « escadrons de la mort », enfin d'autonomisation
politique des structures de commandements militaires locales, en relation
directe avec la Présidence. C'est pour parachever ce programme de militarisation
intégrale de l'espace et du pouvoir qu'au Rwanda fut ainsi mis en place un
« Commandement des Opérations Spéciales », c'est-à-dire, comme
l'écrit P. de Saint-Exupéry, le « bras armé » d'un pouvoir aux
« prérogatives illimitées », une « légion aux ordres de
l'Elysée » (p 276). Mais d'après lui, la décision de mener une guerre
au Rwanda précèda l'offensive du FPR en 1990, qui ne fut
qu'un « prétexte » idéal. Il s'agissait en fait pour
l'état-major français de « rejouer l'Indochine au Rwanda »,
devenu un « champ d'expérimentation » idéal. « L'opération
grise, dit-il, est déjà dans les cartons ». Mais de quand date le
carton ? La relance de ces théories militaires émanant
d'officiers que De Gaulle avait fini par écarter s'est faite sous la
présidence de Valéry Giscard d'Estaing. C'était une période faste pour les
tenants de la doctrine militaire en question : les officiers français
venaient enseigner leurs méthodes au régime argentin - ce qu'a
publiquement nié en mars 2004 le Ministre des Affaires Etrangères
Dominique de Villepin. Lequel avait utilisé peu avant à propos du Rwanda
la formule du « double génocide », imitant en cela F.
Mitterrand, formule qui suscita la réplique adressée de Patrick de Saint
Exupéry dans L'Inavouable.
Il est possible que l'application de ce système au
Rwanda ait été envisagé - mais non mis en place comme le suggère Gabriel
Périès - dès ces années 70, et même avant le coup d'Etat d'Habyarimana en
1973. Mais ce ne sont que des conjectures. En revanche, le territoire
quadrillé sur le modèle du damier, chaque
quartie étant surveillé par une « cellule » de contrôle, et
chaque individu étant encadré de la naissance à la tombe, fut une réalité
de la vie rwandaise bien avant 1990. Du reste, Mobutu avait fait siennes
ces mêmes méthodes au Zaïre. Au Rwanda, la France y oeuvra directement et
longuement. Le Rwanda était un petit pays, donc un petit Etat total - où
il fut à peine nécessaire de déplacer et parquer les populations - ce qui
fut fait néanmoins dans le Bugesera[14]. En 1975 il n'était encore question que d'exporter un
modèle de contrôle de population et d'instruire une armée. De quand date
donc la décision de préparer au Rwanda une guerre dans laquelle l'armée française aller
jouer un rôle de premier plan ? De la « coopération » à la guerre. Le 27 novembre 2004, Paul Quilès défendait
l'intervention militaire française de 1990 en la situant dans le cadre des
« Accords de défense » signés avec le Rwanda. Il se réclamait
même de sa qualité d'ancien Ministre de la défense contre ceux qui
méconnaissent les obligations dues par la France à ces « accords de
défense »: « Donc, dit-il, en 90, il y avait nécessité pour la
France conformément à ses accords de venir aider le pouvoir en place
contre une agression extérieure ; ce n'était pas une guerre civile,
c'était une agression extérieure »[15]. P. Quilès fait ici référence aux accords d'assistance
et de défense signés par la France avec les pays africains francophones
lors des indépendances. Mais cette référence est fallacieuse pour
plusieurs raisons. Outre l'interprétation tendancieuse qui consiste à
faire de l'offensive du FPR en exil une « agression
extérieure », confondue avec celle d'un Etat, un tel accord de défense ne fut pas signé avec le Rwanda. Avec le
Rwanda c'est un accord non de défense mais de
coopération civile qui fut signé, le 18
juillet 1975. Et rien dans la lettre de ces accords, y compris dans le
texte modifié de 1983, n'obligeait la France à intervenir contre une
agression extérieure. Comme le rappelle le Rapport de la Mission
d'information parlementaire, l'accord de 1975 stipule que le
gouvernement de la République française met à la disposition du
Gouvernement de la République rwandaise « les personnels militaires
français dont le concours lui est nécessaire pour l'organisation et pour
l'instruction de la Gendarmerie rwandaise ». Il précise (art. 2) que
l'officier français dirigeant ces hommes relève de l'ambassadeur de
France, et que les militaires français ne devaient « en aucun cas
être associés à la préparation ou à l'exécution d'opérations de guerre, de
maintien ou de rétablissement de l'ordre ou de la légalité ». Les modifications apportées au texte de juillet 1975
en 1983, puis en 1992, montrent que la coopération devait devenir
militaire et rendre une guerre possible. En 1983, l'article 3 - modifié à
la demande du gouvernement rwandais - précise que les personnels français
serviront « sous l'uniforme rwandais » et que leur
« qualité d'assistants techniques militaires » serait
« mise en évidence par un badge spécifique «'Coopération
Militaire' », sur la manche de l'uniforme. Surtout, la révision de
1983 supprime l'interdiction faite aux coopérants militaires français
d'être associés à toute opération de guerre. Puis l'avenant du 26 août
1992 remplace la « gendarmerie rwandaise » par les « forces
armées rwandaises » : la coopération est ainsi étendue à
l'ensemble des missions militaires rwandaises. Le problème est que cette modification majeure est
apportée au texte deux ans après
l'intervention militaire de la France en 1990.
Les actions françaises menées au Rwanda pendant ces deux ans ne relevaient
donc pas des accords signés par la France et le Rwanda, puisque le texte
de 1983 ne comportait aucune obligation
d'intervenir. De quel texte relevaient-elles alors, qui, du reste,
contredirait les Accords d'Arusha programmant le retrait des militaires
français? Et en quoi consistèrent ces actions ? L'intervention française prit la forme officielle de
l'opération Noroît. Tandis que les soldats belges se retiraient, de
nouveaux soldats français vinrent rejoindre ceux qui, déjà présents,
allaient rester trois ans encore. Trois détachements militaires français,
en tout une centaine d'hommes, étaient ainsi présents au Rwanda au
début 1991 : 1. une mission militaire locale d'assistance de 24 soldats
(Mission Militaire de Coopération) ; 2. un détachement militaire
chargé de l'évacuation des ressortissants (Noroît); 3. un Détachement
d'Assistance Militaire et d'Instruction (DAMI), dirigé par le
lieutenant-colonel Chollet, conseiller aussi du chef de l'état-major
rwandais. La présence de ce DAMI devait rester secrète, comme
le montre un Fax envoyé alors à l'ambassadeur de France Georges Martres :
« Nous n'avons pas l'intention d'annoncer officiellement la mise en
place du Dami. Vous direz au président Habyarimana que nous souhaiterions
qu'il agisse de la même manière ». Quelques semaines plus tôt, le 15
octobre 1990, l'Elysée avait été informé par le même Georges Martres des
risques d'extermination des Tutsi au Rwanda. D'après le rapport de la
Mission d'Information Parlementaire, « Georges Martres a estimé que
le génocide était prévisible dès octobre 1993 'sans toutefois qu'on puisse
en imaginer l'ampleur et l'atrocité'". Il a du
reste ajouté que 'le génocide constituait une hantise quotidienne pour les
Tutsis'.» (p 297). Prévoir un génocide sans en imaginer l'ampleur ni
l'atrocité : cette performance inédite rappelle un peu la
« restriction mentale » jésuitique. Pour d'autres
hauts-militaires cités dans le même rapport, le génocide était prévisible
dès 1990 : « Cette volonté d'éradiquer les Tutsis imprègne
tout particulièrement l'armée composée uniquement de Hutus. Le Général Jean
Varret, ancien chef de la Mission militaire de coopération d'octobre 1990
à avril 1993 a indiqué devant la Mission comment, lors de son arrivée au
Rwanda, le Colonel Rwagafilita, lui avait expliqué la question tutsie :'ils sont très peu nombreux, nous allons les
liquider'". (p 292) C'est donc en toute connaissance de cause, en
l'absence d'aucun texte contraignant, à l'insu des députés et semble-t-il
des ministres, que commence en 1990 la guerre
secrète menée par la France au Rwanda. Le colonel Canova, envoyé au
Rwanda dès octobre 1990, puis le colonel Chollet, organisent une lutte
antiguerrilla contre le FPR devenu ennemi intérieur. Cette lutte menée aux
côtés des FAR se comprend comme une guerre totale, et répond pleinement
aux normes de la doctrine, formation de milices comprise. La question
cruciale est donc celle de « l'assistance » et de
« l'instruction » apportée - et à qui exactement ? - par
les Français du DAMI, et de la nature de ces « ennemis »
intérieurs. D'après le rapport de la MIP, la France est
« intervenue sur le terrain de façon extrêmement proche des FAR
(Forces Armées Rwandaises). Elle a, de façon continue, participé à
l'élaboration de plans de bataille, dispensé des conseils à l'état-major
et aux commandements de secteurs, proposant des restructurations et des
nouvelles tactiques. Elle a envoyé sur place des conseillers pour
instruire les FAR au maniement d'armes perfectionnées. Elle a enseigné les
techniques de piégeage et de minage, suggérant pour cela les emplacements
les plus appropriés » (p 163). Bernard Cazeneuve, corapporteur de la
Mission, conclut ainsi : « sous couvert d'assistance au
détachement Noroît, une centaine de militaires français menaient quasiment
des actions de guerre sans qu'on puisse clairement établir quelle autorité
politique le leur avait précisément demandée ». Mais le même B.
Cazeneuve, commentant la modification apportée en 1983 aux accords de
coopération, soulignait que le port de l'uniforme local par l'armée
française « est une concession politique et un signe militaire fort
qui ne doit pas être galvaudé ». Or une telle « concession
politique » ne peut émaner que du plus haut degré des autorités
françaises. L'armée française a donc mené des « actions de
guerre » décidées en haut lieu : les porte-parole de la doctrine de
la guerre révolutionnaire auprès de Mitterrand étaient l'amiral Lanxade et
les généraux Quesnot et Huchon. Le dispositif des hiérarchies parallèles
fut assuré par des anciens d'Algérie, les officiers Lacaze et Heinrich. Le
grand problème fut que la guerre que menaient les FAR n'était pas
seulement une guerre contre le FPR. C'était une guerre menée contre des
civils, et ces civils étaient des Tutsi. C'est donc à la faveur d'un malentendu cultivé que la
guerre française vint servir la cause du génocide. Ce malentendu
s'exprimera naïvement par la bouche du colonel Jacques R., responsable du
secteur Sud pendant l'Opération Turquoise : « Les miliciens font
la guerre. Par souci de neutralité nous n'avons pas à intervenir »[16]. Or d'une part cette
neutralité n'existait pas - au point que ce même colonel, semble-t-il,
intervint pour éviter que les derniers rescapés de Bisesero ne soient
sauvés (selon le rapport de la CEC, p.423-424, p.431) ; d'autre part
et surtout les miliciens ne faisaient pas la « guerre » :
ils exécutaient un génocide planifié. D'après Gérard Prunier, comme d'après plusieurs
témoins rwandais, les hommes du DAMI ne formèrent pas seulement les
soldats ni les hommes de la garde présidentielle, mais les futurs
miliciens eux-mêmes. D'autres témoins ont vu des soldats français présents
aux côtés des soldats des FAR aux barrières ethniques où étaient
identifiés, arrêtés, puis exécutés les Tutsi en 1991 déjà : Immaculée
Cattier, dans le rapport de la CEC, raconte de quelle manière
s'est déroulée sous ses yeux une de ces arrestations. Selon d'autres sources, les soldats français étaient présents au camp d'entraînement de Bigogwe, lorsqu'eurent lieu les massacres voisins de Tutsi Bagogwe en 1993[17]. Les membres de l'armée française qui informaient l'Elysée - la Direction du Renseignement Militaire joua un rôle essentiel dans les décisions présidentielles[18] - était parfaitement au courant de ces massacres, comme du risque de génocide. Dès 1992 d'ailleurs, Paul Kagame, reçu par le Quai d'Orsay, s'était vu invité à cesser le combat, sans quoi s'il gagnait Kigali il ne trouverait plus aucun des siens dans son pays.
Pendant le génocide. La France et ses
« alliés ».
Pendant le génocide, les militaires furent officiellement évacués,
remplacés par les troupes de la MINUAR. Mais plusieurs sources attestent
de la présence de soldats français au Rwanda - ainsi que de mercenaires
étrangers. Le général Roméo Dallaire, responsable des forces de l'ONU, qui
échouera jusqu'au bout à faire entendre la nécessité d'une intervention
militaire, affirme que le lieutenant-colonel Maurin - qui faisait partie
de la coopération militaire française avant le génocide - était encore aux
côtés des FAR la nuit du 6 au 7 avril. D'après le Rapport de la Mission
d'Information Parlementaire, 47 soldats français sont encore présents
pendant le génocide - tandis qu'il n'y en aurait plus selon E. Balladur et
A. Juppé. Même contradiction à propos des ventes d'armes : d'après le
rapport de la CEC, une livraison d'armes a lieu encore le 27 mai - qui met
en cause la BNP - alors qu'Alain Juppé affirme qu'à cette époque les
livraisons ont cessé (points 1.10 et 1.11 des « Conclusions
provisoires de la CEC »). Enfin l'armée française se voit étrangement secondée
par certaines initiatives « privées ». D'après plusieurs
sources, Paul Barril, ancien du GIGN reconverti dans le service vendu aux
dictateurs africains, a mené à bien pendant le génocide une opération dite
« Insecticide »[19], commandée semble-t-il par la
veuve d'Habyarimana, opération dont était très probablement informé
l'Elysée - qui plus tard fera venir celle-ci en France où elle vivra d'une
pension versée par l'Etat. Le même Paul Barril se félicitera plus tard,
dans Play Boy, d'avoir fièrement hissé le
drapeau français de l'ambassade en ces jours de crise - au moment même où
le massacre battait son plein[20]. Playboy mars 1995 Mais c'est bien sûr au plan politique et diplomatique
que, pendant le génocide, l'appui au régime génocidaire va se manifester
le plus clairement. Il semble que l'équipe formant le « Gouvernement
Interimaire Rwandais », qui déclencha les massacres après l'attentat
contre l'avion d'Habyarimana, et qui sera jugée responsable du génocide
par le TPIR, se soit constituée dans l'ambassade de France et, aux dires
de l'ambassadeur Marlaud lui-même, sous son contrôle (3.1. des « Conclusions provisoires de la
CEC »). La France fut ensuite la seule puissance à reconnaître ce
gouvernement, mais aussi à l'appuyer. Le signe le plus net en est
l'accueil fait à l'Elysée et au Quai d'Orsay, le 27 avril 1994, au
ministre des affaires étrangères et à l'un de ses leaders extrémistes -
malgré la mise en garde de la FIDH, qui soulignait qu'un tel acte
donnerait caution aux autorités responsables du génocide. On ne peut donc pas dire que le maintien implacable
de la même politique fut aveugle : c'est
en toute clairvoyance que le génocide a été vu, reconnu et accepté - ce
qui du reste, au plan moral, s'accorde avec la tolérance dont témoigne
telle phrase de Mitterrand sur le génocide « pas très
important » dans « ces pays-là », ou de Bruno Delaye, le
Monsieur Afrique de l'Elysée, sur l'Afrique où l'on ne peut pas ne pas se
« salir les mains »... Aucun témoin ne doit survivre.
Alison desforges, Human Rights Watch,
FIDH. Le plus grave est que la France, démission des USA
aidant, ait pu entraîner la « communauté internationale » dans
sa politique au moment crucial où le génocide pouvait être empêché. La
représentation française à l'ONU, en étroite relation avec le Gouvernement
Intérimaire Rwandais (GIR), a mobilisé un réseau international qui s'est
révélé assez puissant - Boutros-Ghali lui-même étant un allié de la France
- pour peser de manière décisive sur les décisions prises par le Conseil
de sécurité. Malgré les constants avertissements de R. Dallaire, seule
était prise en compte « l'information » donnée par Jacques Roger
Booh Booh, ancien diplomate camerounais, dont les communiqués ne parlaient
que de « conflit armés » et de « dérives » de la garde
présidentielle (selon rapport CEC, p.235-239)... Je cite ici Jean-Paul Gouteux : « Peut-on imaginer qu'un criminel sans envergure
comme Jérôme Bicamumpaka, le ministre des Affaires étrangères du GIR, qui
occupait le siège du Rwanda au Conseil de sécurité de l'ONU, ait été
soutenu par des gens parvenus en France aux plus hautes responsabilités
politiques, François Mitterrand, Édouard Balladur (Premier ministre),
Alain Juppé (ministre des Affaires étrangères) et Hubert Védrine
(Secrétaire général à la présidence) ? Peut-on imaginer que ce
criminel ait revendiqué ce soutien devant la diplomatie mondiale ?
C'est pourtant ce qui s'est passé. Lors de la réunion du Conseil de
sécurité le 16 mai 1994, ce représentant d'un gouvernement soutenu par la
France fit un discours à l'ONU où il niait le génocide. Il affirmait que
la radio rwandaise diffusait des messages de paix et que les responsables
gouvernementaux sillonnaient le pays pour tenir des réunions de
pacification[21]. Il n'en reprenait pas moins
les mensonges délirants propagés par la RTLM (Radio Télévision des Mille
Collines) et la revue de propagande raciste Kangura : « Outre les
affirmations habituelles sur les centaines de milliers de Hutu tués par le
FPR simplement parce qu'ils étaient Hutu, il ajouta que les soldats du FPR
dévoraient le coeur de leurs victimes »[22]. Que purent bien penser les
diplomates internationaux qui l'écoutaient en silence? »[23] Un document accablant, retrouvé à
Kigali, omis par la Mission parlementaire alors que son authentification
et son interprétation étaient indispensables, a été reproduit dans le
rapport de la CEC (pp 58-59). Il retrace l'entretien qui eut lieu à Paris
une semaine avant cette réunion du Conseil de Sécurité, le 9 mai 1994,
entre le lieutenant-colonel des FAR Ephrem Rwabalinda, et le général
Huchon, chef de la Mission Militaire de la Coopération française
(MMC).
Cet entretien fait explicitement état de : - l'intention de la
France de porter secours à ses alliés ; - la mise en place d'une
liaison cryptée entre la MMC et les FAR ; la nécessité de s'installer
dans une guerre longue, mais aussi de renverser la mauvaise image
donnée par les massacres. C'est au mois de mai en effet que l'opinion
internationale commença de se montrer - relativement - sensible à ce qui
se passait au Rwanda. Le GIR dut donc faire quelques efforts pour se
rendre présentable. Il eut quelques difficultés à le faire, comme le
montre la séance onusienne évoquée plus haut ; mais le Conseil de
sécurité était prêt à oublier les « coeurs dévorés » par le FPR
à condition d'entendre parler des « messages de paix » diffusés
par la radio rwandaise..
Et de fait, comme Jean-Pierre Chrétien l'a fait remarquer lors de
la CEC, quelques jours après l'entretien du 9 mai à Paris, la Radio
Télévision des Mille Collines change de discours : les 13 et 18 mai,
on y annonce la bonne nouvelle de l'assistance française, mais à condition
de ne plus voir de cadavres sur les routes, ni de massacres en plein
jour ; on critique les excès des milices, on parle
de « normalisation » du pays. Puis le 30 mai, le rédacteur
en chef évoque des « suicides » de Tutsi et attribue ces
massacres non planifiés à une colère populaire due à un problème ethnique
(pp 67-69). La machine négationniste est lancée, au Rwanda comme en
France. Dissimulation et poursuite de la
« guerre ». Mais le terme de négationnisme ne convient pas bien
ici. Comme on le voit dans les consignes de mai, c'est clairement l'image du génocide qui fait problème et non sa
réalité. Celle-ci fait d'ailleurs l'objet d'une qualification explicite.
Quelques jours après cet entretien, Alain Juppé parle de
« génocide » (16 mai). Mais la formule de « double
génocide », lancée et reprise comme un mot d'ordre, suivra de peu
cette « reconnaissance ». Aucun témoin ne doit survivre.
Alison desforges, Human Rights Watch
L'opération de dissimulation commandée par
l'état-major français en mai 1994 va de pair avec la poursuite de la
guerre, dont la politique devient alors la continuation. La politique
française ne repose pas sur une négation du génocide, mais sur son
acceptation comme dommage collatéral dans une guerre longue, toujours à
poursuivre. La constatation qu'un génocide est en train de se dérouler ne
décide pas d'un changement de politique - au-delà de l'hésitation entre la
ligne mitterandienne (interventionniste) et la ligne balladurienne
(non-interventionniste). Il modifie la forme du soutien politique et
militaire français à l'équipe de l'ex-GIR, soutien qui passera désormais
par l'intervention humanitaire et l'aide aux réfugiés Comme l'a fait remarquer Roméo Dallaire, l'opération
parrainée par Bernard Kouchner auprès des orphelins rwandais, au plan
politique, profita au GIR. Le 14 mai, du reste, le même B. Kouchner était
allé jusqu'à s'exprimer lui-même sur la très officielle Radio Rwanda, pour mettre en garde les
milices. J'ai serré la main du diable. La
faillite de l'humanité au Rwanda. Roméo
Dallaire La thèse du « double génocide », qu'on
verra s'exprimer dans plusieurs organes de presse - Jeune Afrique, Le Figaro et Le Monde où l'on parlait encore le 16 mai
d' « affrontements terriblement meurtriers » - se prépare
au même moment que l'intervention militaro-humanitaire dite Opération
Turquoise. Le plan original de l'intervention - selon
l'option privilégiée de Mitterrand - était d'aller sur Kigali par le nord
pour arrêter les massacres et rétablir le gouvernement Hutu, ce qui
supposait d'affronter le FPR. La victoire du FPR fit que l'option
humanitaire défendue par Balladur l'emporta. Mais c'est avec force
blindés, hélico et jaguars que l'armée française se déploya, acclamée par
les miliciens. Quelle que soit la confusion du moment, la duplicité
opérationnelle de Turquoise ne fait aucun doute : l'armée française
avait mission de protéger la population civile, ce qu'elle fit la plupart
du temps, mais aussi d'aider les génocidaires à se retrancher au Kivu, ce
qu'elle fit aussi. La base de Goma devint le foyer du négationnisme. En
Centre-Afrique enfin, d'après certaines sources, fut établie une nouvelle
base d'entraînement - ce que nie le gouvernement d'alors. Il est certain
en tout cas que l'armée française a exfiltré Bagosora, un des principaux
organisateurs présumés du génocide, et le chef milicien Gatete. Ces gens
n'étaient pas sauvés pour des raisons humanitaires, mais politiques. Aucun témoin ne
doit survivre. Alison desforges, Human Rights Watch, FIDH, p.798. Mais des faits plus graves encore, à la fin du génocide, posent la question du caractère criminel de certains actes commis sous couvert de l'Opération Turquoise. Au sud-ouest du pays, à la fin juin 1994, d'après certains témoignages, des Tutsi furent abandonnés sinon livrés par certains soldats français aux tueurs. Sur une des collines de Bisesero, où s'organisa une résistance désespérée, la découverte des derniers survivants par l'armée française fut immédiatement suivie de nouvelles attaques, et ce fut au bout de trois jours seulement que les soldats français réapparurent enfin. Enfin le camp de Nyarushishi, selon plusieurs témoignages de victimes, fut transformé par certains soldats français - en particulier des légionnaires - en réserve de femmes à violer : un viol à caractère ethnique, toutes ces femmes étant des Tutsi rescapées du génocide[24]. Alors que les journalistes étaient assez nombreux au Rwanda à cette époque, la presse à cette époque fait silence sur tous ces points, tandis que les pleins feux étaient jetés sur les victimes du choléra au Zaïre.
« Complicité de génocide » ? Droit et
négation d'Etat. Lorsque le film de Raphaël Glucksmann, Tuez-les tous, est projeté à la
télévision sur FR3, le 27 novembre 2004, la classe politique répond par
une série de réactions violentes qui s'expriment dans le débat qui suit.
Edouard Balladur, indigné, justifie Turquoise par le caractère
anachronique d'une intervention coloniale, et conclut que loin d'en être
coupable, la France doit être fière
de l' « admirable » politique qu'elle a menée là;
Hubert Védrine, plus calmement, passe le réel à la moulinette de son usuel
réductionnisme géostratégique : parlant de conflit entre deux Etats, dont
l'un représenté par un gouvernement légal, il contredit tranquillement le
Rapport parlementaire de 1998, dont il semble tout ignorer. Paul Quilès,
lui, note la « naïveté » de Mitterrand, se réclame des fameux
accords de défense, nie qu'il y ait une « responsabilité
objective » mais une « erreur » regrettable, et conçoit que
des excuses puissent être faites au peuple rwandais, mais en aucun cas à
un gouvernement qui parle d'« implication » française. Le rapport de la Commission d'Enquête Citoyenne de
mars 2004 parle lui aussi d'implication, et de présomption de complicités.
L'attitude offensive que venait de prendre Paul Kagame envers la France,
lors de la commémoration du dixième anniversaire du génocide, a introduit
une certaine confusion - propice à l'amalgame, continuellement cultivé,
entre la critique de la politique française menée par la CEC et l'appui
politique apporté à l'actuel gouvernement rwandais - malgré les distances
prises par les uns et les autres à ce sujet dans les associations
concernées, et l'indépendance effective de la Commission. Lorsqu'une élue socialiste, le 13 avril 2004, interroge le
Ministère des Affaires Etrangères sur l'attitude de la France au Rwanda,
Dominique de Villepin répond par une solennelle batterie de dénégations
qu'il est impossible de reprendre toutes ici[25], mais qui sont ainsi
introduites : 1. la Mission parlementaire de 1998 a accompli un
« effort de vérité » sans analogue « dans aucun autre
pays »[26]. 2. Ses conclusions rappellent
que « la France a été le pays le plus actif non seulement pour tenter
de prévenir le drame de 1994, mais également de mobiliser la communauté
internationale afin de venir en aide aux victimes du génocide », et
que l'échec de ses « efforts en faveur de la paix » ne saurait
constituer la « preuve » d'une « responsabilité »,
encore moins d'une « complicité » dans le génocide. 3 Alors que
la Rwanda « ne faisait pas partie de l'héritage colonial
français », la France s'est « très tôt investie dans les efforts
pour s'efforcer d'enrayer la montée des tensions dans ce pays », qui
avait déjà connu de graves violences intercommunautaires au cours des
années 70 ». Suit l'histoire des « Opérations » françaises
expliquée aux députés français.. Cette explication efface la guerre et
place la crainte de « l'exode » - jamais celle du génocide - au
coeur des préoccupations françaises. Elle fait conclure
qu' « aucun coopérant ni aucun militaire français n'a donc pu
participer, de près ou de loin, au génocide perpétré au
Rwanda » ; enfin, que « l'opération Turquoise n'a jamais
failli à son devoir de neutralité et n'a jamais eu d'autre objectif que de
sécuriser les populations civiles pendant la poursuite des combats
militaires ». On note le retour paradoxal de l'argument
colonial : le Rwanda n'était pas une
colonie française, et pourtant la France s'est investie comme aucun autre pays pour y maintenir la
« paix » malgré les « tensions ». Une dénégation en
cache toujours une autre : le Rwanda n'était pas une colonie, la
France y travaillait pour la paix. Il faut dire que la France qui faisait
la guerre en réalité au Rwanda n'avait pas exactemement les mêmes ennemis
que les miliciens : derrière les « Tutsi », elle
voyait la présence américaine en Afrique. Le rapport de la Commission d'Enquête Citoyenne,
ainsi que ceux qui l'ont conduit, se voient aujourd'hui violemment
attaqués, à l'issue des plaintes déposées par plusieurs civils rwandais
contre x pour certains faits commis pendant l'Opération Turquoise. La
Ministre de la Défense, Mme Alliot-Marie, a déclaré récemment ces attaques
« inadmissibles » et déploré la tendance française au
« dénigrement » de notre pays, dont il fallait être plus fier
(AFP 12.12.05). Peu après Dominique
de Villepin s'exclamait, à l'Assemblée Nationale, en réponse aux demandes
d'abrogation de la loi du 23 février 2005, qui demande aux enseignants de
présenter la colonisation comme un acquis positif, qu'il assumait
fièrement toute l'histoire de la République
française (14-12-2005). L'Etat français, et la mémoire de François
Mitterrand, viennent de trouver leur défenseur en la personne de Pierre
Péan - qui, en 1994, publiait un livre consacré à l'évolution politique de
François Mitterrand pendant la guerre et l'Occupation[27]. On se souvient que ce livre,
tout en éclaircissant certains faits, se réclamait de l'objectivité et de
la complexité pour ne pas juger. Dans les faits, sa parution opportune
avait évité à Mitterrand des mises en cause plus radicales, qui touchaient
au présent : non seulement sa politique « rwandaise », mais
sa tolérance étonnante, dans ses rencontres et son immédiat entourage, à
l'extrême-droite française. Le livre de Péan avait eu pour effet
d'occulter l'enquête confondante publiée la même année 1994 sous le titre
La Main droite de Dieu[28]. L'itinéraire idéologique de
Pierre Péan est donc parfaitement cohérent. Un nouveau type de négationnisme se met donc en place
- dont je ne parlerai pas ici. Il se conçoit logiquement comme une machine
de guerre contre la machine juridique qui s'est mise en marche. Le livre
de P. Péan est sorti en novembre 2005, pendant le séjour à Kigali de Brigitte
Raynaud, juge d'instruction au Tribunal aux Armées de
Paris, destiné à enquêter sur la plainte déposée par six
ressortissants rwandais contre les militaires français de l'opération
Turquoise. La négation des responsabilités françaises poursuit ainsi le
cycle normal du négationnisme - qui est toujours, en même temps qu'une
négation de l'histoire et une guerre aux témoins, un défi au droit. La négation, précisons-le, ne concerne pas ici la
réalité de la guerre secrète, qu'il est impossible de nier, mais la
complicité de génocide. Ainsi Hubert Védrine a-t-il concédé que la
responsabilité de la France pouvait se comparer à celle des USA dans la
réalisation du génocide Khmer rouge : cette responsabilité, lointaine
et indirecte, ne concernerait donc que la participation à une guerre,
laquelle, par une série d'enchaînements étrangers à toute volonté
politique, française autant qu'américaine, aboutit au génocide. Or si
cette comparaison boîteuse a l'avantage de désigner clairement la
frontière entre l'assumable et l'inassumable, cette présentation des
choses ne respecte ni la réalité des faits, ni celle du droit. La question de la complicité
de génocide, loin de toute appréciation personnelle, pose un problème
juridique qui nécessite d'être clarifié. Géraud de la Pradelle, le juriste
qui préside cette Commission, l'a fait dans son livre Imprescriptible. La CEC a reprécisé ce point en
réponse aux affirmations qui se multiplient ces temps-ci, dans le sillage
du livre falsificateur et raciste de Pierre Péan, qui prétend révéler dans
la thèse de la « complicité de génocide » une « inavouable
manipulation »
[29].
Afin qu'aucun malentendu ne subsiste ici, je cite pour
finir le communiqué de la CEC du 19 décembre 2005 :
Commission
d'enquête citoyenne 1 - La notion de "génocide" et celle de
"complicité de génocide" applicables au Rwanda et dans les pays
limitrophes entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994 ne sont pas
affaires d'opinion. Elles sont impérativement définies par la
jurisprudence du Tribunal Pénal International pour le Rwanda
(T.P.I.R.), sur la base des articles 2 et 6.1 du Statut de ce
Tribunal qu'a institué le Conseil de Sécurité des Nations Unies (v.
Résolution 955 du 8 novembre 1994 ; v. aussi Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre
1948). En vertu de la loi 96-432 du 22 mai 1996, les
juridictions françaises peuvent être saisies à raison d'actes
accomplis par quiconque au Rwanda, entre le 1er janvier et le 31
décembre 1994 et doivent, alors, appliquer les mêmes principes que
le T.P.I.R. 2 - Conformément aux principes
applicables (v ci-dessus, 1), n'importe quel massacre massif
accompli au Rwanda n'est pas, ipso facto, un "génocide". Sont, seuls, constitutifs de "génocide" les
"actes .commis dans l'intention de détruire en tout ou en partie, un
groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel."
3 - Chaque fois que la question lui a été
posée, le T.P.I.R. a constaté qu'un "génocide" avait été commis à
l'encontre des Tutsi rwandais. Il n'est donc pas possible de contester, en
droit, l'existence de ce "génocide". 4 - Par ailleurs, en fait, aucun "groupe"
rwandais autre que les Tutsi n'a été victime d'actes visant à sa
destruction "en tant que tel". Dans ces conditions, il serait déraisonnable,
en droit, de soutenir qu'un autre "génocide" que celui des Tutsi
aurait été perpétré au Rwanda. 5 - Nul ne prétend que la République
française ait partagé avec tel ou tel gouvernement rwandais
l'intention de détruire tout ou partie du groupe formé par les
Tutsi. En droit, cependant, il n'est pas nécessaire
que les autorités françaises aient eu cette intention pour être
"complices". En effet, la "complicité" n'implique pas
"l'intention spécifique qu'a l'auteur principal de commettre le
génocide" (v. notamment, T.P.I.R., Jugement du 15 juillet 2004,
affaire Ndindabizi). Il faut - mais il suffit - que le complice ait
"au moins connaissance de l'intention générale et spécifique de
l'auteur principal" (v. le même jugement). Or, dans le cas du Rwanda, les autorités
françaises avaient indiscutablement cette connaissance (v.
notamment, les déclarations du ministre français des Affaires
étrangères, le 15 mai 1994 à l'issue d'un Conseil des ministres
européens et le 18 mai suivant, à l'Assemblée nationale ; v.
également, le rapport de la Mission d'information parlementaire sur
le Rwanda, chapitre VI, pp. 286 et suivantes). 6 - En vertu de l'article 6.1 du Statut
du T.P.I.R. l'encouragement "à préparer, planifier ou exécuter" le
"génocide" est une forme de "complicité". Or, il a été jugé que "la présence d'une
personne en position d'autorité en un lieu où un crime est en train
d'être commis ou en un lieu où il est connu que des crimes sont
régulièrement commis peut générer une forme d'approbation . qui
s'assimile à l'aide et à l'encouragement. Ce n'est pas la position
d'autorité qui est importante en elle-même, mais plutôt l'effet
d'encouragement qu'une personne en position d'autorité peut susciter
au regard de ces évènements" (v. le même jugement du 15 juillet
2004). En droit, par conséquent, la "présence" de
militaires français "en un lieu où un crime est en train d'être
commis ou en un lieu où il est connu que des crimes sont
régulièrement commis" est susceptible de constituer une
"complicité". 7 - Nombre de témoignages et de documents
permettent, malheureusement, de nourrir le soupçon de "complicité"
des autorités françaises civiles et militaires par d'autres faits
que la simple présence. Il s'agit, notamment, de la remise de Tutsi aux
Forces Armées Rwandaises (F.A.R.) et aux milices - pour ne rien dire
des allégations de meurtres et de sévices graves ; enfin,
surtout, de l'aide militaire, technique, financière et diplomatique
apportée de 1990 à la fin d'août 1994, à un appareil d'Etat qui
préparait puis faisait exécuter le "génocide" (v. notamment, le
rapport de la C.E.C., L'horreur qui nous prend au visage, Karthala
2005, pp. 420 et suivantes). 8 - La C.E.C. se réserve de publier un
rapport complémentaire à partir des éléments d'information qu'elle
n'a cessé de recueillir depuis mars 2004 sur les divers aspects de
l'implication française. La Commission d'Enquête Citoyenne
[1]Sven Lindqvist, « Exterminez toutes ces brutes ». L'Odyssée d'un homme au cour de la nuit et les origines du génocide européen, (Stockholm, 1992), Ed. Serpent à plumes, 1998. [2] Cf en particulier Olivier Lecour Grandmaison, Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l'Etat colonial. Fayard, 2004. [3] Voir à ce sujet Mongo Beti, « Repentance », in C. Coquio éd., L'Histoire trouée. Négation et témoignage, 2004. Ce texte avait été prononcé à un colloque d'Aircrige tenu a à Paris IV-Sorbonne en juin 2001 sur le thème « Guerres d'indépendance et 'décolonisation' : mémoires effacées et violences actuelles : Madagascar, Cameroun, Algérie ». [4] Discipline dont relevait en revanche le livre que j'ai consacré aux discours sur le Rwanda et les Rwandais avant et après le génocide, Rwanda. Le réel et les récits, Belin, 2004 (Collection « Littérature et politique » dirigée par Claude Lefort). [5] Sur ce titre, voir la préface de François-Xavier Verschave, coéditeur du livre avec Laure Coret. [6] On consultera également le livre de Jean-Paul Gouteux, La Nuit rwandaise. L'implication française dans le dernier génocide du siècle, L'Esprit frappeur, 2002, [7] Patrick de Saint-Exupéry, L'Inavouable. Les Arènes, 2004 ; Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable. La faillite de l'humanité au Rwanda, Ed. Libre Expression, 2003. [8] Pierre Brana, corapporteur avec Bernard Cazeneuve de la Mission d'Information Parlementaire de 1998, et Jean-Christophe Rufin, qui était en 1994 membre du cabinet du ministre de la Défense François Léotard en 1994, et qui fut envoyé en mission au Rwanda pendant Turquoise. L'un montra sa bonne volonté, mais aussi les limites de celle-ci, l'autre sa confusion ou son inconscience, mais aussi les limites de celles-ci. [9] Voir C. Coquio et Aurélia Kalisky éd., Rwanda 2004 : témoignages et littérature, revue Lendemains, n°112, 2003 ; Laure Coret éd., Rwanda 1994-2004 : des faits, des mots, des ouvres. Autour d'une commémoration L'Harmattan, 2004 (Collection « Esthétiques » dirigée par Jean-Louis Déotte). [10] Voir C. Coquio éd., L'Histoire trouée. Négation et témoignage, L'Atalante, 2004 - qui comporte trois textes sur le génocide rwandais : l'un sur le déni politique (L. Bagilishya), l'autre sur le témoignage (J.P. Karegeye), et un témoignage de rescapée (Spéciosa Mukayiranga). [11] Voir Des Crimes contre l'humanité en République française (France 1990-2002), textes réunis par Catherine Coquio en collaboration avec Carol Guillaume, Paris, L'Harmattan, "Questions contemporaines", 2006.". [12] Je renvoie ici à mon introduction au volume L'Histoire trouée. Négation et témoignage, op. cit., « A propos d'un nihilisme contemporain : déni, négation, témoignage ». [13] Voir Gabriel Périès, « La Doctrine de la Guerre Révolutionnaire : Indochine, Algérie, Argentine, Rwanda. Trajets d'une hypothèse », C. Coquio éd., L'Intégration républicaine des crimes contre l'humanité. France 1990-2002, Paris, L'Harmattan, 2006, (collection « Questions contemporaines »). [14] Voir ce qu'en disent les rescapés interrogés par Jean Hatzfeld dans Dans le nu de la vie. Récits des marais rwandais. Seuil, 2000. [15] Propos tenus lors du débat qui a suivi la diffusion du film de R. Glucksmann Tuez-les tous, sur France 3, le 27 novembre 2004. [16] Propos publié dans Libération, 27 juin 1994. [17] Voir Jean-Paul Gouteux, « Rwanda : la diplomatie française au service d'un génocide », in L'Intégration républicaine du crime contre l'humanité, op. cit. [18] Voir à ce sujet Jean-François Dupaquier, « L'intervention française au Rwanda : information et décision politique », Ibid. [19] Les Tutsi étant appelés « cafards » et « cancrelats ». Gabriel Périès renvoie à l'image diffusée par les 5èmes Bureaux pendant la guerre d'Algérie, qui parlent du « criquet » ou du « cancrelat » à écraser à propos des Fellagha. [20] Voir J.P. Gouteux, art. cit. [21] Nations Unies, Conseil de Sécurité, 3377ème réunion, lundi 16 mai 1994, S/PV/3377. [22]Aucun témoin ne doit survivre, op. cit, p 750. [23] J.P.
Gouteux, « La diplomatie française au service d'un génocide »,
in C. Coquio éd., L'Intégration républicaine des
crimes contre l'humanité, op. cit. [24] Sur tous ces points, voir le rapport de la CEC, et en particulier les témoignages recueillis par G. Kapler. [25] Il s'agit de la question n°37510, posée par Chantal Robin-Rodrigo (socialiste - Hautes Pyrénées), publiée au JO le 13 avril 2004. [26] La forme superlative de ce satisfecit revient à effacer l'effort plus remarquable de la Belgique - qui conduisit du reste à une demande politique e « pardon », d'une part, et à un travail de justice d'autre part. [27] Pierre Péan, Une jeunesse française 1934-1947, Paris, Fayard, 1994. [28] Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Pérez, La main droite de Dieu, Paris, Seuil, 1994. [29] Noires fureurs, blancs menteurs, Paris, Mille et une nuits,
2005, en
particulier pp 456 et suiv. Selon Pierre Péan, l'état-major français ne
pouvait connaître la situation des Tutsi massacrés dans les collines .
Voir p 479 : "Si l'état-major n'a pas réagi à la découverte de Bisesero
par Diego
c'est
tout simplement parce qu'il n'en a rien su !" (Diego était
l'officier commandant un détachement présent à Bisesero le 27 juin). Or, les
militaires français et le Ministre de la Défense en personne ont bénéficié
d'informations répétées sur les massacres en cours - notamment de la part
des journalistes présents du 26 au 30 juin 1994 (Cf le rapport de la CEC
pp 420 et suiv). Il est donc difficile de croire à l'ignorance de
l'état-major. Le soupçon de "complicité" - ne serait-ce que par la "présence"
qui vaut "encouragement" - est
semble-t-il malheureusement fondé. |