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 PRESSAFRIQUE 03.03.06
Haïti : retour à la case départ.
Coup d'Etat en Haïti - Election démocratique en Haïti - Retour sur l'interview de Jean-Bertrand Aristide par Claude Ribbe.  

 

 ARISTIDE, UN AN APRES, un film de Claude Ribbe
(11 minutes, février 2005)
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Nous reprenons l'interview donnée par le président Jean-Bertrand Aristide à Claude Ribbe en février 2005. Un an après, la démocratie a triomphé à Haïti et les partisans du président démocratiquement élu Jean-Bertrand Aristide ont remporté les élections en février 2006. Cela montre que la mobilisation et la résistance du peuple Haïtien a payé. Face au rouleau compresseur impérialiste franco-américain qui a appliqué une politique néocoloniale en Haïti, les Haïtiens ont su défendre leurs intérêts patriotiques par la résistance puis par le vote. Dans cette interview Jean-Bertrand Aristide évoquait entre autres les tentatives de déstabilisation qui ont été entreprises quelques semaines avant le coup d'état américano-français avalisé par l'ONU.

 Extrait :

Claude Ribbe :
-
Monsieur Jean-Bertrand Aristide est il exact que des émissaires français soient venus vous demander de démissionner plusieurs semaines avant votre départ d'Haïti ?

Jean-Bertrand Aristide :
-  C'est connu. Je ne fais que le redire. Monsieur Régis Debray était accompagné de Mme Véronique de Villepin. C'était ces deux personnalités françaises qui étaient venus au palais national pour me le demander. Donc c'est connu. Les menaces n'étaient pas dissimulées c'était clair et direct. Comme nous sommes, en bons Haïtiens, respectueux mais exigeant notre respect, nous leur avions répondu avec beaucoup de respect et de dignité mais les menaces étaient claires et directes. Ou vous démissionnez ou vous êtes abattus.

C.B :
-  Mme Véronique Albanel, la soeur de Monsieur Dominique de Villepin, à l'époque Ministre des Affaires étrangères et M. Régis Debray, vous ont vraiment tenu de tels propos?

J-B. A. :

- Les deux. Le prédécesseur de l'ambassade avait bien dit qu'il y aurait une tempête en Haïti. Son successeur n'a fait que suivre la trace du prédécesseur et en ce sens on sentait venir cette tempête donc il a joué son rôle dans la ligne de la tempête. Je suis vivant mais c'était pas leur objectif. Car tout ce qui s'est passé n'a fait que prouver que le pire aurait pu arriver...

C.B. :
 - Vous avez dit avoir été victime d'un enlèvement : que s'est-il passé exactement ?

JBA :
- J'ai détaillé cette nuit macabre, les histoires de cette nuit, à travers un livre qui est déjà rédigé. Il s'agit de le publier. Et, au moment opportun, il sera publié. Les lecteurs prendront connaissance de ce qui s'est passé et [apprendront] comment ça s'est passé, lors de cette nuit que [je n'aimerais pas] revoir. Donc oui, ce fut un enlèvement. En ce qui concerne les détails, ça va être publié et tout un chacun [les] aura sous les yeux

C.B. :
- On a dit que les « rebelles » n'étaient, en fait, qu'une poignée de mercenaires.

JBA :
- Il n'y avait pas de rébellion, il y avait quelque chose de construit ! L'argent a financé un enlèvement précédé de désinformation, de meurtres, d'assassinats systématiques. Après l'enlèvement, la désinformation se poursuit... Si aujourd'hui, un an après l'enlèvement, on voit le peuple haïtien, dans son ensemble, pacifiquement, [exiger] notre retour, ça prouve une fidélité. Pas [une] fidélité à ma personne, mais [une] fidélité à la personne qu'ils avaient élue.

Pour voir la suite : cliquez ici  

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Voir aussi :
Extrait du
film de Nicolas Rossier en version originale (Quicktime)
ARISTIDE AND THE ENDLESS REVOLUTION

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Lire aussi :

Jean-Bertrand Aristide portera plainte contre les Etats-Unis et la France
LE MONDE 11.03.04

La déstabilisation d'Haïti un coup d'Etat orchestré et financé par les Etats-Unis
par Noam Chomsky

The tragedy of Haïti
par Noam Chomsky

Who removed Aristide ?
ARISTIDE.ORG


Les faits rapportés par le président déchu Jean-Bertrand Aristide sont particulièrement graves et n'ont pas fait l'objet d'enquêtes sérieuses de la part des grands médias français encore moins du magistère politique où la politique extérieure de la France ne se discute pas devant l'Assemblée nationale mais bel et bien dans l'enceinte de l'Elysée sous la sacro-sainte cloche de l'omerta. Au lieu de cela, on assiste dans bon nombre de médias à un discours de légitimation qui prend souvent la forme d'une dénigration systématique assortie d'un discours méprisant à l'égard des Africains ou Afro-américains qui ne sauraient que faire la guerre civile et colporter la misère. Or il est bien évident que le renversement d'un président élu démocratiquement ne peut que semer le chaos et même générer parfois une véritable guerre civile.

Le déroulement des faits en Haïti n'est pas sans rappeler les déstabilisations qu'ont connues la 
Côte d'Ivoire , la  RDC, le Congo-Brazzaville, l'Angola , le Vénézuela où les conditions de déstabilisation des régimes de ces pays par l' Américafrique ou/et la Françafrique restent occultées. Sans entrer plus avant dans la polémique lancée il y a deux ans par le président Aristide concernant les émissaires de la République française en Haïti, il est à noter que le rapport Villepin-Debray préconisait un changement de régime dès janvier 2004.

 « Ne nous payons pas de mots. Le départ du président Aristide ne rendra pas du jour au lendemain le pays plus prospère, ni plus productif. » (p. 35). « Beaucoup imaginent une rivalité là où il y a en fait complémentarité [entre les États-Unis et la France], et si nos moyens d'influence ne se recoupent pas, ils peuvent et doivent s'additionner, pour le bien de la nation haïtienne. Il appartiendrait peut-être au président de la république, en tous cas au ministre des Affaires étrangères, de fixer d'entrée de jeu, au meilleur niveau, les modalités et l'esprit de cette combinatoire. Une implication plus affirmée en Haïti ne saurait en effet s'exercer contre les intérêts des États-Unis, mais dans un esprit d'équilibre et de prévoyance » (p. 52).
Réseau Voltaire 01.03.04
Washington et Paris renversent Aristide

Rapport au ministre des affaires étrangères, M. Dominique de Villepin, du Comité indépendant de réflexion et de propositions sur les relations franco-haïtiennes
Lire le rapport complet


La question reste posée de savoir s'il y a des plans concertés entre l'Américafrique et la Françafrique pour faire chuter des régimes hostiles à leurs intérêts réciproques. Haïti semble illustrer de manière paradigmatique une telle synergie. Il faudrait explorer plus en amont un tel processus concerté.
La
RDC est une illustration du paradigme inverse où Américafrique et Françafrique se combattent par puissances loco-régionales interposées (du côté anglophone : le Rwanda, l'Ouganda  et du côté francophone ou françafrique : Angola, Zimbabwe, Congo-Brazzaville). Et ce sont toujours les peuples autochtones qui subissent les pires dommages de ces politiques impérialistes criminelles. Le monde est-il aux yeux de ces géostratèges un gigantesque jeu de RISK dont l'impact criminel des politiques prédatrices sur les populations autochtones n'auraient en somme aucune importance ?

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Dernières modifications 06.03.06