Nous reprenons
l'interview donnée par le président Jean-Bertrand Aristide à Claude Ribbe en
février 2005. Un an après, la démocratie a triomphé à
Haïti et les partisans du président démocratiquement élu Jean-Bertrand Aristide ont remporté
les élections en février 2006. Cela montre que la mobilisation et
la résistance du peuple Haïtien a payé. Face au rouleau compresseur
impérialiste franco-américain qui a appliqué une politique néocoloniale en Haïti,
les Haïtiens ont su défendre leurs intérêts
patriotiques par la résistance puis par le vote. Dans cette
interview Jean-Bertrand Aristide évoquait entre autres les tentatives de
déstabilisation qui ont été entreprises quelques semaines avant
le coup d'état américano-français avalisé par l'ONU.
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Extrait :
Claude Ribbe : - Monsieur
Jean-Bertrand Aristide est il exact que des émissaires français
soient venus vous demander de démissionner plusieurs semaines avant
votre départ d'Haïti ?
Jean-Bertrand Aristide : -
C'est connu. Je ne fais que le redire. Monsieur Régis Debray
était accompagné de Mme Véronique de Villepin. C'était ces deux
personnalités françaises qui étaient venus au palais national pour
me le demander. Donc c'est connu. Les menaces n'étaient pas
dissimulées c'était clair et direct. Comme nous sommes, en bons
Haïtiens, respectueux mais exigeant notre respect, nous leur avions
répondu avec beaucoup de respect et de dignité mais les menaces
étaient claires et directes. Ou vous démissionnez ou vous êtes
abattus.
C.B : - Mme Véronique Albanel, la soeur de
Monsieur Dominique de Villepin, à l'époque Ministre des Affaires
étrangères et M. Régis Debray, vous ont vraiment tenu de tels
propos?
J-B. A. : - Les deux. Le prédécesseur de l'ambassade
avait bien dit qu'il y aurait une tempête en Haïti. Son successeur
n'a fait que suivre la trace du prédécesseur et en ce sens
on sentait venir cette tempête donc il a joué son rôle dans la
ligne de la tempête. Je suis vivant mais c'était pas leur objectif.
Car tout ce qui s'est passé n'a fait que prouver que le pire aurait
pu arriver...
C.B. : - Vous avez dit avoir
été victime d'un enlèvement : que s'est-il passé
exactement ?
JBA : - J'ai détaillé cette
nuit macabre, les histoires de cette nuit, à travers un livre qui
est déjà rédigé. Il s'agit de le publier. Et, au moment opportun, il
sera publié. Les lecteurs prendront connaissance de ce qui s'est
passé et [apprendront] comment ça s'est passé, lors de cette nuit
que [je n'aimerais pas] revoir. Donc oui, ce fut un enlèvement. En
ce qui concerne les détails, ça va être publié et tout un chacun
[les] aura sous les yeux
C.B. : - On a dit que les
« rebelles » n'étaient, en fait, qu'une poignée de
mercenaires.
JBA : - Il n'y avait pas de rébellion, il y
avait quelque chose de construit ! L'argent a financé un
enlèvement précédé de désinformation, de meurtres, d'assassinats
systématiques. Après l'enlèvement, la désinformation se poursuit...
Si aujourd'hui, un an après l'enlèvement, on voit le peuple haïtien,
dans son ensemble, pacifiquement, [exiger] notre retour, ça prouve
une fidélité. Pas [une] fidélité à ma personne, mais [une] fidélité
à la personne qu'ils avaient élue.
Pour voir la
suite : cliquez ici
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Voir aussi :
Extrait
du film de Nicolas
Rossier en version originale
(Quicktime) ARISTIDE AND THE ENDLESS
REVOLUTION
------------------ Lire aussi
:
Jean-Bertrand Aristide portera plainte contre les
Etats-Unis et la France LE MONDE 11.03.04
La
déstabilisation d'Haïti un coup d'Etat orchestré et financé par les
Etats-Unis
par Noam Chomsky
The tragedy of
Haïti
par Noam Chomsky
Who removed
Aristide ? ARISTIDE.ORG
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Les faits rapportés par le président déchu Jean-Bertrand
Aristide sont particulièrement graves et n'ont pas fait l'objet d'enquêtes sérieuses de
la part des grands médias français encore moins du magistère politique
où la politique extérieure de la France ne se discute pas devant l'Assemblée
nationale mais bel et bien dans l'enceinte de l'Elysée
sous la sacro-sainte cloche de l'omerta. Au lieu de cela, on
assiste dans bon nombre de médias à un discours de légitimation qui
prend souvent la forme d'une dénigration systématique assortie
d'un discours méprisant à l'égard des Africains ou Afro-américains qui ne
sauraient que faire la guerre civile et colporter la misère. Or il
est bien évident que le renversement d'un président élu démocratiquement
ne peut que semer le chaos et même
générer parfois une véritable guerre civile.
Le déroulement des faits en Haïti n'est pas
sans rappeler les déstabilisations qu'ont
connues la
Côte d'Ivoire
, la RDC, le Congo-Brazzaville, l'Angola
, le Vénézuela
où les conditions de déstabilisation des régimes de ces
pays par l'
Américafrique ou/et la Françafrique restent occultées. Sans entrer plus avant dans la polémique lancée il y
a deux ans par le président Aristide concernant les émissaires de la
République française en Haïti, il est à noter que le rapport
Villepin-Debray préconisait un changement de régime dès janvier 2004.
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« Ne nous payons pas de mots. Le départ du président
Aristide ne rendra pas du jour au lendemain le pays plus prospère,
ni plus productif. » (p. 35). « Beaucoup
imaginent une rivalité là où il y a en fait complémentarité [entre
les États-Unis et la France], et si nos moyens d'influence ne se
recoupent pas, ils peuvent et doivent s'additionner, pour le bien de
la nation haïtienne. Il appartiendrait peut-être au président de la
république, en tous cas au ministre des Affaires étrangères, de
fixer d'entrée de jeu, au meilleur niveau, les modalités et l'esprit
de cette combinatoire. Une implication plus affirmée en Haïti ne
saurait en effet s'exercer contre les intérêts des États-Unis, mais
dans un esprit d'équilibre et de prévoyance » (p.
52). Réseau
Voltaire 01.03.04 Washington et Paris
renversent Aristide
Rapport au ministre des affaires étrangères,
M. Dominique de Villepin, du Comité indépendant de réflexion et
de propositions sur les relations
franco-haïtiennes Lire le rapport
complet |
La question
reste posée de savoir s'il y a des plans concertés entre l'Américafrique et
la Françafrique pour faire chuter des régimes hostiles à leurs
intérêts réciproques. Haïti semble illustrer de manière paradigmatique une telle synergie. Il faudrait explorer
plus en amont un tel processus concerté. La RDC
est une illustration du
paradigme inverse où Américafrique et Françafrique se combattent par puissances
loco-régionales interposées (du côté anglophone : le Rwanda, l'Ouganda
et du côté francophone ou françafrique : Angola, Zimbabwe,
Congo-Brazzaville). Et ce sont toujours les peuples autochtones qui
subissent les pires dommages de ces politiques impérialistes
criminelles. Le monde est-il aux yeux de ces géostratèges un
gigantesque
jeu de RISK dont l'impact criminel des politiques
prédatrices sur les
populations autochtones n'auraient en somme aucune
importance ?
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Dernières modifications
06.03.06
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