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"En Côte d'Ivoire, pendant les émeutes de novembre
2004, l'armée française a tiré à balles réelles sur des manifestants
civils. Des caméras vidéos ont tout filmé. Pourtant, cette bavure a été
couverte par une immédiate et étonnante amnésie. Une amnésie
audiovisuelle..." Paul Moreira. (p.61)

Le
journaliste Paul Moreira avec son livre « Les nouvelles censures : Dans les coulisses de la
manipulation de l'information» est en train de rejoindre les Seymour
Hersch et autres Denis Robert ou Jack London au panthéon des journalistes
d'investigation. Ce baroudeur de l'information a bourlingué du Nicaragua -
où il a failli être abattu par les milices Contras (à la solde du
gouvernement Reagan) - à la Côte d'Ivoire. Cette dernière contrée lui a
valu la disgrâce et les pressions de la part de sa chaîne sous le pilori
du ministère de la défense.
Quel crime a commis Paul Moreira et
son équipe de l'émission 90 minutes sur Canal plus ? Il a tout
simplement refusé de se taire face à des violations des droits de l'homme
qui mettent en cause des grandes puissances y compris la France. Il a eu
le courage de faire son métier et de résister aux pressions politiques sur
des sujets sensibles. Que ce soit suite au reportage de son équipe sur la
radioactivité au Niger aux alentours des mines d'Areva ou au sujet de
l'implantation des champs d'OGM en France ou bien de la guerre menée par
les grandes firmes pharmaceutiques contre les petits laboratoires des pays
du sud qui produisent des génériques antirétroviraux, du reportage sur le
massacre du 17 octobre 1961 en plein Paris ou du reportage sur Aussaresses
et la guerre antisubversve, les reportages diffusés dans l'émission phare
"90 miniutes", aujourd'hui disparue, ont suscité bien des grincements de
dents. Mais c'est assurément le reportage réalisé avec son équipe sur la
répression sanglante menée par l'armée française devant l'hôtel Ivoire à
Abidjan qui lui a été médiatiquement fatal. L'équipe de 90 minutes n'a pas hésité à
apporter un éclairage inédit sur la
répression sanglante menée par l'armée française. Une répression
qui avait été passée sous silence par la majorité des médias français
encore régis par la loi de l'omerta dans un régime semi-démocratique (où
les concitoyens et leurs parlementaires n'ont aucun accès et aucun
contrôle sur les décisions prises à la tête de l'exécutif en matière de
politique étrangère). Sans occulter les exactions commises par les
« patriotes » de Gbagbo, Paul
Moreira pris dans le feu de l'action à Abidjan s'est intéressé à tous
les aspects de la crise qu'il a vécu en temps réel.
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Les nouvelles censures : Dans les
coulisses de la manipulation de
l'information "...Dans les
vingt-quatre heures qui suivent, notre équipe se met sous la
protection de l'armée française. La BIMA est le point de ralliement
de familles d'expatriés terrorisées. Elles racontent toutes la même
histoire : leurs maisons ont été saccagées par des émeutiers,
souvent sous leurs yeux. Ils ont entendu des tirs dans la nuit. Un
homme est blessé à l'oeil. Bizarrement, malgré le niveau de violence
décrit, il n'y a pas de morts français. Pas de lynchage. Comme si la
foule s'était contenue. On parle tout de même de trois cas de
viol..." (p.64). |
Il a pu constater que l'armée française avait répondu aux
manifestations antifrançaises des civils ivoiriens de manière
disproportionnée images et films à l'appui.
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Les nouvelles censures : Dans les
coulisses de la manipulation de l'information "...A 15
heures, les manifestants sont à moins de deux mètres des blindés
français. Certains jeunes s'amusent, par défi, à aller toucher le
canon des chars. Ils sont acclamés. A la suite d'un mouvement de
foule plus important que la caméra ne parvient pas à capter, l'ordre
de tirer est donné. En une minute, les soldats français
brûlent 2000 cartouches. De l'autre côté du dispositif, en
surplomb d'un bâtiment, les caméras de télévision ivoirienne filment
la scène. Des soldats, bien campés sur leurs jambes, tirent en
rafales. Certains au-dessus des têtes, d'autres à tir tendu, le
fusil au niveau de la poitrine. Ils tirent sans même la protection
de leurs véhicules blindés, qui sont rangés en rempart juste
derrière eux...Apparemment les soldats savent qu'ils ne risquent pas
de riposte. Quand les tirs cessent les caméras ivoiriennes
continuent d'enregistrer : les victimes, la terreur, la chair
entamée par les balles, une main arrachée, les os brisés par le
métal. "Qu'est-ce qu'on a fait à la France?", hurle un homme. Une
image choque particulièrement : un corps sans tête. La boîte
crânienne a explosé et la cervelle s'est répandue autour d'elle. Ca
ne peut pas être une balle de fusil d'assaut FAMAS. Le calibre - est
trop mince. Un seul type de munitions est capable de faire autant de
dégât : la 12,7 millimètres. De celles qui équipent certains fusils
de snipers..." (p.67). |
Paul Moreira dénonce un « crime de guerre » qui pour
nous relève du crime contre l'humanité. Alors que
le gouvernement états-unien a demandé une enquête suite aux exactions
commises par des soldats US sur la population irakienne, le gouvernement
français a refusé toute commission d'enquête malgré les images accablantes
et malgré les justifications abracadabrantesques du ministère de la
défense et de l'Etat-major français.
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Les nouvelles censures : Dans les
coulisses de la manipulation de l'information
- 10.11.04 09h00 RFI
"Il n'y a pas eu
d'échauffourées à l'hôtel Ivoire...Je ne peux pas laisser dire que
l'armée française a tiré dans la foule". Colonel
Dubois.
- 10.11.04 15h00 France
3
"Les forces ivoiriennes ont effectivement mis en place un
cordon entre les soldats français et la foule ivoirienne. Celle-ci
a alors attaqué de diverses façons les soldats ivoiriens : un
gendarme ivoirien a alors été tué, les autres ont été quasi
lynchés par la foule. Il y a eu à ce moment-là des échanges de
coups de feu entre les soldats ivoiriens et la foule ivoirienne.
En ce qui concerne les soldats français, ils n'ont jamais, depuis
le début, à l'égard de cette foule et de ces milices fait autre
chose que des tirs de sommation". MAM, ministre de la
défense.
- Fin
novembre 2004 RTL "Le Grand soir".
"L'armée française a pu faire usage total
de ses armes à feu
". MAM,
ministre de la
défense. |
Le plus sidérant dans cette histoire est le silence de la plupart des médias français qui
comme au temps de l'ORTF verrouillent l'information dès qu'elle concerne
les graves dérives de la politique africaine de la France.
Ni TF1, ni France 2 au moment des faits n'ont repris les images
diffusées sur le massacre alors que leurs journalistes avaient enquêté sur
place.
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Les nouvelles censures : Dans les
coulisses de la manipulation de l'information
"En France, le soir même , aux journaux télévisés,
c'est le black-out. TF1 ne fera rien. France 2 relate l'incident
avec une sorte de bouillie visuelle, bougée, floue, informe et de
couleur principalement verte, où l'on entend simplement les coups de
feu à distance...Beaucoup plus tard nous découvrirons que toutes les
rédactions nationales (françaises, ndlr) avaient eu très vite
en leur possession les images explicitées de la télé ivoirienne. Que
les journalistes français présents sur place avaient bel et bien
enquêté....Dans les directions de l'information du service public,
on ne diffuse rien, "par sens des responsabilités". A la notable
exception de la chaîne info i-télé, les rédactions font le choix
délibéré de ne pas montrer ces images..."
(p.68). |
La majorité des médias dans une lecture nationaliste de la
crise ont stigmatisé avec leurs représentations négrophobo-paternaliste
usuelles les Ivoiriens comme des barbares eu égard aux exactions dirigées
contre les ressortissants français qui ont été rapatriés mais ont occulté pour
la plupart les crimes de l'armée française. Seuls i-télévision et Canal
Plus ont diffusé des images du massacre français contre-disant formellement
les propos tenus initialement par la ministre de la défense et par l'Etat-major français.
L'émission 90 minutes a été retirée de la grille des programmes de
Canal Plus à la saison suivante. Et le
livre de Paul Moreira n'a pas connu la couverture médiatique qui aurait du
être la sienne. Il y a comme de la gêne .
"L'histoire bégaie.
Depuis longtemps, je suis fasciné par l'amnésie collective autour d'un
massacre commis en octobre 1961 par la police française sous les fenêtres
des Parisiens. Ce jour-là, le 17 octobre 1961, deux cent Algériens ont été
tués, jetés à la Seine pour la plupart, sans que l'évnement soit relaté.
Sans qu'il trouve une place dans notre mémoire. Certains de ces
Algériens avaient été assassinés sur les Grands Boulevards, quasiment au
pied des sièges des grands journaux parisiens. Ceux-ci avaient choisi de
ne pas voir. Et voilà que sur les ponts de la Lagune d'Abidjan, ça
recommençait. J'étais pourtant convaincu de ne jamais plus assister à un
octobre 1961. C'était bien avant la télévision de masse, la vidéo et les
caméras légères. L'ORTF était aux ordres, totalement soumise à l'effort de
guerre". Paul Moreira,Les nouvelles censures : Dans les
coulisses de la manipulation de l'information
(p.68).
-------------------------------------------------------------------- A
lire chez Pressafrique : 31.10.05 Le
massacre du 09.11.04 à Abidjan par l'armée française - un crime contre
l'humanité - un fusible nommé Poncet - panique à l'Elysée - la commission
d'enquête n'aura pas lieu
21.09.05 Haro sur 90 minutes - La
Françafrique muselle Canal Plus
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