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 PRESSAFRIQUE 26.03.07
Le livre "Les Nouvelles censures" de Paul Moreira : le cas de la Côte d'Ivoire

"En Côte d'Ivoire, pendant les émeutes de novembre 2004, l'armée française a tiré à balles réelles sur des manifestants civils. Des caméras vidéos ont tout filmé. Pourtant, cette bavure a été couverte par une immédiate et étonnante amnésie. Une amnésie audiovisuelle..." Paul Moreira. (p.61)

 Le journaliste Paul Moreira avec son livre « Les nouvelles censures : Dans les coulisses de la manipulation de l'information» est en train de rejoindre les Seymour Hersch et autres Denis Robert ou Jack London au panthéon des journalistes d'investigation. Ce baroudeur de l'information a bourlingué du Nicaragua - où il a failli être abattu par les milices Contras (à la solde du gouvernement Reagan) - à la Côte d'Ivoire. Cette dernière contrée lui a valu la disgrâce et les pressions de la part de sa chaîne sous le pilori du ministère de la défense.

Quel crime a commis Paul Moreira et son équipe de l'émission 90 minutes sur Canal plus ? Il a tout simplement refusé de se taire face à des violations des droits de l'homme qui mettent en cause des grandes puissances y compris la France. Il a eu le courage de faire son métier et de résister aux pressions politiques sur des sujets sensibles. Que ce soit suite au reportage de son équipe sur la radioactivité au Niger aux alentours des mines d'Areva ou au sujet de l'implantation des champs d'OGM en France ou bien de la guerre menée par les grandes firmes pharmaceutiques contre les petits laboratoires des pays du sud qui produisent des génériques antirétroviraux, du reportage sur le massacre du 17 octobre 1961 en plein Paris ou du reportage sur Aussaresses et la guerre antisubversve, les reportages diffusés dans l'émission phare "90 miniutes", aujourd'hui disparue, ont suscité bien des grincements de dents. Mais c'est assurément le reportage réalisé avec son équipe sur la répression sanglante menée par l'armée française devant l'hôtel Ivoire à Abidjan qui lui a été médiatiquement fatal. L'équipe de 90 minutes n'a pas hésité à apporter un éclairage inédit sur la  répression sanglante menée par l'armée française. Une répression qui avait été passée sous silence par la majorité des médias français encore régis par la loi de l'omerta dans un régime semi-démocratique (où les concitoyens et leurs parlementaires n'ont aucun accès et aucun contrôle sur les décisions prises à la tête de l'exécutif en matière de politique étrangère). Sans occulter les exactions commises par les « patriotes »  de Gbagbo, Paul Moreira pris dans le feu de l'action à Abidjan s'est intéressé à tous les aspects de la crise qu'il a vécu en temps réel.

Les nouvelles censures : Dans les coulisses de la manipulation de l'information
 "...Dans les vingt-quatre heures qui suivent, notre équipe se met sous la protection de l'armée française. La BIMA est le point de ralliement de familles d'expatriés terrorisées. Elles racontent toutes la même histoire : leurs maisons ont été saccagées par des émeutiers, souvent sous leurs yeux. Ils ont entendu des tirs dans la nuit. Un homme est blessé à l'oeil. Bizarrement, malgré le niveau de violence décrit, il n'y a pas de morts français. Pas de lynchage. Comme si la foule s'était contenue. On parle tout de même de trois cas de viol..." (p.64).

 Il a pu constater que l'armée française avait répondu aux manifestations antifrançaises des civils ivoiriens de manière disproportionnée images et films à l'appui.  

Les nouvelles censures : Dans les coulisses de la manipulation de l'information
"...A 15 heures, les manifestants sont à moins de deux mètres des blindés français. Certains jeunes s'amusent, par défi, à aller toucher le canon des chars. Ils sont acclamés. A la suite d'un mouvement de foule plus important que la caméra ne parvient pas à capter, l'ordre de tirer est donné. En une minute, les soldats français brûlent 2000 cartouches. De l'autre côté du dispositif, en surplomb d'un bâtiment, les caméras de télévision ivoirienne filment la scène. Des soldats, bien campés sur leurs jambes, tirent en rafales. Certains au-dessus des têtes, d'autres à tir tendu, le fusil au niveau de la poitrine. Ils tirent sans même la protection de leurs véhicules blindés, qui sont rangés en rempart juste derrière eux...Apparemment les soldats savent qu'ils ne risquent pas de riposte. Quand les tirs cessent les caméras ivoiriennes continuent d'enregistrer : les victimes, la terreur, la chair entamée par les balles, une main arrachée, les os brisés par le métal. "Qu'est-ce qu'on a fait à la France?", hurle un homme. Une image choque particulièrement : un corps sans tête. La boîte crânienne a explosé et la cervelle s'est répandue autour d'elle. Ca ne peut pas être une balle de fusil d'assaut FAMAS. Le calibre - est trop mince. Un seul type de munitions est capable de faire autant de dégât : la 12,7 millimètres. De celles qui équipent certains fusils de snipers..." (p.67).

 Paul Moreira dénonce un « crime de guerre » qui pour nous relève du crime contre l'humanité. Alors que le gouvernement états-unien a demandé une enquête suite aux exactions commises par des soldats US sur la population irakienne, le gouvernement français a refusé toute commission d'enquête malgré les images accablantes et malgré les justifications abracadabrantesques du ministère de la défense et de l'Etat-major français.

Les nouvelles censures : Dans les coulisses de la manipulation de l'information

  •  10.11.04 09h00 RFI
    "Il n'y a pas eu d'échauffourées à l'hôtel Ivoire...Je ne peux pas laisser dire que l'armée française a tiré dans la foule". Colonel Dubois.
  • 10.11.04 15h00 France 3
    "Les forces ivoiriennes ont effectivement mis en place un cordon entre les soldats français et la foule ivoirienne. Celle-ci a alors attaqué de diverses façons les soldats ivoiriens : un gendarme ivoirien a alors été tué, les autres ont été quasi lynchés par la foule. Il y a eu à ce moment-là des échanges de coups de feu entre les soldats ivoiriens et la foule ivoirienne. En ce qui concerne les soldats français, ils n'ont jamais, depuis le début, à l'égard de cette foule et de ces milices fait autre chose que des tirs de sommation". MAM, ministre de la défense. 

  • Fin novembre 2004 RTL "Le Grand soir".
    "L'armée française a pu faire usage total de ses armes à feu ". MAM, ministre de la défense.  

 Le plus sidérant dans cette histoire est le silence de la plupart des médias français qui comme au temps de l'ORTF verrouillent l'information dès qu'elle concerne les graves dérives de la politique africaine de la France. Ni TF1, ni France 2 au moment des faits n'ont repris les images diffusées sur le massacre alors que leurs journalistes avaient enquêté sur place.

Les nouvelles censures : Dans les coulisses de la manipulation de l'information

"En France, le soir même , aux journaux télévisés, c'est le black-out. TF1 ne fera rien. France 2 relate l'incident avec une sorte de bouillie visuelle, bougée, floue, informe et de couleur principalement verte, où l'on entend simplement les coups de feu à distance...Beaucoup plus tard nous découvrirons que toutes les rédactions nationales (françaises, ndlr) avaient eu très vite en leur possession les images explicitées de la télé ivoirienne. Que les journalistes français présents sur place avaient bel et bien enquêté....Dans les directions de l'information du service public, on ne diffuse rien, "par sens des responsabilités". A la notable exception de la chaîne info i-télé, les rédactions font le choix délibéré de ne pas montrer ces images..." (p.68).

 La majorité des médias dans une lecture nationaliste de la crise ont stigmatisé avec leurs représentations négrophobo-paternaliste usuelles les Ivoiriens comme des barbares eu égard aux exactions dirigées contre les ressortissants français qui ont été rapatriés mais ont occulté pour la plupart les crimes de l'armée française. Seuls i-télévision et Canal Plus ont diffusé des images du massacre français contre-disant formellement les propos tenus initialement par la ministre de la défense et par l'Etat-major français. L'émission 90 minutes a été retirée de la grille des programmes de Canal Plus à la saison suivante. Et le livre de Paul Moreira n'a pas connu la couverture médiatique qui aurait du être la sienne. Il y a comme de la gêne .

"L'histoire bégaie. Depuis longtemps, je suis fasciné par l'amnésie collective autour d'un massacre commis en octobre 1961 par la police française sous les fenêtres des Parisiens. Ce jour-là, le 17 octobre 1961, deux cent Algériens ont été tués, jetés à la Seine pour la plupart, sans que l'évnement soit relaté. Sans qu'il trouve une place dans notre mémoire. Certains de ces Algériens avaient été assassinés sur les Grands Boulevards, quasiment au pied des sièges des grands journaux parisiens. Ceux-ci avaient choisi de ne pas voir. Et voilà que sur les ponts de la Lagune d'Abidjan, ça recommençait. J'étais pourtant convaincu de ne jamais plus assister à un octobre 1961. C'était bien avant la télévision de masse, la vidéo et les caméras légères. L'ORTF était aux ordres, totalement soumise à l'effort de guerre". Paul Moreira,Les nouvelles censures : Dans les coulisses de la manipulation de l'information  (p.68).

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Le massacre du 09.11.04 à Abidjan par l'armée française - un crime contre l'humanité - un fusible nommé Poncet - panique à l'Elysée - la commission d'enquête n'aura pas lieu

21.09.05
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