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Menaces de mort au Burkina Faso contre un
journaliste : ne laissons pas faire !
La liste des
crimes du régime Compaoré est bien longue, rappelons simplement
l'assassinat fondateur de Thomas Sankara le 15 octobre 87, mettant
fin à la révolution burkinabé, puis ceux du journaliste indépendant
Norbert Zongo en 98, de l'étudiant en 7ème année de médecine Dabo
Boukary en 90...
Chacun de ces trois là savaient qu'ils
étaient menacés, et vivaient en permanence avec cette crainte.
Tous les trois ont cependant continué leurs combats,
certains d'être du bon côté, du côté de la justice, du peuple et de
la dignité. On le sait, une des grandes batailles de Thomas Sankara
fût celle pour l'annulation et le non paiement de la dette, et c'est
sans doute celle qui aura le plus dérangé, jusqu'à son assassinat.
Norbert Zongo pour sa part cherchait la vérité : sur les assassinats
du régime, sur les agissements du pouvoir. Devenu trop populaire,
éveillant la conscience des populations, on l'a alors éliminé. Dabo
Boukary luttait lui pour les droits des étudiants. Dérangeant, on a
mis fin à son engagement en s'en débarrassant une nouvelle fois par
la violence.
Samsklejah, à travers son action
quotidienne auprès du peuple burkinabé, de sa jeunesse et même par
delà les frontières de son pays contribue chaque jour à éveiller les
consciences, à secouer les mémoires. Alors que rares, voir
inexistants, sont ceux qui osent parler de la question de la dette
au Burkina depuis l'assassinat de Sankara, Samskalejah, lui, chante
le président burkinabé assassiné et ses idées, reprend ses meilleurs
discours sur la question de la dette et les diffuse efficacement
auprès d'un public attentif à ses messages.
Par son travail,
deux fois par semaine à la radio Ouaga FM, il explique les
mécanismes de domination qui oppresse l'Afrique. Entre deux morceaux
de reggae, il invite la jeunesse du Burkina à se prendre en main, et
à s'engager pour donner un nouveau visage au continent.
L'on pourrait penser que ce travail serait suffisant,
mais sa soif de changement lui donne l'énergie à chaque instant pour
en faire toujours plus. En moins d'un mois, on l'a vu organisé une
caravane 100% reggae, avec plusieurs étapes dans des grandes villes
de l'intérieur du pays, faisant salles combles à chaque fois, et
expliquant sans relâches comment la dette et les systèmes mis en
place empêchent la jeunesse de s'en sortir. Avec des mots simples,
il se fait comprendre de tous, convaincant et mobilisant toujours
plus de monde. Avant chaque concert, c'est sur les radios locales
qu'il répète ses messages. Lors du Fespaco, il anime des
projections-débats sans jamais se lasser de communiquer...
On a pu le constater lors du Festival International de
la Liberté d' Expression et de Presse (FILEP), qui se tenait à
Ouagadougou du 11 au 14 avril 2007, réunissant plus de 80
journalistes et artistes engagés de toute l'Afrique, Samsklejah est
immensément populaire.
Et c'est ce bruit qui circule,
cette colère grandissante, sous-jacente qui commence à sérieusement
déranger... Qui ? On ne le sait pas, mais depuis 3 semaines, les
menaces de mort qui lui sont adressées par mail se font chaque fois
plus précises, plus dangereuses, plus inquiétantes. Les réactions
des organisations de défense des journalistes, et de la société
civile burkinabé et internationale ont pour l'instant consisté à
porter plainte auprès des autorités policières, et à dénoncer ces
menaces dans des communiqués. Rien n'est fait, en dehors d'une
solidarité de quartier, avec ses amis, pour assurer sa sécurité.
L'état se garde bien de réagir, et se terre dans un silence
complice, tandis que les autorités ne coopèrent que très peu,
refusant de délivrer les documents permettant d'identifier l'origine
des messages auprès de Yahoo!... En attendant d'en savoir plus, le
directeur de la radio a préféré mettre fin aux émissions de
Samsklejah, et des journaux complices du pouvoir en place lancent
des polémiques fumeuses sur la volonté prétendue de Samsklejah
d'obtenir asile en Europe, où il sera effectivement au mois de Juin
pour subir une opération prévue de longue date.
Malgré
tout ça, Samsk tient bon, essaye de garder le moral, et espère
reprendre au plus vite ses émissions. Le soutien qu'il reçoit d'un
peu partout est essentiel pour tenir et doit continuer et s'élargir.
Il est de notre devoir de soutenir l'engagement des artistes et des
journalistes qui prennent des risques inestimables pour éveiller les
consciences, changer les mentalités, refuser le fatalisme...
Samsk en est un parfait exemple et nous devons en parler :
c'est déjà beaucoup. Parlons en donc à nos amis, dans nos réseaux,
et restons attentifs. Nous devons également faire pression, via les
ambassades, et par tous les moyens possibles, pour que Samsk
reprenne au plus vite ses émissions et que la vérité soit faite sur
l'origine des menaces...
Sebastian Alzerreca -
CADTM
France
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