Retour page d'accueil

 PRESSAFRIQUE 16.05.07
Menaces de mort au Burkina Faso contre un journaliste : ne laissons pas faire !

15.05.07

Menaces de mort au Burkina Faso contre un journaliste : ne laissons pas faire !


La liste des crimes du régime Compaoré est bien longue, rappelons simplement l'assassinat fondateur de Thomas Sankara le 15 octobre 87, mettant fin à la révolution burkinabé, puis ceux du journaliste indépendant Norbert Zongo en 98, de l'étudiant en 7ème année de médecine Dabo Boukary en 90...


Chacun de ces trois là savaient qu'ils étaient menacés, et vivaient en permanence avec cette crainte.

Tous les trois ont cependant continué leurs combats, certains d'être du bon côté, du côté de la justice, du peuple et de la dignité. On le sait, une des grandes batailles de Thomas Sankara fût celle pour l'annulation et le non paiement de la dette, et c'est sans doute celle qui aura le plus dérangé, jusqu'à son assassinat. Norbert Zongo pour sa part cherchait la vérité : sur les assassinats du régime, sur les agissements du pouvoir. Devenu trop populaire, éveillant la conscience des populations, on l'a alors éliminé. Dabo Boukary luttait lui pour les droits des étudiants. Dérangeant, on a mis fin à son engagement en s'en débarrassant une nouvelle fois par la violence.


Samsklejah, à travers son action quotidienne auprès du peuple burkinabé, de sa jeunesse et même par delà les frontières de son pays contribue chaque jour à éveiller les consciences, à secouer les mémoires. Alors que rares, voir inexistants, sont ceux qui osent parler de la question de la dette au Burkina depuis l'assassinat de Sankara, Samskalejah, lui, chante le président burkinabé assassiné et ses idées, reprend ses meilleurs discours sur la question de la dette et les diffuse efficacement auprès d'un public attentif à ses messages.

Par son travail, deux fois par semaine à la radio Ouaga FM, il explique les mécanismes de domination qui oppresse l'Afrique. Entre deux morceaux de reggae, il invite la jeunesse du Burkina à se prendre en main, et à s'engager pour donner un nouveau visage au continent.


L'on pourrait penser que ce travail serait suffisant, mais sa soif de changement lui donne l'énergie à chaque instant pour en faire toujours plus. En moins d'un mois, on l'a vu organisé une caravane 100% reggae, avec plusieurs étapes dans des grandes villes de l'intérieur du pays, faisant salles combles à chaque fois, et expliquant sans relâches comment la dette et les systèmes mis en place empêchent la jeunesse de s'en sortir. Avec des mots simples, il se fait comprendre de tous, convaincant et mobilisant toujours plus de monde. Avant chaque concert, c'est sur les radios locales qu'il répète ses messages. Lors du Fespaco, il anime des projections-débats sans jamais se lasser de communiquer...


On a pu le constater lors du Festival International de la Liberté d' Expression et de Presse (FILEP), qui se tenait à Ouagadougou du 11 au 14 avril 2007, réunissant plus de 80 journalistes et artistes engagés de toute l'Afrique, Samsklejah est immensément populaire.


Et c'est ce bruit qui circule, cette colère grandissante, sous-jacente qui commence à sérieusement déranger... Qui ? On ne le sait pas, mais depuis 3 semaines, les menaces de mort qui lui sont adressées par mail se font chaque fois plus précises, plus dangereuses, plus inquiétantes. Les réactions des organisations de défense des journalistes, et de la société civile burkinabé et internationale ont pour l'instant consisté à porter plainte auprès des autorités policières, et à dénoncer ces menaces dans des communiqués. Rien n'est fait, en dehors d'une solidarité de quartier, avec ses amis, pour assurer sa sécurité. L'état se garde bien de réagir, et se terre dans un silence complice, tandis que les autorités ne coopèrent que très peu, refusant de délivrer les documents permettant d'identifier l'origine des messages auprès de Yahoo!... En attendant d'en savoir plus, le directeur de la radio a préféré mettre fin aux émissions de Samsklejah, et des journaux complices du pouvoir en place lancent des polémiques fumeuses sur la volonté prétendue de Samsklejah d'obtenir asile en Europe, où il sera effectivement au mois de Juin pour subir une opération prévue de longue date.


Malgré tout ça, Samsk tient bon, essaye de garder le moral, et espère reprendre au plus vite ses émissions. Le soutien qu'il reçoit d'un peu partout est essentiel pour tenir et doit continuer et s'élargir. Il est de notre devoir de soutenir l'engagement des artistes et des journalistes qui prennent des risques inestimables pour éveiller les consciences, changer les mentalités, refuser le fatalisme...

Samsk en est un parfait exemple et nous devons en parler : c'est déjà beaucoup. Parlons en donc à nos amis, dans nos réseaux, et restons attentifs. Nous devons également faire pression, via les ambassades, et par tous les moyens possibles, pour que Samsk reprenne au plus vite ses émissions et que la vérité soit faite sur l'origine des menaces...


Sebastian Alzerreca - CADTM France