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 PRESSAFRIQUE 11.05.07
Commémoration de l'abolition de l'esclavage

Pressafrique, à l'occasion de la commémoration de l'abolition de l'esclavage en profite pour faire quelques rappels historiques et livrer quelques impressions au travers de plusieurs articles à paraître chaque semaine durant le mois de mai.

I Un peu d'histoire :
A l'initiative de Nôtre bon Président, la France commémore depuis le 10.05.06 l'abolition de l'esclavage. Un devoir de mémoire salutaire pour la République, pour ne pas oublier une histoire longtemps occultée : celle de l'histoire de l'esclavage contemporraine de la colonisation des Antilles et des Amériques. Où l'on apprend que l'abolition de l'esclavage dans les Antilles françaises fut aboli par la Révolution française au nom de la déclaration universelle des droits de l'homme dès 1794 mais qu'elle fut rétablie par Napoléon-Bonaparte pour satisfaire le lobby colonial aux Antilles et une certaine bourgeoisie de la traîte négrière en métropole. Une histoire longtemps occultée des manuels d'histoire pour ne pas trahir la mémoire de l'impérialisme et du colonialisme napoléonien. Ces guerres de conquête d'espaces vitaux n'avaient rien de civilisationnelle. Ainsi Léger Félicité Sonthonax, le premier à abolir l'esclavage à Haîti en 1793, disparut de la mémoire collective à l'instigation de l'intelligentsia pro-napoléonienne et de ses rejetons républicains. Plus de trace dans la mémoire collective, plus de trace dans les dictionnaires et peu dans les livres d'histoire. C'est à l'occasion de cette commémoration que la mémoire de cette histoire nous revient. La connaissance de ce passé est un enrichissement, il montre s'il le fallait que les idéaux des Lumières qui aboutirent à la Révolution française trouvèrent leur asymptote dans la déclaration universelle des droits de l'homme avant d'être étouffés par les guerres coloniales napoléoniennes et son ère impériale puis post-impériale.

Un autre fait historique régulièrement relégué aux oubliettes de la mémoire nationale fut l'indépendance d'Haïti en 1804. Le triomphe des anciens esclaves sur les troupes napoléoniennes fut et est encore régulièrement occultée dans nos manuels d'histoire. De même le racket organisé par les autorités françaises de l'époque sous Louis Philippe pour que les anciens esclaves haïtiens dédommagent leurs anciens maîtres ne figurent pas dans les manuels scolaires. L'indépendance fut monayée près de 90 millions avec la mention explicite que les anciens esclaves d'Haïti n'aillent pas faire de la subversion auprès des esclaves des Antilles françaises. Par peur d'une nouvelle invasion des troupes coloniales dont on connaît les pratiques exterminatoirs légendaires, les Haïtiens qui tenaient trop à leur liberté acceptèrent de se saigner pendant plus d'un siècle pour payer cette dette odieuse sous la contrainte. Les banques françaises octroyaient des prêts, de sorte que les Haïtiens durent non seulement payer le capital mais aussi rembourser une dette parallèle constituée par les intérêts. Une dette qu'Haïti aurait remboursé jusqu'en 1972. 
Cette pratique fut ensuite systématiquement appliquée aux anciennes colonies de manière beaucoup plus sournoise et sophistiquée. L'ancienne puissance coloniale prenait soin d'endetter le futur pays indépendant (notamment en Afrique) en contractant des prêts auprès de ses propres banques et en demandant instamment au nouveau pays décolonisé de rembourser ces prêts. Une façon de continuer à avoir la main mise sur les anciennes colonies en les astreignant à rembourser à vie une dette odieuse pour mieux les maintenir dans la dépendance.
 
Inutile de dire que lorsque l'un des seuls présidents élus démocratiquement à Haïti, Aristide, réclama le remboursement de cette dette odieuse par les actuelles autorités françaises il ne fut pas accueilli à bras ouvert. La remarque de Nôtre bon Président fut cinglante : "Avant d'évoquer des contentieux de cette nature, je ne saurais trop conseiller aux autorités haïtiennes d'être très vigilantes sur, je dirais, la nature de leurs actions et leur régime" (J. Chirac, en marge du G8, le 3 juin 2003 à Evian). Pour bon nombre de souverainiste la perte d'Haïti, devenue la première République noire, constitue un véritable Dien Bien Phû qui continue de hanter la mémoire collective. Pour en chasser les démons il faut déja avoir la capacité de les percevoir et de les identifier. Il y a une certaine nostalgie chez bon nombre d'intellectuels de cette île perdue par Napoléon en 1804. Une sorte de rapport nostalique à l'esclavage que Régis Debray, nommé par Jean-Edern Hallier "l'homme qui parle trop", exprimait en ces termes dans un rapport sur Haïti commandé par Dominique de Villepin : " Puissent nos amis haïtiens assumer leur part de responsabiliters dans l'invraisemblable dégringolade qui a fait passer en deux siècles la "Perle des ANtilles", la colonie la plus riche du monde, qui assurait le tiers du commerce extérieur de la France - le Koweiït du siècle de Voltaire - à un niveau de malédiction sahélien, avec des indices concordants" (Les Nègres de la République, Claude Ribbe, p.74). Inutile de dire que ce commerce extérieur au temps de Voltaire était en grande partie assuré par le traffic d'êtres humains en provenance d'Afrique. Les esclaves de l'époque remplaçaient le pétrole. Haïti, fut l'île des Antilles françaises où le plus grand nombre d'esclaves fut déporté soit environ plus d'un million. Il est évident que lorsque Jean-Bertrand Aristide a réclamé le remboursement de cette dette odieuse par la France il ne fut pas accueilli chaleureusement par les autorités françaises. L'estimation de la dette réactualisée fut évaluée à vingt-et-un milliards d'euros. Les autorités françaises sous Chirac II furent donc les premières à soutenir la politique impérialiste des USA pour chasser le président haïtien démocratiquement élu du pouvoir. Aristide fut d'abord déporté initialement par la France dans sa néocolonie de Centrafrique. Une politique impérialiste menée conjointement par les USA et la France.

Prochain épisode à paraître la semaine prochaine : II Commémoration et Polémique

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