|
Pressafrique, à l'occasion de
la commémoration de l'abolition de l'esclavage en profite pour
faire quelques rappels historiques et livrer quelques impressions au travers de
plusieurs articles à paraître chaque semaine durant le mois de mai.
I Un peu d'histoire : A l'initiative de Nôtre bon Président, la France
commémore depuis le 10.05.06 l'abolition de l'esclavage. Un devoir de mémoire
salutaire pour la République, pour ne pas oublier une histoire longtemps
occultée : celle de l'histoire de l'esclavage contemporraine de la colonisation
des Antilles et des Amériques. Où l'on apprend que
l'abolition de l'esclavage dans les Antilles françaises fut aboli par
la Révolution française au nom de la déclaration universelle des droits de
l'homme dès 1794 mais qu'elle fut rétablie par Napoléon-Bonaparte pour satisfaire
le lobby colonial aux Antilles et une certaine bourgeoisie
de la traîte négrière en métropole. Une histoire longtemps
occultée des manuels d'histoire pour ne pas trahir la mémoire
de l'impérialisme et du colonialisme napoléonien. Ces guerres de conquête
d'espaces vitaux n'avaient rien de civilisationnelle. Ainsi Léger Félicité Sonthonax, le
premier à abolir l'esclavage à Haîti en 1793, disparut
de la mémoire collective à l'instigation de
l'intelligentsia pro-napoléonienne et de ses rejetons républicains. Plus de trace dans la
mémoire collective, plus de trace dans les dictionnaires et peu dans les
livres d'histoire. C'est à l'occasion de cette commémoration que la
mémoire de cette histoire nous revient. La connaissance de ce passé
est un enrichissement, il montre s'il le fallait que les idéaux des
Lumières qui aboutirent à la Révolution française trouvèrent
leur asymptote dans la déclaration universelle des droits
de l'homme avant d'être étouffés par les
guerres coloniales napoléoniennes et son ère impériale puis post-impériale.
Un autre fait historique régulièrement relégué aux oubliettes de
la mémoire nationale fut l'indépendance d'Haïti en 1804.
Le triomphe des anciens esclaves sur les troupes napoléoniennes fut
et est encore régulièrement occultée dans nos manuels d'histoire. De
même le racket organisé par les autorités françaises de l'époque sous
Louis Philippe pour que les anciens esclaves haïtiens dédommagent leurs anciens
maîtres ne figurent pas dans les manuels scolaires. L'indépendance fut monayée près
de 90 millions avec la mention explicite
que les anciens esclaves d'Haïti n'aillent pas faire de la subversion auprès
des esclaves des Antilles françaises. Par peur d'une
nouvelle invasion des troupes coloniales dont on connaît les pratiques
exterminatoirs légendaires, les Haïtiens qui tenaient trop à
leur liberté acceptèrent de se saigner pendant plus d'un siècle pour payer
cette dette odieuse sous la contrainte. Les banques françaises
octroyaient des prêts, de sorte que les Haïtiens durent non seulement
payer le capital mais aussi rembourser une dette parallèle constituée par
les intérêts. Une dette qu'Haïti aurait remboursé jusqu'en
1972. Cette pratique fut ensuite systématiquement appliquée
aux anciennes colonies de manière beaucoup plus sournoise et sophistiquée.
L'ancienne puissance coloniale prenait soin d'endetter le futur
pays indépendant (notamment en Afrique) en contractant des
prêts auprès de ses propres banques et en demandant instamment
au nouveau pays décolonisé de rembourser ces prêts. Une façon de
continuer à avoir la main mise sur les anciennes colonies en les
astreignant à rembourser à vie une dette odieuse pour mieux les maintenir
dans la dépendance. Inutile de dire que lorsque l'un des
seuls présidents élus démocratiquement à Haïti, Aristide, réclama le
remboursement de cette dette odieuse par les actuelles autorités
françaises il ne fut pas accueilli à bras ouvert. La remarque de
Nôtre bon Président fut cinglante : "Avant d'évoquer des contentieux
de cette nature, je ne saurais trop conseiller aux autorités
haïtiennes d'être très vigilantes sur, je dirais, la nature de leurs
actions et leur régime" (J. Chirac, en marge du G8, le 3 juin 2003 à
Evian). Pour bon nombre de souverainiste la perte d'Haïti, devenue la
première République noire, constitue un véritable Dien Bien Phû qui
continue de hanter la mémoire collective. Pour en chasser les démons
il faut déja avoir la capacité de les percevoir et de les
identifier. Il y a une certaine nostalgie chez bon nombre
d'intellectuels de cette île perdue par Napoléon en 1804. Une sorte de
rapport nostalique à l'esclavage que Régis Debray, nommé par Jean-Edern
Hallier "l'homme qui parle trop", exprimait en ces termes dans un
rapport sur Haïti commandé par Dominique de Villepin : "
Puissent nos amis haïtiens assumer leur part de responsabiliters
dans l'invraisemblable dégringolade qui a fait passer en deux siècles la
"Perle des ANtilles", la colonie la plus riche du monde, qui assurait le
tiers du commerce extérieur de la France - le Koweiït du siècle de
Voltaire - à un niveau de malédiction sahélien, avec des indices
concordants" (Les Nègres de la République, Claude Ribbe, p.74). Inutile de dire
que ce commerce extérieur au temps de Voltaire était en grande partie assuré
par le traffic d'êtres humains en provenance d'Afrique. Les esclaves
de l'époque remplaçaient le pétrole. Haïti, fut l'île des
Antilles françaises où le plus grand nombre d'esclaves fut déporté
soit environ plus d'un million. Il est évident que lorsque Jean-Bertrand
Aristide a réclamé le remboursement de cette dette odieuse par
la France il ne fut pas accueilli chaleureusement par les autorités françaises.
L'estimation de la dette réactualisée fut évaluée à vingt-et-un milliards
d'euros. Les autorités françaises sous Chirac II
furent donc les premières à soutenir la politique impérialiste des USA pour chasser le président
haïtien démocratiquement élu du pouvoir. Aristide fut d'abord
déporté initialement par la France dans sa néocolonie de
Centrafrique. Une politique impérialiste menée conjointement par les USA
et la France.
Prochain
épisode à paraître la semaine prochaine : II
Commémoration et Polémique
A lire chez Pressafrique :
LE DEBAT DES CAHIERS
D'HISTOIRE Revue d'histoire critique "le négationnisme en histoire
coloniale" et la loi du 23 février 2005
PRESSAFRIQUE 23.05.06 10 mai 2006 -
1ère commémoration nationale de l'abolition de
l'esclavage
PRESSAFRIQUE 03.03.06 Haïti : retour à
la case départ
PRESSAFRIQUE 14.12.05 Quand le Canard "euphémise" certains
crimes contre l'humanité...Flagrant délit de désinformation par
omission?
|